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Moulin de Làszlò Nemes - Avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger…
1942. Jean Moulin (Gilles Lellouche), président du conseil national de la Résistance, travaille à l’unification des multiples réseaux clandestins mobilisés pour lutter contre l’armée allemande. Le 21 juin 1943, alors qu’il préside, à Caluire, une réunion secrète, il est arrêté par la Gestapo et jeté dans une geôle de la prison de Montluc. Entre son arrestation et sa mort, il va s’écouler dix jours, pendant lesquels, placé sous le joug de Klaus Barbie (Lars Eidinger), l’effrayant patron de la Gestapo lyonnaise, il sera atrocement torturé, physiquement et mentalement.
Le thème de la barbarie fasciste inspire une nouvelle fois le réalisateur hongrois Làszlò Nemes. Onze ans après son premier long métrage, Le fils de Saül, sur la machine exterminatrice nazie (reparti du Festival de Cannes 2015 avec le Grand Prix), le réalisateur revient avec un biopic sur le plus illustre et en même temps le plus secret des combattants français, Jean Moulin. Le scénario de son film se concentre sur la captivité du résistant et l’effroyable confrontation de ce dernier avec Klaus Barbie. Ce choix, pour rappeler la violence barbare et sans limite des interrogatoires menés par les nazis. Courage et détermination à fleur de peau, sobriété remarquable, Gilles Lellouche, dans le rôle de Moulin, montre une nouvelle fois, l’immense et indispensable acteur qu’il est devenu. Dans la peau du tortionnaire Klaus Barbie, Lars Eidinger lui fait face, dans une prestation qu’on n’est pas près d’oublier non plus, tant elle fait froid dans le dos. Sur le plan esthétique, ce Moulin est parfait, avec ses beaux clairs-obscurs (le film a été tourné en 35 mm), et la virtuosité de sa réalisation. Ici et là, pourtant, des critiques fusent. Elles ne concernent pas les interprètes mais les dialogues entre Moulin et Barbie : faute d’avoir été consignés en leur temps, ils ont tous été imaginés pour les besoins du scénario. À cette critique, les défenseurs de ce Moulin (dont nous faisons partie) rétorqueront que ce dernier n’étant pas un documentaire, mais un film de fiction, il comporte, forcément, des dialogues ré-écrits, tout biopic soit-il. Cela n’enlève rien ni à la force du film, ni à sa crédibilité, ni à sa nécessité. Attention, certaines scènes peuvent être difficiles à regarder.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg - Avec Hafsia Herzi, Nour Salam…
Sarcelles, 1995. Erika (Hafsia Herzi) élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle (Ella Bedoucha), âgée de 7 ans, se met en tête de retrouver son père, Antoine (Stephan Chargeboeuf), qui l’a abandonnée lorsqu’elle était encore bébé. Erika décide de l’aider dans ses recherches tout en cherchant dans le même temps à la protéger. Car si Abigaëlle est bien décidée à partir en quête de ses racines, son père, de son côté, voit les choses autrement…
Présenté dans la sélection « Un Certain Regard » lors de la dernière édition du Festival de Cannes, Quelques mots d’amour est une merveille. Pas une petite merveille mais une vraie merveille de film. Pour son nouveau long-métrage, Rudi Rosenberg (Le Nouveau) frappe un grand coup avec l’histoire de cette famille attachante qui s’étend sur plusieurs époques. Drôle à de nombreux moments, Quelques mots d’amour est surtout d’une tendresse infinie. En prime, le film donne l’occasion de voir la sensationnelle Hafsia Herzi dans l’un de ses plus beaux rôles. La belle surprise cinématographique de l’automne !
Recommandation : 4 cœurs
Antoine Le Fur
Le mystère Lucy Lost de Olivier Clert - Animation
Pendant la Première Guerre mondiale, Lucy, une petite fille aux cheveux bizarrement tout blancs, vit avec sa famille dans un village situé sur une île britannique isolée. Parce qu’elle souffre de drôles de visions et n’a aucun souvenir de sa prime enfance, ses parents et son docteur lui interdisent d’aller à l’école, car sa différence pourrait susciter le rejet des autres enfants. Un jour, Milly, une petite fille habitant New-York apparaît à Lucy. Et soudain, quelques souvenirs reviennent à cette dernière. Elle comprend qu’en fait, elle a été adoptée. Mais d’où vient-elle ? Milly l’embarque dans une grande aventure qui l’emmène jusqu’en Amérique. Une aventure vraie ? Rêvée ?…
Pour son premier film d’animation, Olivier Clert adapte Listen to the Moon, un roman signé Michaël Morpurgo, l’un des romanciers britanniques jeunesse d’aujourd’hui les plus populaires (il a notamment écrit Cheval de guerre adapté par Spielberg). D’une réalisation très soignée, esthétiquement très réussi (dessins et couleurs sont d’une douce élégance), Le mystère Lucy Lost est un petit bijou de film d’animation porté par une histoire passionnante où il est question d’amitié, de résilience, de tolérance et de courage, sans que rien ne pèse à aucun moment, bien au contraire. Produit par le studio Xilam (d’où est sorti J’ai perdu mon corps) voilà un film sensible qui ravira grands et petits à partir de six ans.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
Hope de Na Hong-Jin - Avec Jung-Min Hwang, In-sung Zo…
Hope Harbor est un petit village portuaire sans histoire. Mais c’était sans compter sur la découverte d’une mystérieuse créature qui sème le chaos dans ses rues et donne du fil à retordre à ses habitants. Un événement extraordinaire qui n’est pas un cas isolé puisque dans la forêt environnante, d’autres espèces étrangères s’apprêtent à semer le chaos autour d’elles…
Voici certainement l’un des films les plus barrés de la dernière édition du Festival de Cannes. Entre le récit fantastique, le film d’horreur et la comédie noire, Hope a de quoi séduire les cinéphiles. Si la première heure est effectivement très jouissive grâce à une mise en scène particulièrement inventive et un rythme trépidant, force est de constater que la deuxième partie est beaucoup plus incertaine. Une faute dûe à un scénario bien mince et une photographie assez hasardeuse qui donne davantage l’illusion de se trouver face à un jeu vidéo qu’un film de cinéma…
Recommandation : 3 cœurs
Antoine Le Fur
Supplique à nos fantômes de Xavier Pestuggia - Documentaire- Avec la voix de Guillaume Gallienne.
Marqué par une enfance traumatique et une mère castratrice, le réalisateur Xavier Pestuggia entreprend de raconter son histoire en la croisant avec celle d’une jeune femme, Andrea, qui a elle aussi connu une jeunesse difficile auprès de sa figure maternelle. Leurs récits se croisent et s’interrogent sur la possibilité d’endiguer cette violence avec laquelle ils doivent composer depuis leur plus jeune âge…
Supplique à nos fantômes est un film éprouvant dont le spectateur ne sort pas indemne. Mais malgré la dureté du propos, le documentaire de Xavier Pestuggia n’est jamais plombant. Grâce à plusieurs belles idées (comme ces illustrations qui imposent une certaine respiration au film), ce long-métrage parvient à émouvoir et à s’imposer comme un beau message de résilience. Une œuvre forte et nécessaire.
Recommandation: 4 cœurs
Antoine Le Für
La Tentazione de Nicolangelo Gelormini - Avec Valeria Golino, Saul Nanni, Jasmine Trinca…
Gioia (Valeria Golina) a cinquante ans et vit encore chez ses parents. Professeure de français dans un lycée, elle voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un nouvel élève mystérieux, Alessio (Saul Nanni). Troublé par le jeune homme, cette femme sans histoire décide de lui donner des cours particuliers. Bientôt, une relation ambiguë s’installe entre ces deux personnes opposées…
Il y a quelque chose dans La Tentazione, c’est indéniable. Dans sa première partie, le film captive grâce à son ambiance singulière et sa manière de faire planer le mystère. Les personnages sont complexes et pourvus de nombreuses nuances. Malheureusement, la suite de l’histoire est beaucoup plus décevante, en raison d’un scénario poussif et d’un manque de souffle évident. Une semi-déception limitée toutefois grâce à la composition de Valeria Golino, incroyable en vieille fille troublée par son propre désir.
Recommandation : 2 cœurs
Antoine Le Fur
Irish travellers d’Alexander Murphy- Documentaire
Dans une belle lumière de petit matin, la porte d’un vieux mobile-home ancré en pleine campagne au bord d’une route, s’ouvre. Vont s’en échapper, un par un, une ribambelle de petits galopins d’une malice et d’une joie de vivre contagieuse… Quelle magnifique idée que d’avoir ouvert ce documentaire sur les Travellers - une communauté ostracisée d’Irlande - par ce long plan fixe sur les enfants (cinq garçons et cinq filles) de l’une de ses familles. Il permet d’entrer d’emblée dans l’intimité de cette communauté, jadis nomade, aujourd’hui en majorité sédentaire, mais vivant encore en marge du monde. Chichement (elle vit des aides de l’Etat), mais au grand air, en se contentant de plaisirs simples comme les baignades en rivières, les jeux dans les champs, la chasse aux lapins et les balades en sulky derrière les chevaux, une tradition de leur communauté…
Après le récent Au-delà de Katmandou, Alexander Murphy revient avec un nouveau documentaire. Pourquoi modifier une formule qui marche et qui séduit ? Irish travellers est un mélange délicat de réalisme et de poésie, son image est magnifique et les êtres qu’il capte, regardés avec simplicité et une bouleversante empathie. Un pur bonheur.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
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