A voir au cinéma cette semaine

Notre recommandation
4/5

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  • Garance de Jeanne Herry - Avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sara-Jeanne Drillaud, Anne Suarez…

Garance (Adèle Exarchopoulos) est une jeune actrice. Pas vraiment connue, elle enchaîne les spectacles et trouve en l’alcool une béquille pour supporter la vie. Mais très vite, le piège de l’addiction se referme sur elle. Garance boit de plus en plus et cela a des conséquences sur sa vie. Un jour, elle rencontre une autre femme, Pauline (Sara Giraudeau), avec qui elle débute une histoire d’amour. À son contact, elle va alors essayer de combattre ses propres démons…

Lors du dernier Festival de Cannes où il était présenté en compétition, Garance est reparti bredouille. Certains s’étonnaient de voir le quatrième long-métrage de Jeanne Herry (Pupille, Je verrai toujours vos visages…) concourir pour la Palme d’or. Effectivement, il faut souligner que ce nouveau film de la réalisatrice française ne brille pas forcément par son audace cinématographique. Au contraire, Garance est une œuvre simple mais dans le bon sens du terme. Et c’est justement pour ça qu’il est réussi. Il n’y a pas de fioritures dans cette histoire bouleversante de femme à la dérive, magnifiquement interprétée par Adèle Exarchopoulos qui aurait tout à fait pu avoir le prix d’interprétation féminine. Qu’à cela ne tienne, elle figure déjà parmi les favorites pour le prochain César de la meilleure actrice. Tout n’est pas perdu !

Recommandation : 4 cœurs

Antoine Le Fur

 

  • Heart of the Beast de David Ayer - Avec Brad Pitt, J.K. Simmons…

Au cœur de l’Alaska. James, ancien soldat des forces spéciales américaines pendant trente ans (Brad Pitt), s’est embarqué  à bord d’un petit hydravion  pour une virée en solitaire avec son chien Odin. Une crise cardiaque et un crash plus tard, il se retrouve, salement amoché, dans une zone inhabitée et hostile. Comment survivre le temps qu’il lui faudra, à lui et à son compagnon perdus dans cette nature sauvage et dangereuse, pour retrouver le contact avec la civilisation ? L’aventure va s’avérer pleine d’embûches et de frayeurs…

L’affection indéfectible que peuvent se porter un humain et son chien…Ce n’est pas la première fois que ce sujet est exploité au cinéma. Mais la nouveauté dans ce film de David Ayer (Suicide Squad), c’est le contexte dans lequel cette affection est née : sur des champs de bataille, évoqués ici dans des scènes flashback, assez fulgurantes. C’est aussi la singularité de cette affection, réciproque évidemment, mais surtout exclusive entre un homme et son chien de combat, qui donne au film son intense émotion. A la fois intimiste et spectaculaire (paysages et images sont somptueux), Heart of the beast propose en outre un formidable duo de cinéma. Brad Pitt est magnifique d’intensité. Privé de dialogue, et pour cause, il joue essentiellement avec le magnétisme de sa présence physique, son étonnante débrouillardise manuelle et sa souplesse de chat. Haletant et touchant.

Recommandation : 4 cœurs

Dominique Poncet

 

  • Les éléphants dans la brume de Abinash Bikram Shah - Avec Pushâ Thing Lama, Deepika Yadav…

Dans un village du Népal, une petite communauté kinnar (nom donné là-bas aux femmes transgenres) vit en paix avec les autres habitants qui lui prêtent notamment un rôle religieux, mais sans l'intégrer vraiment pour autant. Cette communauté pleine de magies, rites et de croyances est dirigée par Pirati, qui cache à ses ouailles qu’elle fréquente un homme, ce qui est totalement interdit au sein du groupe qui a juré chasteté. On se croit dans un film social, mais le ton change lorsque Apsara, l’une des « filles » « adoptées » par  Pirati, s’évanouit brutalement dans la nature. Folle d’inquiétude et de chagrin, la matriarche va tout tenter pour retrouver la disparue, jusqu’à s’aventurer dans la forêt voisine de son village, peuplée d’éléphants sauvages, jusqu’à, aussi, sacrifier sa vie sexuelle secrète…

Il est difficile de classer ce premier film signé du cinéaste népalais Abinash Bikram Shah. Plongeant d’une façon déroutante pour un occidental au cœur d’une communauté kinnar, de ses rites, des pouvoirs qu’on lui prête et des devoirs qu’on lui impose, il emprunte à l’ethnologie, au documentaire, au récit social et au thriller. Au début on s’y perd un peu, mais on est vite captivé par le charme mi-réaliste mi-fantastique de ce long-métrage filmé dans des couleurs à la fois sombres et chatoyantes, et porté par des sonorités népalaises dont on ne saurait dire, à part qu’elles sont splendides et mystérieuses, si elles sont ancestrales ou contemporaines. La photo crépusculaire de cet ovni cinématographique, très politique aussi, est splendide et ses cadres qui cernent aussi bien les personnages que les décors sont envoûtants. Ce captivant  Les éléphants dans la brume a reçu le prix du jury Un certain regard au dernier festival de Cannes. Une réussite.    

Recommandation : 4 cœurs

D. Poncet

 

  • Primetime de Lance Oppenheim - Avec Robert Pattinson, Phoebe Bridgers, Anna Faris…

En 2006, aux États-Unis, Chris Hansen (Robert Pattinson) décide de révolutionner la télévision américaine avec son émission To Catch a Predator. L’idée ? Confronter en direct, devant des millions de téléspectateurs, des prédateurs sexuels. Le succès est au rendez-vous mais la traque d’un mystérieux pédophile va brutalement fait perdre les pédales à Chris Hansen…

Primetime est un film en deux parties. L’une est réussie, l’autre moins. Dans la première heure, le réalisateur Lance Oppenheim réussit à merveille sa peinture au vitriol de l’univers des médias américains. Hélas, le long-métrage perd de sa force dans un second temps en raison d’un scénario assez paresseux sur la traque d’un prédateur sexuel qui va littéralement obséder le personnage principal incarné par un Robert Pattinson qui confirme, une nouvelle fois, qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération. C’est ce qui s’appelle un coup de maître.

Recommandation : 3 cœurs

Antoine Le Fur 

 

  • Raison et sentiments de Georgia Oakley - Avec Daisy Edgar-Jones, Esmé Creed-Miles, Caitríona Balfe…

Dans l’Angleterre du début du XIXème siècle. A la mort de son mari, Madame Dashwood (Caitríona Balfe) et ses trois filles célibataires sont contraintes de quitter le domaine familial qui revient à John, le fils du décédé, né d’une première union. Elles s’installent à la campagne dans un cottage beaucoup plus modeste, au grand désespoir d’Elinor, l’ainée des filles (Daisy Edgar-Jones) qui s’est éprise du beau-frère de John, et bientôt de celui de Marianne, sa puînée (Esmé Creed-Miles) qui tombe amoureuse d’un séduisant célibataire. En proie aux tourments et plaisirs de l’amour, les deux sœurs, très différentes sauf dans leur force de détermination, vont s’affronter, frontalement mais fraternellement, sans désespérer d’avoir, chacune, un avenir heureux…

Décidément le chef-d’œuvre de Jane Austen n’en finit pas de fasciner les cinéastes. La nouvelle adaptation de Georgia Oakley met l’accent  sur la modernité de l’œuvre dans ce qu’elle a de féministe (la volonté proclamée de ses deux héroïnes principales à conquérir leur liberté de femmes amoureuses) en même temps qu’elle dénonce les interdits imposées aux femmes dans l’Angleterre si puritaine du XIXième siècle. C’est de la belle ouvrage ! Le récit est fluide, les dialogues ciselés, et les comédiennes, toutes excellentes et très bien photographiées, évoluent dans des décors et des costumes très raffinés. Un reproche à ce film formellement parfait : il est un peu monotone, manque un peu de relief, ce qui lui enlève de l’émotion. Les esthètes et les amoureux du roman de Jane Austen ne devraient pas en souffrir. 

Recommandation : 3 cœurs

Dominique Poncet

 

  • Justin Le Juste d’Éric Barbier -  Avec Alban Ivanov, Alexandra Lamy , Birane Ba…

1917. Claquemuré dans la mairie d’une commune des Vosges avec quelques otages et deux compagnons d’infortune, Justin le Juste (Alban Ivanov) relate son histoire à une journaliste du Canard enchaîné (Alexandra Lamy) : comment en 1915, on est venu l’arracher à sa ferme natale, qu’il n’avait jamais quittée, pour aller faire la « guerre », sans qu’il sache ce que ce mot signifiait ; comment il avait sauvé un pilote d’avion blessé en le raccompagnant à son campement, sans se rendre compte que ce dernier, allemand, était un de ceux qu’il devait combattre ; comment, ensuite, il avait failli tirer sur des tirailleurs sénégalais, en les prenant pour des ennemis ; comment, devenu ami avec l’un d’eux, Basile (formidable Birane Ba), il avait affronté avec lui les atrocités des champs de bataille ; comment, enfin accusé de désertion, l’armée française l’avait condamné à être fusillé, lui, Justin le Juste, ancien paysan misérable, devenu malgré lui un héros pas comme les autres pour sauver sa vie et celle de ses camarades…

La Première Guerre mondiale dans toute sa barbarie, son absurdité et ses injustices, racontée du point de vue d’un pauvre bougre enrôlé de force chez les Poilus…En adaptant le roman de Jean Pompougnac publié en 1968, le réalisateur Éric Barbier a trouvé la matière  qu’il cherchait pour aborder la Guerre 14-18 comme il le souhaitait, sous le biais de son absurdité, mais sans pour autant sacrifier au réalisme. Finalement, son film, qui tient de la saga picaresque, est une belle réussite. Même si - seul petit bémol - certaines de ses scènes pêchent par trop de naïveté narratrice, il est très soigné sur les plans visuel et sonore.  Dans le rôle-titre Alban Ivanov fait des merveilles. A mille lieues du registre comique auquel il nous avait habitués, le comédien campe un Justin Le Juste sensationnel de justesse, d’humanité et d’émotion. Édifiant et poignant.

Recommandation : 3 cœurs

Dominique Poncet

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