Alerte sur le Patrimoine
Parution le 29 janvier 2026
58 pages
3,90 €
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Thème
Les menaces dues au changement climatique et la recrudescence des sinistres (feu et vol) sèment un vent de panique, voire de colère, dans l'opinion publique.
L’auteur analyse les faits et propose des solutions.
Nos richesses architecturales et artistiques sont en danger, malgré l'instauration des Journées du Patrimoine, des succès télévisuels comme Chefs d'oeuvre en péril, Des Racines et des Ailes, le Loto du Patrimoine, Le Village préféré des Français, des signaux d'alarme se multiplient : le feu, avec naturellement l'incendie de Notre-Dame, mais aussi celui de la cathédrale de Nantes, de Saint-Hilaire de Poitiers, de Saint-Omer et d'autres. Les vols, avec , bien sûr, celui des « bijoux de la Couronne » au Louvre, mais aussi des tabatières au Musée Cognacq-Jay, des porcelaines chinoises à Limoges et bien d'autres…Par ailleurs, le mauvais état des monuments, par manque d'entretien, entre autres du musée du Louvre : 3 zones du palais sont en urgence sanitaire, l'aile Sully, la Cour Carrée et la Grande Galerie ; le musée archéologique de Saint-Germain-en-Laye dans lequel le parcours de visites est réduit de 60 pour cent ! Et bien d'autres...le changement climatique avec les tempêtes (parc de Versailles 1999), la contraction des sols avec notamment l'aile François Ier du château de Chambord, la pollution de l'atmosphère, par exemple le granite des calvaires bretons rongé par les embruns nitratés. Par ailleurs, l'explosion des sites patrimoniaux, en 2025 : 46739 sites ! Le problème des nouveaux matériaux employés dans des sites contemporains comme le musée Pompidou, l'Opéra Bastille, la B.N.F., l'I.M.A., le Musée du Quai Branly, qui résistent mal à l'usure du temps et, de plus, nécessitent des dépenses de fonctionnement énormes.
Le recours au mécénat est heureusement important, mais malheureusement il est imposé toujours davantage et les niches fiscales sont de plus en plus réduites.
Cela marche bien dans beaucoup d'endroits, mais parfois pas du tout, par exemple le tout nouveau musée de la langue française à Villers-Cotterêts qui a un grand déficit d'exploitation. Pour l'enrichissement des collections, le mécénat est aussi très important, mais, malheureusement les œuvres sont, pour une part importante, dans les réserves.
Quelques solutions sont proposées pour endiguer ce désastre :
La majoration des droits d'entrée des visiteurs non-européens pour quelques sites (le Louvre, Versailles, l'Opéra Garnier, la Sainte-Chapelle et Chambord), mais les opérateurs de tourisme sont furieux, sans compter les syndicats pour l'égalité d'accès aux services publics. - - Le droit d'entrée payant dans les lieux de culte, exclu par la loi de 1905, mais, de toute façon l'épiscopat français s'y oppose.
Les locations de monuments pour des manifestations privées, mais cela pose des problèmes d'infrastructures.
Une taxe additionnelle pour l'entretien du patrimoine culturel des communes, en plus de la taxe de séjour qui existe pour les campings et chambres d'hôtes.
La programmation pluriannuelle (qui a déjà été faite 2 fois en 1988 et 1993) pour le patrimoine : elle existe pour la Justice, la Défense et la Recherche.
En conclusion, étant donné cet état désastreux du patrimoine et dans un contexte budgétaire très tendu, il faut considérer que c'est un investissement d'avenir et non un fardeau.
Un meilleur équilibre pour le budget du patrimoine est à trouver entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement.
Points forts
La loi de 1905 a sauvé le patrimoine ecclésial français en transférant aux communes (églises) et à l'État (cathédrales) la propriété des lieux de culte, et donc leur entretien ; mais cette charge est insoutenable pour les petites communes, souvent sans aucune aide. Quant aux objets religieux des sacristies, ils appartiennent aussi aux communes (sauf après 1905), qui souvent ne sont pas au courant, et un inventaire en est commencé dans quelques départements.
Les expos d'art contemporain dans les monuments et les musées : déjà Malraux avait lancé cela avec le plafond de Chagall à l'Opéra Garnier, puis Mitterrand avec la pyramide du Louvre, pour Versailles, Jean-Jacques Aillagon a dit qu'il « faut refuser de faire de Versailles un objet plongé dans la naphtaline et refermé sur lui-même »; c'est ainsi qu'a été exposé le « vagin de Marie-Antoinette » de Jeff Koons, cela devient une obsession, c'est la rédemption nécessaire du patrimoine par le geste contemporain, par exemple, actuellement, la décision controversée de nouveaux vitraux pour Notre-Dame...
Quelques réserves
Aucune réserve, sinon beaucoup de chiffres et de pourcentages, ce qui est assez compréhensible dans un tel essai.
Encore un mot...
Les services du Patrimoine sont dans l'impossibilité d'assurer un contrôle, par exemple, en 2022, quarante lots de meubles anciens appartenant à l'Etat et remisés dans un grenier du château de Grignon où était logée l'École AgroParisTech, ont été mis aux enchères et vendus à bas prix alors que beaucoup portaient des signatures prestigieuses et qu'il était interdit de les vendre !
Une phrase
« Dans quelques années, la blancheur éblouissante de la nef et des voûtes de Notre-Dame de Paris tant admirée lors de sa réouverture, ne sera plus qu'un souvenir : le souffle de ses dizaines de millions de visiteurs l'aura noircie, beaucoup plus rapidement que pendant les huit premiers siècles d'existence de la cathédrale. » P. 23
L'auteur
On ne présente plus Maryvonne de Saint Pulgent, qui a été directrice du Patrimoine au Ministère de la Culture de 1993 à 1997, est Correspondante à l'Académie des Beaux arts depuis 1993 et présidente de section honoraire au Conseil d'Etat. Elle a écrit de nombreux essais dont : Le syndrome de l’Opéra (Robert Laffont, 1998), La gloire de Notre Dame - La foi et le pouvoir (Gallimard, 2023), Les musiciens en le pouvoir en France, de Lully à Boulez (Gallimard, 2025).
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