Charles le Téméraire

De
Georges Minois
Editions Perrin - 509 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

Charles, définitivement surnommé « le Téméraire » au XIXe siècle, est le dernier des quatre ducs de la lignée Valois-Bourgogne qui a rassemblé, grâce à une étonnante combinaison de mariages, d’héritages, de procès, de conquêtes et d’usurpations diverses, une collection disparate de territoires s’étendant des Flandres au Jura, englobés à l’ouest dans le royaume de France et, à l’est, dans le Saint Empire Romain Germanique. En dix ans de règne, dévoré par une ambition qui lui fait perdre le sens des réalités, Le Téméraire poursuit avec obstination le rêve d’augmenter toujours plus ses conquêtes et d’ériger son duché en royaume autonome débarrassé des liens de vassalité qui le lient à son ennemi privilégié, Louis XI. Ce travailleur outrancier jusqu’à la démesure, doublé d’un guerrier sans merci qui préfère être craint que méprisé, mènera sa trajectoire suicidaire jusqu’à la catastrophe finale, la mort misérable dans la neige, à moitié dévoré, par les loups après la défaite de Nancy. Et Louis XI va récupérer la Bourgogne pour l’intégrer au royaume de France. La grandeur Bourguignonne qui paraît prendre tant de place dans l’histoire n’aura duré en fait qu’un peu plus d’un siècle.

Points forts

- Une mise en perspective claire des origines du puzzle bourguignon qui ne tiendra que quatre générations à partir de Philippe le Hardi, fils cadet de Jean le Bon, à qui son père concède le duché de Bourgogne en récompense de son courage à la bataille de Poitiers ( Père, gardez-vous à droite, Père, gardez-vous à gauche…), suivi de Jean sans peur qui brigue la régence de France en arguant de la démence Charles VI en pleine querelle entre Armagnacs et Bourguignons et enfin Philippe Le Bon, père du Téméraire, qui règne près d’un demi-siècle en opposition constante avec Charles VII. - Une description réjouissante des mœurs de la toute fin du Moyen-Age : la magnificence des fêtes, outrée jusqu’au mauvais goût, les excès vestimentaires, la duplicité des grands vassaux prétendant défendre les valeurs chevaleresques (Ligue du « Bien public »), les velléités récurrentes de croisade, alors que les villes, leurs bourgeois et leurs marchands prennent conscience de leur importance et de leur pouvoir. - Un sens aigu des personnages démesurés tels Philippe le Bon avec ses dix enfants légitimes et ses bâtards si nombreux qu’il faut instituer le titre de Grand Bâtard pour honorer leurs mérites. - Une étude fouillée du caractère de Charles le Téméraire, aussi peu prolifique que son père l’était (quelques rumeurs d’homosexualité ont même couru), mélancolique mais débordant d’énergie, grand organisateur sur le papier mais piètre stratège, capable des pires horreurs comme au cours du sac de Liège mais dévot comme un moine. - Un parallèle intéressant entre ces deux antagonistes célèbres: tous deux, fils de grands monarques aux longs règnes, piaffent en attendant la mort de leurs géniteurs : Louis XI ne règnera qu’à 38 ans, Charles devra attendre ses 34 ans pour commencer à donner sa mesure (du moins, le croit-il). En attendant, ils se rebellent, s’exilent (le dauphin de France passera trois ans en Bourgogne !) et cherchent toutes les noises possibles à ceux qui s’obstinent à occuper la place.

Quelques réserves

Georges Minois est historien et il cite largement les chroniqueurs du temps, Philippe de Commynes, Chastelain ou Thomas Basin, dont la langue ancienne ne facilite pas la lecture, même si elle est souvent imagée et truculente. Certains passages demandent donc un réel effort au lecteur.

Encore un mot...

La description passionnante, très documentée, d'un personnage hors normes dans une époque finalement assez méconnue.

Une phrase

P. 355 : Il s’agit d’un extrait de lettre de Louis XI à son Grand Amiral, rapportée par Commynes. Le roi craint qu’Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, n’ait fait une fausse manœuvre en traversant la Somme sans ordres : « Je vous prie, envoyez-y quelques gens pour savoir comment il se gouverne et m’en faites savoir des nouvelles deux ou trois fois le jour, car je suis en grand malaise, redoutant que le grand maître ait fait du hardi merdons »... Moi, j’adore… Pas vous ?

L'auteur

Georges Minois, né en 1946, est agrégé, docteur en histoire et lettres. Spécialiste de l’histoire culturelle, il publie pratiquement un ouvrage par an, sur des sujets aussi divers que : Histoire de la vieillesse de l'Antiquité à la Renaissance ; Le poids du nombre : l'obsession du surpeuplement dans l’histoire ; Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants ; Histoire de la solitude et des solitaires ; sans compter ses biographies « classiques » comme Philippe le Bel en 2014 et, aujourd’hui Charles le Téméraire.

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Ambitions, démesure et misères d'un personnage hors normes.

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