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Nous, l’orchestre de Philippe Béziat - Documentaire.
Comment jouer ensemble, avec les autres donc, mais sans disparaître dans la masse ni non plus s’y singulariser, et tout en arrivant à exprimer sa sensibilité ? Comment cohabiter sans heurt (parfois plusieurs dizaines d’années) avec ses voisins de pupitre ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ?… Pour la première fois, micros et caméras se faufilent, à la Philharmonie, parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, placés sous la direction de leur jeune chef prodige, le finlandais Klaus Mäkelä. Un film immersif au cœur de la musique en train de se faire, au plus près de l’expérience et de l’émotion des interprètes…
Six ans après le sublime Indes Galantes sur le montage à l’Opéra de Paris par Clément Cogitore du chef-d’œuvre de Jean-Philippe Rameau, Philippe Béziat poursuit son exploration des mondes musicaux. Ici, il nous invite à pénétrer au cœur d’un grand orchestre, pour en saisir la vie et le travail. Même si on ne connaît rien à la musique classique, il est impossible de ne pas être happé, dès la première séquence par la beauté de l’image et surtout du son de ce documentaire pas comme les autres. Délaissant la dramaturgie traditionnelle, Nous, l’orchestre nous plonge d’emblée dans un registre sensoriel. Il ne raconte pas une histoire collective et il n’est pas non plus une somme d’histoires individuelles, mais il est tout cela à la fois grâce à des allers et retours, d’une ahurissante virtuosité, entre mouvements d’ensemble et confidences de musiciens. Prodigieux. Et beau, et touchant, indéniablement.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
L’Arnaqueuse de Wilfried Méance - Avec Fadily Camara, Josiane Balasko, Tiphaine Daviot, Jean-Pascal Zadi…
Fanny (Fadily Camara) a trente ans, est enceinte et vit chez son père avec son compagnon Virgil (Jean-Pascal Zadi). N’en pouvant plus de cette situation, elle tombe sur une offre en or : celle d’un somptueux appartement en viager en plein Paris. Ne se doutant de rien, elle fonce tête baissée. Mais la vendeuse, Massena (Josiane Balasko), est tout sauf mourante. Fanny va rapidement comprendre qu’elle a affaire à une véritable arnaqueuse professionnelle…
Il faut le dire d’emblée : L’Arnaqueuse n’est pas le film du siècle. Mais ce nouveau long-métrage de Wilfried Meance (Et plus si affinités, coréalisé avec Olivier Ducray) n’a pas vocation à être ce qu’il n’est pas. C’est une comédie et le réalisateur y va cash. Le rythme est trépidant et l’ensemble ne retombe jamais. Bien sûr, l’histoire n’est pas toujours d’une grande intelligence mais les rires sont nombreux devant ce long-métrage qui bénéficie de la puissance comique légendaire d’une Josiane Balasko en grande forme. Face à elle, Fadily Camara tient la dragée haute. On ne vous arnaquera pas donc en vous disant que vous allez bien vous amuser devant cette Arnaqueuse !
Recommandation : 3 cœurs
Antoine Le Fur
Soumsoum, la nuit des Astres de Mahamat-Saleh Haroun - Avec Maïmouna Miawama, Eriq Ebouaney…
Dans un village isolé du Tchad, Kellou, lycéenne, est souvent troublée par des visions qu'elle ne comprend pas. Le hasard met sur son chemin Aya, une jeune exilée ostracisée par le village, qui lui fait découvrir une autre façon de regarder son passé et ses rêves. Kellou est subjuguée. Mais sa nouvelle amie lui attire des ennuis. Kellou ne cède pas : malgré la colère des villageois et l’opposition de ses parents, elle va continuer à aller voir Aya, malade, jusqu’à la mort de cette dernière. Elle va apprendre que dans son village, gouverné par les hommes, la liberté des femmes a un prix.
Après quatre années de silence, le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Daratt, Lingui, Les liens sacrés) délaisse le réalisme social et revient avec un conte fantastique, qui, bien que bâti à partir d’éléments réels, est tissé de légendes et de superstitions, avec de nombreuses références aux pratiques animistes. Ces emprunts donnent à son film, co-écrit avec Laurent Gaudé, une atmosphère étrange, très onirique, très douce, très féminine aussi, malgré les violences qui le traversent. On peut d’autant plus se laisser séduire que Haroun a tourné dans un cadre magnifique, le plateau de l’Ennedi, site tchadien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Foncièrement féministe Soumsoum, la nuit des Astres est en outre porté par un humanisme sans faille. Envoûtant, à condition qu’on accepte le rythme volontairement lent du récit.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
La poupée de Sophie Beaulieu - Avec Vincent Macaigne, Cécile de France, Zoé Marchal…
Depuis sa dernière séparation, Rémi (Vincent Macaigne) se console avec une poupée gonflable répondant au doux nom d’Audrey. Une situation qui lui convient parfaitement jusqu’au jour où une nouvelle collègue, Patricia (Cécile de France), débarque dans son entreprise. Rémi en tombe rapidement sous le charme. C’est à ce moment qu’Audrey prend mystérieusement vie et devient une jeune femme plus vraie que nature (Zoé Marchal)…
À bien y regarder, La Poupée n’est pas un film extraordinaire. Malgré un sujet de départ plutôt intriguant qui laisse augurer de nombreuses situations comiques, force est de constater que le scénario n’est pas des plus solides. Et pourtant, malgré les faiblesses évidentes d’écriture de ce premier long-métrage de Sophie Beaulieu, le charme opère. Il se dégage une certaine fantaisie de ce film qui doit beaucoup à ses interprètes (excellents Vincent Macaigne et Cécile de France) et à la belle alchimie qui existe entre eux. En bref, voici une (assez) jolie Poupée.
Recommandation : 3 cœurs
Antoine Le Fur
Caravane de Zuzana Kirchnerová - Avec Anna Geislerová, David Vostrčil, Juliana Brutovská…
Esther, courageuse et énergique jeune femme tchèque (Anna Geislerová, sensationnelle) part en vacances d’été en Italie chez une amie, avec David, son jeune fils autiste et trisomique. Dès le premier soir, c’est le drame. Dans un accès de rage, David, qui ne peut pas parler, casse tout. Sa mère décide de partir en camping-car avec lui à travers l’Italie. Direction : le Sud. Un road-movie commence, avec ses bonnes et mauvaises surprises, ses aléas, les rencontres qu’il suscite, ici, notamment avec Zuza, une jeune femme tchèque elle aussi, libre, tolérante et attentionnée (Juliana Brutovská, d’un charme irrésistible)…
Un road-movie à travers une Italie estivale pleine de charme, de beauté, de chausse-trappes aussi, pour servir de support à l’exploration d’une relation fusionnelle entre une mère célibataire et son enfant handicapé…L’idée de la primo réalisatrice Zuzana Kirchnerovà était excellente. Elle a d’ailleurs donné lieu à un film délicat, sincère, émouvant, par moments, même passionnant, qualités qui lui ont d’ailleurs valu une sélection au festival de Cannes dernier dans la section Un Certain Regard. Dommage que dans sa deuxième partie surtout, son écriture se distende. Malgré cette faiblesse, une jolie découverte…
Recommandation : 3 cœurs
Dominique Poncet
Drunken Noodles de Lucio Castro - Avec Laith Khalifeh…
Adnan, étudiant de 24 ans (Laith Khalifeh) débarque dans l’appartement new-yorkais que lui a prêté son oncle afin qu’il effectue un stage dans une galerie d’art qui expose un artiste septuagénaire dont la spécialité est de broder des scènes homo-érotiques. Pendant ses pauses, Adnan sort et va à la rencontre d’autres hommes. Des échanges avec eux ont lieu, qui tous, au-delà de leur réalisme et même, pour certains, de leur côté scabreux, vont prendre une dimension poétique, parfois nostalgique, ou fantasmagorique. Grâce à un scénario déstructuré, on ne sait jamais trop à quel moment de la vie d’Adnan ces rencontres ont lieu. Celà ajoute encore à l’originalité de ce film d’une sensualité brute.
Sélectionné dans la section Acid du dernier Festival de Cannes, le nouveau film de l’argentin Lucio Castro (After This Death, présenté cette année à Berlin) est un drôle d’objet cinématographique qui fait le portrait d’un jeune « gay » doux et un peu paumé surtout attiré par les hommes plus âgés que lui. Précision : Drunken Noodles, aussi poétique que déroutant et émouvant (oui, émouvant) est interdit aux moins de douze ans.
Recommandation: 3 cœurs
Dominique Poncet
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