1966, année mirifique
Parution le 8 janvier 2026
534 pages
26,50 €
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Thème
Issu d’un cours donné au Collège de France, le dernier ouvrage d’Antoine Compagnon s’attache à l’année 1966 qu’il considère comme mirifique. Ce fut celle au cours de laquelle les baby-boomers, nés après la guerre, approchèrent l’âge adulte. Elle fut effectivement riche d’évènements qui marquaient une rupture avec l’ordre ancien dans de nombreux domaines qui retiennent l’attention de l’auteur, notamment la vie intellectuelle.
À cet égard, elle annonçait les Évènements de mai 68 et montrait les prémisses d’évolutions qui allaient modeler la France contemporaine, pour le meilleur et… pour le pire.
Points forts
Compagnon évoque bien entendu quelques éléments de la vie quotidienne de cette époque révolue, entre les chansons d’Antoine et la première élection au suffrage universel du général de Gaulle, entre l’émancipation des femmes, enfin capables à ouvrir un compte en banque sans l’accord de leur conjoint et l’autorisation de la pilule contraceptive, 1966 marque l’entrée du pays dans la grande consommation…; mais Antoine Compagnon revient vite à son domaine d’expertise, la vie intellectuelle et l’Université. D’ailleurs son analyse de l’évolution de l’Éducation Nationale à cette période montre bien les bases sur lesquelles s’est développée la “fabrique des crétins“ dont pâtit la France aujourd’hui.
Mais ce qui l’intéresse, c’est essentiellement la littérature, la philosophie, le cinéma, la musique, en un mot les arts. Ses analyses sont d’ailleurs passionnantes, décryptent un monde qui a presque totalement disparu; 1966, c’est la querelle Barthes/Picard sur la critique littéraire, c’est la lutte de Sartre contre Foucault, c’est la dépression de Malraux, c’est la frustration de Boulez, c’est la censure de La Religieuse de Rivette ou des Paravents de Genet…
À lire ces propos, le lecteur mesure tout l’appauvrissement de la vie intellectuelle dans la France contemporaine.
1966 est également l’année de la polémique soulevée par la parution du livre d’Hannah Arendt sur la banalité du mal, publié après le procès d’Eichmann à Jérusalem, et de celui de Steiner sur Treblinka, les deux ouvrages suggérant que les Juifs ont été massacrés sans résistance, « comme des moutons ». Cette polémique conduit à revisiter la “solution finale“, ce que fera quelques années plus tard Claude Lanzmann avec son film sur la Shoah.
Quelques réserves
Si certains chapitres sont parfaitement intelligibles, d’autres requièrent une bonne connaissance des auteurs que Compagnon se plaît à citer. Les Althusser, Lacan, Sollers, Robbe-Grillet et autres ne sont pas nécessairement d’un abord facile; sont-ils encore suffisamment lus aujourd’hui pour que le texte de Compagnon soit compris? En tous cas la lecture de certains chapitres est ardue pour les profanes, ceux qui n’ont pas mené de longues études de philosophie ou parcouru en leur temps les auteurs cités.
Encore un mot...
Antoine Compagnon livre une formidable fresque sur la vie intellectuelle de 1966. C’est un point de départ utile pour comprendre comment la pensée, la société, le cinéma, les arts ont évolué depuis soixante ans, ainsi que l’empreinte que ces intellectuels ont laissé sur la société française contemporaine.
On publie aujourd’hui chaque année un million de livres en France : que sont nos intellectuels devenus? On mesure la régression.
Une phrase
« Le structuralisme n’a pas d’existence en tant que tel, pour François Châtelet; il n’est pas l’instrument de la mutation qui définit l’année 1966, mais un écriteau dissimulant le virage de l’empirisme à la théorie dans diverses disciplines.(…)
En d’autres termes, pourquoi le libéralisme antitotalitaire n’a-t-il pas recueilli la succession de Sartre dès 1966 ? (…) Précisément, selon Châtelet, par refus du fait empirique - celui de la sociologie aussi bien que de la philosophie de l’histoire - au profit de méthodes qui permettent de savoir ce que l’on peut recevoir comme fait et d’établir un « corps scientifique systématique » qui, expliquant comment les faits sont mis au jour, « les organise d’une manière intelligible ». Ce qui définit le revirement de 1966, c’est donc moins la mode structuraliste que le triomphe de la théorie. » Page 219
L'auteur
Né en 1950, Antoine Compagnon est membre de l’Académie française et fut professeur au Collège de France à la chaire de « Littérature française moderne et contemporaine: histoire, critique, théorie ». Auteur de très nombreux ouvrages, spécialiste notamment de Proust, il se définit comme “autodidacte en littérature“, car, polytechnicien, il y est venu sur le tard après avoir quitté un métier d’ingénieur. Il a été proche de Roland Barthes dans les années 1970.
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Commentaires
"Si certains chapitres sont parfaitement intelligibles, d’autres requièrent une bonne connaissance des auteurs que Compagnon se plaît à citer. Les Althusser, Lacan, Sollers, Robbe-Grillet et autres ne sont pas nécessairement d’un abord facile; sont-ils encore suffisamment lus aujourd’hui pour que le texte de Compagnon soit compris? En tous cas la lecture de certains chapitres est ardue pour les profanes, ceux qui n’ont pas mené de longues études de philosophie ou parcouru en leur temps les auteurs cités." Je rentre exactement dans ce cas de figure et cet ouvrage "savant" (pour moi) est un pensum absolu, sans âme, j'ai commis l'erreur fatale de vouloir m'élever intellectuellement c'est raté !
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