Une Jeunesse Allemande

Impressionnant: La bande à Baader au scalpel
De
Jean-Gabriel Périot
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

Comment et pourquoi une jeune journaliste (Ulrike Meinhoff), un jeune cinéaste alternatif (Holger Meins), deux étudiants (Andreas Baader et Gudrun Ensslin, par ailleurs comédienne), un avocat d’affaires réputé (Horst Malher), tous instruits et de milieu bourgeois, sont-ils passés, entre 1965 et 1977, de la revendication à la lutte armée “terroriste” ? Pour comprendre, le réalisateur resitue les archives dans leur contexte : honte du nazisme chez les jeunes Allemands, choix du capitalisme (rhénan), guerre du Vietnam… Puis nous embarque auprès de ceux qui deviendront “la bande à Baader/Rote Armee Fraktion”. Au fil des manifestations et de leur répression, il montre l’inexorable  radicalisation de “la Bande à Baader d’un côté et de l’Etat avec ses institutions (dont la presse) de l’autre. Jusqu’à l’arrestation et la mort des membres de la RAF en 1977.

Points forts

- Le brio avec lequel Jean-Gabriel Périot nous rend cette époque à la fois lointaine et éminemment proche. Ceux qui l’ont vécue la revivront. Les autres la découvriront.

- Le choix des images d’archives rares et souvent édifiantes.

- L’analyse de la radicalisation et son corollaire - la manipulation sémantique - sont bien exposées(Ulrike Meinhoff passe de journaliste en 1970 à anarchiste en 72 et terroriste en 1976).

- Ce documentaire permet de décoder la radicalisation d’aujourd’hui. Hier avec des jeunes bien éduqués, instruits et politisés, aujourd’hui des jeunes souvent acculturés, délinquants et en recherche d’idéal. Mais la dérive reste structurellement la même.

Quelques réserves

L’impasse sur la Guerre Froide en raison des choix nécessaires pour rester dans une durée raisonnable. Imparable mais dommage, car on ne peut comprendre la violence de l’Etat allemand si on oublie qu’au début du documentaire le Mur de Berlin a à peine trois ans d’existence et que la crise de Cuba s'est déroulée 4 ans auparavant.

Encore un mot...

Pour en tirer pleinement profit, comme avec Michel Onfray ou Alain Finkielkraut, au lieu de se positionner pour ou contre lui, il convient de partir dupoint de vue (au sens nietzschéen) que Jean-Gabriel Périot propose puis de penser par soi-même, en passant de l’opinion génératrice d’émotions à la réflexion dispensatrice de compréhension.

Une phrase

"Dans mes films, je ne donne pas de réponses, je suis déjà content quand j'arrive à poser les questions."

L'auteur

Jean-Gabriel Périot est un documentariste dont les nombreux courts métrages, récompensés dans moult festivals, ont pour ligne de force d’interroger la violence. Pour ce faire, il use d’archives filmiques et photographiques montées de façon syncopée,  aussi bien entre elles qu’avec la musique d’accompagnement, archives dénuées de tout commentaire et privilégiant le fond (le discours) à l’esthétique. 

Artiste de conviction, il élargit ici sa réflexion en analysant la violence chez ceux dont il serait plutôt “dans le même camp” (politiquement s’entend). Geste rare, ses œuvres sont, à sa propre demande, en libres accès sur son site : www.jgperiot.net. Ne pas rater : The Devil (sur les Blacks Panthers), Les Barbares (opposant grands du monde et peuple),L'Art délicat de la matraque ou Eût-elle été criminelle.

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