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- Rose de Markus Schleinzer - avec Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt…
Dans l’Allemagne du XVII ème siècle. Après avoir combattu une dizaine d’années pendant la Guerre de Trente Ans en se faisant passer pour un soldat, Rose s’installe, sous sa fausse identité d’homme, dans un village où elle se réclame « héritier » d’une ferme. Visage balafré, cheveux en broussailles, voix rauque, gestuelle de combattant dur au mal, Rose trompe longtemps son monde. Alors que les villageois commencent par la considérer comme étant l’un des leurs, une rumeur se répand, provoquée par le fait que Rose n’aurait pas consommé le mariage qu’elle a contracté avec Susanna, la fille d’un riche paysan. Elle ne serait donc pas celle qu’elle prétend être. Pourtant Susanna, qui a pris secrètement un amant, tombe enceinte. Pour garder leur liberté, elle et Rose conviennent de ne rien dire . Mais leur secret est éventé. Les deux femmes s’enfuient et sont rattrapées. Dans un pays où la liberté des femmes n’a pas encore droit de cité, leur tragédie devient inéluctable….
Quinze ans après l’inoubliable Michael, l’autrichien Markus Schleinzer revient sur les écrans avec une fresque historique ambitieuse. Bâtie à partir d’une histoire vraie, elle dénonce les conséquences terribles de la misogynie de l’Allemagne du XVII ème à travers le portrait d’une femme éprise de liberté qui ne trouva d’autre solution, pour essayer de s’épanouir et vivre normalement, que de prendre l’identité d’un homme. D’un réalisme cru et ombrageux, magistralement mis en scène dans un noir et blanc à la fois somptueux et glaçant, ce film offre à l’immense Sandra Hüller, ici tour-à-tour triste, désespérée, bravache et conquérante, l’un de ses plus grands rôles. Dans ce film implacable, dur et sans concession, sa prestation hante longtemps la mémoire. A ne pas rater.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
- La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet - Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling…
Gabrielle (Léa Drucker) est chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public. Passionnée par son métier, elle se dévoue corps et âme pour ses patients mais aussi pour son entourage. Un jour, Frida (Mélanie Thierry), une romancière, arrive dans son service pour les besoins d’un livre qu’elle prépare. Entre les deux femmes, l’attraction est manifeste. Gabrielle voit alors sa vie prendre un nouveau tournant…
Cinq ans après le très joli Les Amours d’Anaïs, Charline Bourgeois-Tacquet revient avec son nouveau film, La Vie d’une femme, qui était présenté cette année en compétition pour la Palme d’Or au Festival de Cannes. Si certains ont pu s’étonner de sa sélection en raison de son apparente simplicité face à d’autres propositions cinématographiques plus radicales, il convient toutefois de saluer les (nombreuses) qualités de ce nouveau long-métrage de cette réalisatrice douée. À commencer par ce magnifique portrait de femme dont le quotidien se retrouve soudain bouleversé à la suite d’une nouvelle rencontre. Sensible et profonde, cette histoire, simple de prime abord, doit pour beaucoup à l’interprétation bluffante de Léa Drucker, dont le cinéma français ne peut plus se passer depuis son retour en grâce il y a quelques années avec Jusqu’à la Garde. Pourvu que ça dure !
Recommandation : 4 cœurs
Antoine Le Fur
- Adieu, monde cruel de Félix de Givry - Avec Milo Machado-Graner, Jane Beever, Françoise Lebrun…
Victime de harcèlement, Otto, quatorze ans, décide d’en finir avec la vie. Il rédige une lettre à ses camarades de classe expliquant les motifs de son suicide et se jette d’un pont. Contre toute attente, il se rate. Dépité et surpris, il décide quand même de disparaître, du moins aux yeux de sa famille et de ses proches. Comme les recherches s’organisent, il erre la nuit, à la recherche de nourriture. Un soir, Léna (Jane Beever), une ado élève de son lycée, le reconnaît. Après lui avoir promis de garder son secret, elle le cache dans une chambre inoccupée de l’hôtel de sa mère. Au fil de drôles de journées qui tiennent de parties de cache-cache, les deux ados tombent amoureux et projettent de disparaître ensemble. Mais, une fois encore, le sort va s’en mêler…
Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur (il a d’abord été comédien) Félix de Givry propose un conte initiatique sur l’adolescence et le délicat passage à l’âge adulte. Porté par une sublime musique signée Arnaud Toulon et la voix off de l’ensorcelante Françoise Lebrun, raconté aussi avec une simplicité et une vérité qui ne s’embarrassent d’aucun chichi ni d’aucune afféterie, Adieu monde cruel est un film au charme fou, dans lequel, à travers le personnage du jeune et tourmenté Otto (formidable Milo Machado-Graner) apparaît par moments l’Antoine Doinel de François Truffaut immortalisé par Jean-Pierre Léaud. On en sort bouleversé.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
- Les héros du Louvre de Élie Chouraqui - Avec Kad Merad, Marie Gillain, Jean-Hugues Anglade…
Dans le Paris des années 30, Babi Maklouf (Kad Merad), père d’une famille nombreuse, touche le Graal : amateur fou de la France et de ses œuvres d’art, il est nommé gardien de nuit au Musée du Louvre. En juin 40, alors que les Allemands approchent de Paris, le directeur du musée décide d’organiser l’évacuation de ses trésors. Il demande à Babi de participer à cette opération. Babi accepte à condition de pouvoir embarquer avec lui sa femme (Marie Gillain) et ses enfants. Il est juif et il pressent l’imminence du danger. Dans une France secouée par la guerre, une grande aventure commence, avec ses risques et ses surprises, ses peurs et ses fous-rire, et aussi cette exaltation qui accompagne les grands moments de la vie…
Après dix ans d’absence Élie Chouraqui revient au cinéma avec une histoire familiale, dont il avait déjà tiré une BD, celle de son grand-père qui participa au sauvetage des trésors du Louvre pendant l’Occupation. Il signe une œuvre truffée d’images d’archives, à la fois spectaculaire, intime, et historique, et qui, au-delà de sa famille, rend hommage à l’art et aux résistants. Un film impressionnant, émouvant et malgré tout joyeux, car d’un optimisme indéboulonnable.
Recommandation : 3 cœurs
Dominique Poncet
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