OUTSIDE MORRIS ENGEL & RUTH ORKIN L’INTEGRALE (1953) : LE PETIT FUGITIF, WEDDINGS AND BABIES, LOVERS AND LOLLIPOPS, I NEED A RIDE TO CALIFORNIA

Un coffret hommage à un réalisateur américain injustement oublié à qui John Cassavetes, Martin Scorsese et tous les cinéastes français de la Nouvelle Vague, dont Truffaut, doivent beaucoup… Exceptionnel.
De
Morris Engel, Ruth Orkin
Sortie vidéo. L’intégrale Blu-Ray, versions restaurées. Carlotta Editions -
Bonus vidéo. Ils sont nombreux. Parmi eux, pour Le Petit Fugitif : The Dog Lover, un court métrage de Morris Engel ( 24’), une introduction d’Alain Bergala, enseignant à la Femis, Morris Engel, l’indépendant, un documentaire de Mary Engel. Pour Lovers and Lollipops et Weddings and Babies : One Chase Manhattan Plaza, un court métrage de Morris Engel, Ruth Orkin, Images de la vie, un documentaire de Mary Engel, Still Life, une interview de Ruth Orkin dans l’émission new-yorkaise Still Life. Pour I need a Ride to California : deux courts métrages et trois publicités réalisés par Morris Engel.
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

Le coffret publié par Carlotta contenant quatre films, il y a quatre sujets : 

Le Petit Fugitif (1953)

Brooklyn, au début des années 50. Devant se rendre au chevet de sa mère malade, la maman de Lennie lui confie la garde de son petit frère Joey. Irrité à l’idée de devoir veiller sur son cadet, Lennie, qui avait prévu de passer le week-end avec ses copains, lui joue un tour et simule un accident de carabine sur un terrain vague. Persuadé d’avoir tué son frère aîné, Joey, horrifié, s’enfuit à Coney Island, une immense plage de New York dédiée à la fête foraine. Le petit garçon va y passer 24 heures d’errance, entre manèges, grande roue, lancers de balles de chiffon, balades à dos de poney, et, pour gagner quelques sous, ramassage de bouteilles vides consignées. Du haut de ses six ans, il est irrésistible.

Weddings and Babies (1958)

Little Italy à New York au début des années 50. Photographe spécialisé dans les clichés de mariages et de naissances, Al est frustré de ne pas pouvoir travailler sur des sujets plus créatifs. D’autre part, il n’arrive pas à se décider à épouser Béa, sa jolie compagne d’origine suédoise, qui aimerait pourtant beaucoup fonder une famille avec lui. La situation va encore s’aggraver lorsque la mère de Al, expulsée de son logement va venir partager l’appartement de son fils.

Lovers and Lollipops (1956)

New York, au milieu des années 50. Anne, une jeune veuve, vit avec sa fille de sept ans, Peggy. Lorsqu’elle se met à fréquenter Larry, un ami de longue date revenu d’Amérique du Sud, Peggy va le ressentir comme une menace sur ses liens avec sa mère. L’adorable petite fille qu’elle était va devenir capricieuse, infernale…

I need a Ride to California (1968)

Greenwich Village, fin des années 60. Lily est une jeune californienne venue à New York pour embrasser le mode de vie hippie. Appareil photo à la main, elle explore les rues de la métropole, pieds nus, mais couronne de fleurs dans les cheveux. Elle va se rendre compte très vite que la ville et les rencontres qu’elle y fait ne sont pas toujours bienveillantes. Même s’il est « fictionnel », ce film est un témoignage précieux sur le New-York de la révolution « flower power ».

Points forts

La réparation d’une injustice. A l’été 1952, avec une petite caméra légère qu’il a fait fabriquer pour pouvoir tourner en marchant sans perte de qualité pour l’image, le photographe américain Morris Engel – totalement néophyte en matière de cinéma – filme l’histoire d’un gamin qui, en fuite de son  domicile familial, déambule au milieu des baraques foraines de Coney Island. Son équipe est réduite, trois personnes (Ruth Orkin, sa future femme et monteuse du film, son ami Ray Ashley et lui-même ), et son budget, ridicule (30 000 dollars offerts par des copains). Après bien des péripéties, le film est quand même sélectionné pour le Festival de Venise 1953, et…il décroche un Lion d’Argent. Le critique André Bazin s’emballe, publie un article dithyrambique dans les Cahiers du cinéma. François Truffaut le visionne. Le Petit Fugitif va fortement influencer l’auteur des 400 coups. La Nouvelle Vague naît, qui prône un cinéma libre, léger, mobile, quotidien… Inexplicablement, et malgré les éloges de cinéastes comme John Cassavetes, Le Petit Fugitif va pourtant tomber dans l’oubli, à l’instar, d’ailleurs des trois autres longs métrages de Morris Engel.

La sortie, dans un même coffret, des quatre uniques films du photographe devenu cinéaste  constitue un évènement. Pas seulement parce qu’ils sont à l’origine d’une révolution dans le monde du septième art, mais parce qu’ils sont tous les quatre, chacun avec leur histoire différente, des petits bijoux de légèreté, d’humanité, de naturel et d’intelligence. Loin de toute pompe hollywoodienne, ils respirent tous, la vie et l’élégance et sont en plus, d’une beauté formelle à couper le souffle. Chacun de leur plan (cadre et lumière) pourrait faire, à lui seul ou presque, l’objet d’une leçon de cinéma.

Quelques réserves

Il n’y en a pas. Ce coffret des quatre films de Morris Engel et Ruth Orkin, enrichi de passionnants suppléments est un bijou pour les cinéphiles et une source d’informations inestimable pour les fans de la Nouvelle Vague.

Encore un mot...

Qu’ajouter d’autre, si ce n’est qu’on ne peut que saluer la décision de Carlotta de ressortir les oeuvres de Morris Engel et de son épouse Ruth Orkin, ces deux photographes esthètes, qui avant de se lancer dans la réalisation, ne connaissaient pas grand chose des techniques du 7ème Art et dont les films, plus de cinquante ans après leur sortie, sont toujours d’une modernité confondante. Peut-être parce que l’émotion qu’ils dégagent est intemporelle.

Une phrase

« Notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film Le Petit Fugitif » (François Truffaut, cinéaste) .

L'auteur

Né le 8 avril 1918 à New York, Morris Engel commence par être photographe. Il expose pour la première fois en 1939 à la New School for Social Research, travaille un temps pour le quotidien PM avant de rejoindre la Navy comme photographe de guerre de 1941 à 1946. Mais il est fasciné par le cinéma.

En 1953, avec son amie la photographe Ruth Orkin et son ancien collègue de la revue PM, Raymond Abrashkin, il écrit Le Petit Fugitif, qu’il va réaliser pour 30.000 dollars en tournant en milieu naturel avec une petite caméra de 35 mn. Malgré le succès de ce film, le cinéaste, désormais marié avec Ruth Orkin, a beaucoup de mal à trouver un financement pour son film suivant Lovers and Lollipops. Il en sera de même pour le troisième, Weddings and Babies .

Dans les années 60, Morris et Ruth réaliseront des publicités pour la télévision. Leur dernier film, I need a Ride to California ne sera pas distribué. Ils se lanceront dans des films publicitaires, oubliés par les gens du cinéma.

Et aussi

 

- PARIS POLICE 1900 de FABIEN NURY, JULIEN DESPAUX, FRÉDÉRIC BALEKDJIAN - Avec JÉRÉMIE LAHEURTE, EVELYNE BROCHU, MARC BARBÉ…

Le 16 février 1899, le Président Félix Faure meurt à l’Elysée d’une crise cardiaque, en plein ébat amoureux avec sa maîtresse. Il laisse une République épuisée et déchirée par l’affaire Dreyfus, prise en étau entre les nationalistes, les antisémites et les anarchistes. Pour tenter de ramener l’ordre dans un Paris en plein chaos, on rappelle le préfet Louis Lépine (oui, celui du fameux concours ! ). Au même moment, est retrouvé dans la Seine le cadavre démembré d’une jeune femme… L’enquête démarre, qui va révéler une affaire d’Etat et entraîner en son cœur des policiers de tout acabit, des corrompus, des trouillards, des imbéciles et des ambitieux. Parmi ces derniers, le jeune inspecteur Antoine Jouin. Il va travailler avec l’aide de Jeanne Chauvin, une jeune avocate qui a du mal à s’affirmer, puisqu’alors, les femmes sont encore cantonnées aux rôles d’épouse, d’employée, ou de catin. Seront aussi mêlés à l’affaire, directement ou pas, d’autres personnages plus ou moins honnêtes, comme  des mouchards et des courtisanes, dont Marguerite Steinheil, celle qui a fait rendre l’âme à Félix Faure. Au fil des ramifications  tentaculaires de l’intrigue, on passe de culs-de-basse-fosse sordides en salons bourgeois huppés, en passant par des théâtres qui accueillent des réunions secrètes complotistes et d’inquiétantes arrières-salles d’abattoirs.C’est rude, violent, l’occasion d’une captivante plongée dans le Paris de 1900, celui dit de « la Belle Epoque », qui, apparemment, portait très mal son nom.

Lancée et financée par Canal +, créée par l’auteur de BD et scénariste Fabien Nury, Paris Police 1900 est une série en huit épisodes, aussi ambitieuse qu’haletante, aussi dense que complexe. Son originalité est de croiser intrigue policière, histoires intimes, et Grande Histoire, et de s’inspirer de personnages et de faits réels. Sur le plan formel, elle est tout simplement magnifique, évoquant parfois Toulouse Lautrec, Jean Béraud, ou encore Henri Gervex, mais dans les pans les plus sombres et les plus « tourmentés » de leur oeuvre. Sa distribution est parfaite. Les acteurs, venus pour la plupart du théâtre, sont tous excellents, notamment Marc Barbé qui incarne un Lépine à la fois distingué, secret et humain. On regarde ce Paris Police 1900 et on ne peut s’empêcher de penser aux feuilletons d’Eugène Sue qui tenaient si bien leurs lecteurs en haleine. Parfois déroutant mais toujours passionnant.

 Recommandation : Excellent.

Sortie vidéo  DVD (3), Blu-ray (2)- Série de 8 x 52‘-Editions Studiocanal.

Pas de bonus vidéo.

 

–  J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE  de LUDOVIC CANTAIS – DOCUMENTAIRE.

  Tous les mardis, au mémorial de la Shoah à Paris, des bénévoles accueillent des familles juives qui souhaitent faire don à l’institution de leurs archives personnelles ( lettres, photographies, objets, vêtements, et même enregistrements audio). Le documentariste Ludovic Cantais a trouvé, dans cette action, matière à un documentaire à la fois pédagogique et bouleversant, ce qui ne va pas toujours de pair. Prenant appui sur une chronique du quotidien de ce musée (l’un des plus riches du monde – 350 000 clichés – en ce qui concerne son fonds photographique), son film ( sorti sur les écrans en novembre 2019 ) donne à voir des confessions de gens encore brisés par la disparition de leurs proches. Edifiant, déchirant, nécessaire, « indispensable » même, selon le cinéaste Alain Cavalier. Et pour ne jamais oublier.

 Parallèlement à sa sortie en DVD,  ce documentaire est visible en VOD sur filmsdocumentaires.com

Recommandation : Excellent.

Sortie DVD –EDITIONS LA LUNA

Bonus vidéo : bande-annonce, Les preuves du temps ( pas vu ).

 

–  UN SOUPÇON D’AMOUR  de PAUL VECCHIALI - Avec MARIANNE BASLER, FABIENNE BABE, JEAN-PHILIPPE PUYMARTIN…

Geneviève Darland, une célèbre comédienne, répète Andromaque de Racine avec pour partenaire, André, son mari. Devant le malaise qu’elle ressent à interpréter ce personnage tout entier inscrit dans la tragédie, elle cède son rôle à son amie Isabelle, qui est aussi la maîtresse de son époux, et part se réfugier avec son fils, malade, dans son village natal… On se croirait  dans un vaudeville plein de fantaisie… Mais un drame est là, en embuscade…

A 90 ans sonnés, Paul Vecchiali s’amuse encore à conjuguer l’amour sous toutes ses formes et dans tous ses états. En outre, comme ce séducteur est facétieux, il s’ingénie à entraîner le spectateur sur de fausses pistes. Il met en place les éléments d’un drame et grâce à d’invisibles tours de ” passe-passe scénaristiques”, il nous entraîne en fait dans une comédie sociale. Ou l’inverse, comme avec ce  Soupçon d’amour. Cette manière de « faire » est  assez bluffante. Ses dialogues sont-ils un peu trop littéraires ? Le jeu de ses acteurs, un peu trop théâtral ? Sa façon de filmer, un peu trop posée ? Ce marginal du 7° art assume. Car c'est justement ce qui fait sa « patte », ce pour quoi certains l’encensent, et même, le vénèrent, et  à contrario, ce pourquoi, aussi, d’autres ne le supportent pas. Pour Un soupçon d’amour, cet ardent défenseur de la Nouvelle Vague française retrouve l’une de ses comédiennes fétiches, la très grande Marianne Basler.

Un peu trop « rétro » ce film ? On pourra le penser. Mais quelle élégance, quelle subtilité, quelle profondeur et quelle délicatesse ! La sortie en DVD  d’Un Soupçon d’amour s’accompagne, entre autres, d’un entretien passionnant avec le réalisateur.

Recommandation : Excellent

Sortie DVD – Editions Epicentre films

Bonus vidéo : entretien du réalisateur Paul Vecchiali, making of, bio-filmographie du réalisateur, diaporama, bande-annonce.

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