Valley of Stars

Très beau mais trop obscur
De
Mani Haghighi
Avec
Amir Jadidi
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

Le 23 janvier 1965, au lendemain de l’assassinat du premier ministre iranien, l’agent Baback Hafizi  (le très séduisant Amir Jadidi) est envoyé par la police secrète sur l’Ile de Qeshm, à l’Est du Golfe persique, pour enquêter sur un suicide suspect, celui d’un dissident en exil découvert pendu à l’intérieur de l’épave d’un bateau  gigantesque, échoué, loin de la mer, dans un paysage plus que somptueux, appelé « la Vallée des Etoiles ».  Sur les parois de ce  bateau de bois, le policier va découvrir les notes d’un journal. Elles paraissent indéchiffrables. Va alors commencer  une enquête assez rocambolesque. On va apprendre que le lieu est hanté, que chaque mort s’y solde par un tremblement de terre… 

Mythe, rêve, réalité ? Un géologue, puis un ingénieur du son seront appelés à la rescousse pour tenter de résoudre l’énigme…

Points forts

- Si on considère ce film d’un point de vue purement formel, ce « Valley of stars »  peut être considéré comme un petit chef d’œuvre car Mani Haghighi  nous en met plein la vue. Les paysages de cette ile de Qshm, assez désertique, écrasée de lumière,   sont d’une beauté époustouflante,  sauvage, hypnotique  Et comme le cinéaste connaît sur le bout des doigts l’art du cadrage, chacun  plan nous fait écarquiller  les yeux.

- Le jeu de chat et souris dans lequel nous entraîne le cinéaste. Il nous affirme que « Valley of stars » lui a été inspiré par une histoire vraie- et d’ailleurs, il l’ancre dans une réalité, en datant  son film  avec précision et  en y introduisant des images d’archives-, mais il ne cesse de nous emmener loin de cette réalité, en nous transportant dans des ailleurs qui relèvent de l’univers des contes et de la fantasmagorie.  

Malgré leur côté obscur,  ces allers et retours incessants entre légendes et réalité  ont ( au moins jusqu’à la moitié du film) une  force d’envoûtement aussi  irrésistible qu’inexplicable, un peu comme celle de l’oiseleur dans « La Flûte enchantée » de Mozart.

Quelques réserves

Mani Haghighi dit qu’il a toujours été intrigué par cette remarque de Gilles Deleuze : «  une bonne question est une question qui persiste dans chacune de ses réponses, et dont les réponses poussent à la formuler de nouveau ».

Cette remarque est sans doute très pertinente, mais elle n’a pas aidé le réalisateur à rendre son film intelligible. Car paradoxalement, malgré la lumière  qui éclabousse, magnifiquement, ce « Valley of stars »,  le spectateur avance dans l’enquête proposée comme …dans un tunnel plongé dans l’obscurité, à tâtons ! Car on n’y comprend goutte ! 

Bizarrement pourtant, bien qu’elle soit  absconse et, donc, puisse finir par lasser,  on se laisse prendre à cette histoire, peut-être  en raison de son indéniable force poétique.

Encore un mot...

Il est difficile de classer ce « Valley of stars » téhéranais. Loin du beau didactisme des films de Makhmalbaf , loin de l’humanisme revigorant de ceux du regretté Kiarostami, loin aussi, du  courageux réalisme social de  ceux d’un Farhadi ,il est comme un ovni dans la production iranienne.  

Il accroche par sa splendeur et sa poésie. Mais sa construction, en rébus, peut finir par décourager les spectateurs les plus cartésiens. On a envie de dire au réalisateur que le cinéma est un art qui s’appuie certes sur de l’image, mais aussi  sur un scénario, et un scénario, si possible, construit. Qu’il oublie donc quand il filme, ses théories philosophiques sur les questions qui entrainent les questions, qui entrainent…etc.. 

Cela dit, le voyage qu’il propose est d’une beauté renversante.

Une phrase

Cette phrase de Mani Haghighi, qui peut  laisser circonspect les spectateurs pragmatiques :

« Je trouve que révéler au public ce que mes films signifient, qu’ils soient allégoriques, métaphoriques, symboliques ou même  dénués de sens, revient à trahir le cinéma que j’essaie de créer ».

L'auteur

Avant de se lancer dans la réalisation, Mani Haghighi a commencé par faire des études approfondies de philosophie, à Téhéran d’abord, sa ville natale, puis au Québec. 

Né le 17 juillet 1969 d’une mère traductrice, et d’un père caméraman de cinéma, il attend ainsi 2003 pour faire ses débuts de cinéaste, avec « Abadan », un film qu’il  écrit, et qui est présenté au Tribeca Film Festival.  En 2006, son deuxième opus, « Men at work », est projeté à la Berlinale. Cinq  autres films suivront, dont, en2015, « 50 kilos Albaloo », une comédie qui lui vaut paradoxalement  de réaliser le troisième plus grand nombre d’entrées de films iraniens dans son pays, et en même temps d’être interdit par l’intervention des religieux pour sa liberté de ton !

Aujourd’hui, en Iran, Mani Haghighi est considéré comme un cinéaste majeur. Même si son nom n’est pas connu du grand public, il a, à travers le monde, un cercle d’admirateurs qui ne cesse de s’élargir. Cela, parce que ses films sont sans cesse montrés dans des festivals internationaux.

Témoin encore, ce « Valley of stars » qui fut projeté à la dernière Berlinade sous son titre d’origine, « A Dragon arrives ! ». Comme pour tous ses films précédents, Mani Haghighi  en signe aussi le scénario.

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