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3/5

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  • La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri - Avec Bastien Bouillon, Diego Murgia, Romane Fringeli…

Un père, Anthony (Bastien Bouillon, remarquable de justesse), va sortir de prison après cinq ans d’incarcération. S’assumant seuls depuis son emprisonnement, ses deux enfants, Enzo, 19 ans (Diego Murgia) et sa fille Carla, 20 ans (Romane Fringeli) se divisent sur la façon de l’accueillir. Enzo se déclare prêt à lui ouvrir grand la porte, Carla, elle, décide de quitter le domicile familial. Explicitement, visuellement aussi, on n’en saura pas plus tout de suite sur les raisons de sa décision. Mais au fur et à mesure du déroulement de ce film tendu, et surtout des scènes avec Anthony (notamment celle où son fils observe son comportement avec une prostituée), on finit par comprendre qu’il fut un père incestueux. Enzo parviendra-t-il à recréer avec lui un lien familial ? Peut-on vraiment effacer le traumatisme d’un inceste ?

Découvert à la Semaine de la critique au dernier festival de Cannes, La Frappe, premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri est l’un de ces opus que l’on reçoit comme un uppercut. A cette grande différence près que, contrairement à d’autres films, sa violence est toute entière contenue dans sa tension. Aucune image ni aucune réplique choc : on devine, on pressent, on imagine tout à travers les non-dits, le jeu douloureux des acteurs et la lumière poisseuse de ce récit écrit et tourné avec une méticulosité et une maîtrise rares. On en sort remué, estomaqué aussi par l’habileté du réalisateur dont on comprend vite que La Frappe est une œuvre personnelle. Au Festival d’Angoulême, ce premier film est reparti avec deux Valois, celui de la mise en scène et celui du meilleur acteur pour le jeune Diego Murgia. Récompenses amplement méritées.

Recommandation : 4 cœurs

Dominique Poncet

 

  • Trois adieux de Isabel Coixet -  Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi…

Marta (Alba Rohrwacher) et Antonio (Elio Germano) sont en couple et vivent à Rome. Un soir, tous deux se disputent. Une querelle qui aurait pu en rester là mais qui entraîne malheureusement leur rupture. Si Antonio, jeune chef en pleine ascension, décide de se réfugier dans le travail, Marta, de son côté, envisage les choses d’une autre manière. Lorsqu’elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, les choses prennent une tournure différente. Petit à petit, elle retrouve goût à la vie…

Adapté du roman éponyme de l’écrivaine italienne Michela Murgia (décédée en août 2023 d’un cancer du rein), Trois adieux est l’un des films les plus bouleversants de cette rentrée. Ce nouveau long-métrage de la cinéaste espagnole Isabel Coixet (Ma vie sans moiAnother MeUn amor…) se déroule dans une Rome qui a finalement été assez peu montrée au cinéma. Tour à tour délicat, onirique et émouvant, ce petit bijou inclassable est surtout l’occasion d’admirer une nouvelle fois le talent de la grande Alba Rohrwacher, éblouissante dans ce magnifique portrait de femme. Trois adieux ou l’une des plus jolies surprises de septembre !

Recommandation : 4  cœurs

Antoine Le Fur

 

  • Gouffres et merveilles de Jean Boiron-Lajous - Avec lui-même et  Christine Dancausse. Documentaire.

Le réalisateur-documentariste Jean Boiron-Lajous propose un road movie à Christine, sa meilleure amie. Objectif : l’accompagner jusqu’au Sud de la France pour aller chercher chez sa mère, brutale et tyrannique, une éventuelle lettre d’adieu de son père disparu alors qu’elle n’avait que 4 ans. Pour sa part, le cinéaste espère profiter de ce voyage, en duo et pas comme les autres, pour parvenir à lire enfin la lettre que son père avait écrite juste avant de se suicider. Rien ne se passera comme prévu. Le road movie de ces deux êtres cabossés tournera vite à la quête intime. Entre drôlerie et émotion, chacun dévoilera ses souvenirs les plus douloureux et sans doute les plus difficiles à évoquer, mais sans pathos, avec simplicité, sincérité et volubilité. Avec deux protagonistes aussi meurtris, on pouvait craindre un film lourd,  dramatique,voire revanchard. C’est tout le contraire. S’il dégage de la gravité à cause de son sujet même — l’enfance violentée, physiquement et émotionnellement —  Gouffres et merveilles balance entre tendresse et légèreté, avec des moments d’une poésie intense. Malgré quelques maladresses, on a rarement vu un film interroger avec autant de délicatesse et de libertés formelles, les blessures laissées par les traumatismes familiaux.

Recommandation : 3 cœurs

Dominique Poncet

 

  • La dernière patiente de Rémi Bassaler - Avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre…

A la veille de son départ à la retraite et de la démolition de la barre HLM où elle vit et a installé son cabinet, Judith (Anouk Grinberg), médecin de banlieue, accueille Aïda (Luàna Bajrami), enceinte de huit mois, en rupture de soins. A cause du futur chambardement (déménagement et démolition de son habitat prévus le lendemain), elle ne dispose que de 24 heures pour porter secours à son ultime patiente, dont elle va s’apercevoir qu’elle est sous l’emprise d’un petit ami plus que possessif. Et puis, patatras, elle va parallèlement se rendre compte que le système de santé sur le quel elle pensait pouvoir compter est désormais plein de failles. D’autres surprises l’attendent…

Pour son premier long métrage de fiction, Rémi Bassaler, un ancien de la Fémis, propose le choc d’une rencontre étonnante entre deux femmes que tout oppose : l’âge, la condition sociale et le mode de vie… A travers cette rencontre, il en profite pour mettre le doigt sur plusieurs maux de la société, dont le délabrement du système de santé et la violence masculine. Dommage qu’à cause de certaines scènes superfétatoires, son film, pourtant court (79 minutes) semble s’étirer. Il est néanmoins sauvé par son sujet et son formidable casting, Luàna Bajrami et surtout Anouk Grinberg, sensationnelle d’empathie, de ténacité et d’émotion dans son rôle de médecin. 

Recommandation : 2 cœurs

Dominique Poncet

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