LA GUERRE DU FEU

L’aventure préhistorique…l’insensé pari, gagné, d’un cinéaste savant, optimiste, méticuleux…
De
Jean-Jacques Annaud
Sortie DVD, Blu-ray – GAUMONT EDITIONS -
Bonus vidéo : Retour de flamme, commentaire audio de Jean-Jacques Annaud (50’) ; A propos de La Guerre du feu (26’) ; bande-annonce (3’) ; Interview inédite de Jean-Jacques Annaud, making of de l’époque, commentaire audio de Jean-Jacques Annaud ; bande-annonce.
Avec
Everett McGill, Ron Perlman, Rae Dawn Chong…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

L’histoire se passe il y a environ 80 000 ans. Une tribu d’Homo Sapiens primitifs qui savent conserver le feu, mais non le produire, est attaquée par une tribu de Néanderthaliens velus. Au cours de l’affrontement, le feu est détruit. La survie de la tribu est en grand danger. Trois vaillants guerriers, Naoh, Amoukar et Gaw sont désignés par leur tribu pour partir à la recherche de la si précieuse énergie. Au cours de leur périple bourré d’obstacles de toutes natures ( le froid, la faim, les fauves, l’hostilité d’autres humanoïdes ), ils rencontrent Ika, qui vient d’échapper à une tribu d’anthropophages. Ika est une jeune Ivaka, des homosapiens qui eux, savent faire naître le feu et construire des cabanes. Tombé amoureux de la jeune fille, Noah abandonne ses compagnons pour la suivre.

Mais à peine a-t-il pénétré dans le fief des Ivakas que ces derniers l’emprisonnent. Le jeune homo sapiens en profite pour apprendre leurs différents savoirs. Après sa libération par ses deux ex-compagnons, il repartira vers son territoire et les siens, riche de nouveaux savoir-faire, accompagné, aussi, d’Ika.

Points forts

- Jean-Jacques Annaud a beau affirmer avoir toujours été fasciné par « la guerre du feu » qu’il avait découverte très jeune, en bande dessinée dans la revue Mickey, on ne peut s’empêcher d’admirer le culot qu’il lui a fallu pour imaginer qu’une telle « épopée » pouvait être portée à l’écran. Pour la faire tenir dans la durée normale d’une séance de cinéma et lui donner les allures d’un film d’aventure populaire et tous publics, il a fait se chevaucher les époques évoquées dans le livre dont il s’est inspiré – le roman éponyme de J-H Rosny qui s’étale, en fait, sur des dizaines de milliers d’années –, et il a fait se côtoyer les différents humanoïdes qui les ont vécues. Une fois son canevas tissé, il l’a enrichie d’une « romance ». Une petite invention « scénaristique » qui  permet au spectateur du XXème siècle de s’identifier aux personnages de cette histoire de la nuit des temps.

- Assez incroyablement, dans ce film qui reconstitue la préhistoire, rien ne sent le fabriqué. On le doit au fait qu’il a été tourné dans des décors naturels, avec une mise en scène naturaliste et sans aucune image virtuelle. On a vraiment l’impression d’y « être ».

- Les langages employés par les différentes tribus présentes à l’écran accentuent cette impression. Aucun de ceux-ci n’est intelligible, pourtant ils parviennent tous à exprimer des sentiments primaires, comme la peur, la défense, la faim, l’amour et l’inimitié. Ce petit « miracle » est le fait que ces « dialogues », aussi inarticulés qu’ils paraissent, ne relèvent pas du borborygme. Ils ont été écrits par le linguiste britannique Anthony Burgess qui les a conçus à partir de plusieurs langues : l’anglais, le français, l’italien, le portugais… Mise au point par le zoologiste Desmond Morris, la gestuelle des comédiens qui les profèrent aident à leur compréhension.

- Le dernier point fort du film est sa musique, signée Philippe Sarde. Accompagnant pratiquement tous ses plans, elle est même essentielle à sa dramaturgie. « Si vous regardez La Guerre du feu sans musique, il n’y a plus de film… C’est vraiment la partition qui fait parler mes hommes préhistoriques, qui révèlent leurs émotions, intérieures ou extérieures » déclara d’ailleurs Jean-Jacques Annaud.

Quelques réserves

Bien que le cinéaste ait tenu à ce que, dans son film, rien ne soit contraire aux connaissances scientifiques de l’époque, il a fallu que, pour raconter en 1h26 une épopée se déroulant sur plusieurs dizaines de milliers d’années, il en « ramasse » la durée. Cela l’a contraint à des ellipses et à quelques écarts concernant  l’exactitude (pré)historique. Exemple : il a fait se rencontrer des humanoïdes qui, en réalité, se sont succédés. En regard du punch que ces anachronismes ont donné à son film, on peut les considérer comme « accessoires ». Tant pis s’ils ont pu choquer quelques pointilleux spécialistes.Ils ont permis à des millions de spectateurs de s’intéresser à la préhistoire.

Encore un mot...

Le pari était risqué. Jean-Jacques Annaud l’a gagné haut la main. Mise en scène, d’une grande inventivité ; scénario, tonique ; décors, grandioses et, sous leurs maquillages saisissants, acteurs plus que convaincants… Son épopée de La Guerre du feu avait tout pour fasciner et passionner. Elle a d’ailleurs connu un énorme succès mondial. Pour preuve, rien qu’aux Etats Unis, elle a rapporté plus de 67 millions de dollars ! Cette fresque sans précédent sortie sur les écrans en 1981 ressort en DVD et Blu-ray au moment où son réalisateur s’attaque à une autre entreprise cinématographique pharaonique : la reconstitution de l’incendie, en avril 2019, de Notre-Dame de Paris et celle du sauvetage de ce monument phare du patrimoine français.

Une phrase

« j’ai toujours aimé apprendre, et j’apprends sans cesse. Pas seulement intellectuellement, mais par le contact et les atmosphères de lieux qui parlent à l’imagination… Et puis, je suis terriblement obstiné. Quand j’essaie de faire vivre quelque chose à l’écran, je veux que ce soit bien, qu’on ait le scénario le plus convaincant, le décor le plus authentique, l’objet le plus exact, le tissu le plus approprié. Je lis des centaines de livres, je visite des centaines de lieux » (Jean-Jacques Annaud, entretien avec Le Figaro).

L'auteur

Fils d’un cheminot et d’une mère secrétaire de direction, Jean-Jacques Annaud, né à Juvisy-sur-Orge en 1943, attrape le virus du cinéma en voyant La Bataille du rail de René Clément. Il n’a que onze ans, mais sa vocation est née.

Son bac latin-grec en poche, il file à l'Ecole Louis Lumière (dont il sort Major), puis à l’IDHEC (dont il sort aussi Major) tout en suivant des cours de théâtre, de préhistoire et d’histoire médiévale à la Sorbonne (dont il sort également diplômé).

Après avoir fait ses armes dans les films publicitaires, il se lance dans le cinéma. Si son premier film, La Victoire en chantant (1976) est, en France, un échec commercial (il obtiendra cependant un Oscar sous un autre titre!), le deuxième, Coup de tête tourné sur un scénario de Francis Veber est un succès, sur lequel le cinéaste va s’appuyer pour s’attaquer à des projets coûteux et ambitieux. Ce sera, notamment, en 1981, La Guerre du feu et en 1988, l’Ours -deux films pour lesquels le cinéaste va recevoir le César du meilleur réalisateur- puis encore, en 1992, L’Amant, adapté du roman de Marguerite Duras.

Malgré ensuite quelques échecs commerciaux (Sept ans au Tibet, Sa Majesté Minor et Or noir), Jean-Jacques Annaud reste considéré par nombre de ses confrères comme l’héritier d’un authentique cinéma populaire. Réputé pour être un perfectionniste et un technicien hors pair, il fait aussi partie des rares réalisateurs français à jouir d’une notoriété internationale. Membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2012, il est également l’auteur du livre Une vie pour le cinéma paru en 2018 aux éditions Grasset.

Et aussi

 

– Les BAS-FONDS de JEAN RENOIR – Avec JEAN GABIN, SUZY PRIM, LOUIS JOUVET, JANY HOLT…

Un baron ruiné par le jeu (Louis Jouvet) surprend chez lui un cambrioleur, Pépel (Jean Gabin) avec lequel il sympathise immédiatement. Pépel loge dans le bouge sordide d’un infâme receleur, Kostileff, dont l’épouse est devenue sa maîtresse (Suzy Prim). Pour avoir la paix avec la police, Kostileff a promis au commissaire du quartier la main de sa jeune et jolie belle sœur, Natacha (Jany Holt). Mais cette dernière, qui aime Pépel, refuse cette manigance.

Un jour, à l’invitation de Pépel, le baron ruiné débarque dans le bouge qui sert  aussi d’asile à divers pauvres bougres. L’atmosphère est électrique. Au cours d’une dispute qui l’oppose d’abord à Pépel, puis à tous ses “ locataires", l’infect Kostileff est tué. Pour couvrir Pépel, chaque participant du pugilat s’accuse. Pépel profite du chambardement pour s’enfuir sur les routes refaire sa vie avec Natacha, dans un dernier plan qui évoque la séquence finale des Temps modernes de Chaplin.

Pour oser transposer dans la France de 1936, celle du Front populaire, l’une des pièces russes les plus mythiques du début du XXème siècle (elle date de 1902)… Il fallait avoir du cran et du talent. Jean Renoir, qui ne manquait ni de l’un ni de l’autre et qui avait, en plus, une conscience politique aiguë - il était sympathisant du parti communiste - s'y risqua. Et cela donna ce drame naturaliste, dans lequel on perçoit à chaque plan l’humanisme du cinéaste. S’il est par moments « bancal » (certaines scènes semblent sur-exploitées au détriment d’autres qu’on aurait souhaité voir plus développées), Les Bas-fonds est quand même un bijou de cinéma. Sa photo est sublime, et ses dialogues, co-signés par Charles Spaak, souvent aux confins du tragi-comique, d’une justesse jubilatoire. Quant au casting, il est plus que parfait. Dans son rôle de baron, Louis Jouvet est magistral, d’élégance, de loufoquerie et d’autodérision. Dans celui du cambrioleur, Jean Gabin lui oppose  son aisance et son naturel. Peut-être parce que Renoir l’avait tourné entre deux de ses films les plus populaires (Partie de Campagne et La Grande illusion), les Bas-fonds est souvent le grand oublié pour les rediffusions des films du cinéaste. Sa ressortie en DVD, Blu-ray, dans une version très bien restaurée (La Gaumont a fait un travail admirable) vient combler cette injustice.

Recommandation : Excellent
Sortie DVD, Blu-ray – Gaumont éditions.
Bonus vidéo : L’idéal ouvrier, documentaire inédit avec les interventions de Patrick Glatre, auteur de Jean Gabin, la traversée d’un siècle, et de Pascal Mérigeau, spécialiste de Jean Renoir.

 

– EN ATTENDANT LE CARNAVAL de MARCELO GOMES – DOCUMENTAIRE.

Chaque année, plus de 20 millions de jeans sont produits dans la petite ville brésilienne de Toritama. Les habitants de ce bourg devenu aujourd’hui un « microcosme du capitalisme impitoyable » travaillent sans arrêt, fiers de leur activité qui leur offre liberté et (très relative) aisance économique. Arrimés à leurs machines à coudre, ces forçats ne s’arrêtent jamais, sauf pendant le Carnaval. Pour ces huit jours de fête, ils dépensent sans compter l’argent accumulé pendant le reste de l’année, allant même jusqu’à vendre, leurs biens les plus précieux (machines à laver, télés et même, machines à coudre). Cela avec un seul objectif : aller chercher sur les plages alentour, un bonheur éphémère et illusoire…

Revenu un jour sur les terres de son enfance, le cinéaste brésilien Marcelo Gomez (Il était une fois Veronica, Joaquim) a été saisi par la transformation radicale de Toritama qui, encore essentiellement agricole dans les années 80, ressemble aujourd’hui à un gigantesque atelier de couture où se sont engouffrés tous les travers, excès, aberrations et leurres de la société de consommation. Interloqué par l’ampleur et la rapidité du changement de cette ville, le réalisateur a décidé d’y planter ses caméras. Cela donne ce formidable documentaire, qui offre une belle et émouvante réflexion sur l’évolution de nos sociétés. On est pantois devant le dynamisme qui porte les habitants de Toritama, la gaîté joyeuse qui les habite malgré la charge écrasante de leur travail, et aussi, leur foi inébranlable dans ce dieu, nouveau pour eux, qu’ils  appellent « l’or bleu », bleu, évidemment, comme la couleur des jeans. Ne pas oublier d’écouter l’interview du réalisateur qui accompagne la sortie en DVD de son documentaire. Elle est édifiante.

Recommandation : Excellent
Sortie DVD – JHR Films.
Bonus vidéo : Scènes coupées ; interview de Marcelo Gomes.

 

 – L’UNION SACRÉE d’ALEXANDRE ARCADY – Avec RICHARD BERRY, PATRICK BRUEL, BRUNO CREMER, CLAUDE BRASSEUR…

Simon Atlan (Patrick Bruel) est l’un des meilleurs éléments de la Brigade des Stups. Karim Hamida (Richard Berry) est un discret militaire de la D.G.S.E. Tous les deux ont des racines algériennes, mais Simon est juif et  Karim, arabe. Normalement, ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Mais le hasard d’une mission les réunit et ils sont obligés de travailler ensemble. Entre eux, c’est tendu. Lorsqu’on vous donne pour mission de démanteler un réseau terroriste islamique, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur et lâcher du lest…

Pour son sixième film, le réalisateur du Coup de Sirocco a eu l’idée de traiter de l’intégrisme religieux et de l’opposition juif-arabe à travers un polar, qui, s’il était une comédie, pourrait relever du « buddy movie ».

Côté scénario, ça fonctionne bien. Avec ce qu’il faut de retournements pour tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout, l’histoire se tient et est bien menée. Le point faible du film, ce sont ses dialogues . Certaines répliques sont lourdaudes ou redondantes, et le sur-jeu de Patrick Bruel, devenu depuis le grand et subtil comédien que l’on sait, n’arrange pas les choses. Cela dit, plus de 30 ans après sa sortie (1989), et malgré ses défauts, le propos de L’Union sacrée est toujours d’actualité. La ressortie de ce polar en DVD et Blu-ray va réjouir les fans du cinéaste. Ceux de Jean-Jacques Goldman - qui est l’auteur de sa très efficace bande-son - aussi.

Recommandation : Bon
Sortie DVD, Blu-ray – ESC Editions.
Bonus vidéo : Entretien avec Alexandre Arcady, entretien avec Patrick Bruel, entretien avec Richard Berry.

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