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Ma toute petite école de Pascal Plisson - Documentaire
Niché à 1600 mètres d’altitude en Haute Tarentaise, le petit hameau de La Gurraz - quinze maisons pour 35 habitants - abrite la plus petite école de France : huit élèves, de la maternelle au CM2. Âgés de 4 à 11 ans, ces enfants, regroupés dans une seule salle de classe, se partagent la même maîtresse. Une maîtresse comme on en a tous rêvés, patiente, juste, attentive et aimante, à la fois ferme, douce et claire dans sa façon d’enseigner. Grâce à elle et à ses deux « assistantes », les enfants aiment l’école et donc, travaillent bien, dans une bonne humeur permanente, en s’écoutant et se respectant les uns les autres. Et puis, il y a les distractions, les sorties à ski, les plongeons à la piscine, les balades en montagne et les cours de musique, auxquels la maîtresse prend toujours part. Une seule ombre au tableau de ce petit paradis, la peur qu’il ne ferme un jour, faute d’un nombre suffisant d’élèves. Le maire et ses administrés veillent au grain, cherchent des solutions et les trouvent : cette année, l’école a pu accueillir deux enfants de saisonniers. La décision de rénover le presbytère du village va peut-être permettre d’en accueillir d’autres… Depuis quatre générations, la petite école n’a encore jamais fermé…
Treize ans après son formidable Sur le chemin de l’école qui avait reçu, haut la main, en 2014, le César du meilleur film documentaire (près de deux millions de spectateurs), Pascal Plisson, nous ramène à l’école. Fasciné par son fonctionnement - les emplois du temps semblent s’emboiter sans problème -, attendri par ses petits occupants qui forment un groupe soudé, enthousiaste et joyeux, le cinéaste, en grand enfant de 66 ans, y a planté ses caméras le temps d’une année scolaire. A sa façon à lui, observatrice et bienveillante. Le résultat donne ce film d’une irrésistible tendresse, qui nous ferait croire au paradis sur terre, tant y sont exclus tensions et mauvais sentiments, tant y règnent gaîté et amour de la vie, tant il offre aussi de cette sérénité et de cette beauté qui sourdent de ses images. Un bijou de film.
Recommandation : 5 cœurs
Dominique Poncet
Club kid de Jordan Firstman - Avec Jordan Firstman, Cara Delevingne, Diego Calva…
Ça commence en 2016 à New-York dans un dance floor bourré à craquer où une bande de gays s’agitent frénétiquement sur une chanson de Rihanna. Assez vite, la caméra zoome sur un des danseurs, particulièrement surexcité. C’est Peter (Jordan Firstman), le co-organisateur de cette soirée avec sa complice Sophie (Cara Delevingne). Un gars décomplexé, nourri de fêtes, de sexe et de drogues de tous les acabits, et qui se fiche bien que ses lendemains chantent ou déchantent, au gré de ses prises de substances interdites… On le retrouve, dix ans plus tard, chez lui, toujours fêtard, mais assez désenchanté, et plus solitaire. C’est à ce moment-là qu’une femme sonne chez lui. Elle est accompagné d’Arlo (Reggie Absolom, une révélation), un gamin d’une dizaine d’années. Avant de disparaître, elle annonce à Peter qu’il en est le père. D’abord incrédule et paniqué, Peter, bouleversé, accepte d’assumer sa paternité. Mais, même s’il s’assagit, pas question pour lui de renier son milieu. Il va le faire découvrir à Arlo, tout en le protégeant de toute agression…
Cinéphiles à vos marques ! Club kid, le premier film de l’américain Jordan Firstman arrive enfin sur les écrans français. D’une spectaculaire beauté formelle, tour à tour, et parfois dans la même scène, gonflé, bouleversant et d’une ahurissante drôlerie… il nous plonge dans le quotidien d’un queer noceur invétéré, qui ne pensait pas devoir un jour endosser les habits d’un père et en être chamboulé. On a rarement vu le milieu queer filmé avec autant d’humour et de naturel, sans une once de pittoresque, de militantisme ou de provocation. Accueilli par une ovation au Festival de Cannes, doublement récompensé dernièrement au festival de Deauville (Grand Prix et Prix du Jury), Club Kid devrait maintenant enflammer le public français. Ce serait amplement mérité.
Recommandation : 4 cœurs
Dominique Poncet
Un bon patron de Philippe de Chauveron - Avec Didier Bourdon, Catherine Frot, Jean-François Cayrey, François Levantal…
Antoine Blanchet (Didier Bourdon) est le patron d’une ancestrale fabrique familiale de balances. Tout semble aller pour le mieux pour ce chef d’entreprise qui s’apprête à recevoir un prix honorifique pour son usine. Mais à l’approche de cette distinction, tout se grippe, aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle. S’il parvenait à tout maîtriser jusqu’à présent, Antoine Blanchet va désormais devoir faire face à de sacrées zones de turbulences…
Remake français du film espagnol El buen patron avec Javier Bardem, Un bon patron est censé être une comédie. Censé parce que vendu comme tel avec, aux manettes, un cinéaste spécialisé du genre (Philippe de Chauveron à qui l’on doit notamment Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? et ses suites) et des comédiens chevronnés en la matière (Didier Bourdon et Catherine Frot qui se retrouvent 23 ans après 7 ans de mariage). Et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, le film n’est pas drôle. Mais vraiment pas. À peine un sourire viendra titiller le visage des spectateurs qui feront certainement preuve de consternation devant ce long-métrage incroyablement poussif et au scénario aussi mince qu’une feuille de papier. En bref, un film qui s’oublie très vite et c’est peut-être mieux comme ça.
Recommandation : 1 cœur
Antoine Le Fur
L’Arabe de Malek Bensmaïl - Avec Ahmed Benaïssa, Hiam Abbas, Nabil Asli, Dali Benssalah…
En 1996, en pleine décennie noire de l’Algérie, dans un bar semi-clandestin d’Alger, Kamel (Nabil Asli), un journaliste qui se bat contre sa direction pour pouvoir rendre compte des violences qui ensanglantent le pays, reçoit L’Étranger d’Albert Camus, des mains d’un vieil homme prénommé Haroun (Ahmed Benaïssa). Il lui demande de lire le roman comme une histoire vraie, car prétend-il, « L’arabe », la victime, aurait réellement existé : «L’homme assassiné s’appelait Moussa, et c’était mon frère. Ce drame a gâché ma vie ». Kamel lui propose alors de raconter son histoire depuis ce meurtre, dans l’objectif de faire revivre, à travers elle, celle, mouvementée, de l’Algérie.
La genèse des films est parfois une longue histoire. En témoigne celle de L’Arabe, le premier long-métrage du documentariste algérien Malek Bensmaïl…En 1942, Albert Camus publie un livre sur un meurtre commis sans mobile apparent en Algérie. Il nomme le tueur, Meursault, mais pas le tué sur la plage, un jeune algérien. Plus de 70 ans plus tard, Kamel Daoud, écrivain d’origine algérienne, imagine une enquête sur le tueur. Il la fait raconter par Haroun, le frère de la victime qu’il sort de son anonymat en lui donnant le nom de Moussa Hamdani. Meursault, contre-enquête, sera Prix Goncourt du premier roman en 2015. C’est ce livre-là qui a inspiré son film à Malek Bensmaïl. Un film bâti comme un puzzle : pour évoquer les différentes périodes historiques de l’Algérie vécues et relatées par Haroun avant et après le drame, le réalisateur utilise plusieurs registres d’images : l’époque du meurtre, située en 1942 est en noir et blanc, celle de la guerre d’indépendance (1954-1962) en couleurs pastel, etc… Ce système, hélas, embrouille parfois le récit, au point de désarçonner le spectateur. Reste pourtant un film ambitieux, historiquement intéressant, formellement splendide, magistralement interprété aussi, notamment par Ahmed Benaïssa (Haroun vieux) et la comédienne palestinienne Hiam Abbass qui empoigne avec une force impressionnante le rôle de la mère d’Haroun et de Moussa. La découverte de la semaine.
Recommandation : 3 cœurs
Dominique Poncet
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