Françoise Hardy, Étoile distante

Un portrait aussi distingué et délicat que son sujet, que nous republions en ce triste jour du 12 juin 2024
De
Marie-Dominique Lelièvre
Flammarion
Parution le 2 février 2022
298 pages
21,50 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Françoise Hardy, l’icône discrète de la chanson française révélée par Mireille et son Petit Conservatoire de la Chanson. Une jeune fille inclassable, ravissante, intelligente et cultivée, ignorante de sa beauté, aussi timide qu’intimidante.

Elevée par une mère autoritaire, affranchie des hommes en général et du père de ses filles en particulier, un grand bourgeois qui partage sa vie entre deux familles, l’une légitime et l’autre adultère, Françoise grandit entre femmes dans un modeste appartement de la rue d’Aumale et fréquente les cours de l’Institution des Sœurs de la Trinité, passe son deuxième bac à 16 ans, l’obtient avec la mention « bien » et s’inscrit à Sciences Po avant de renoncer aux études et de se consacrer à la musique.

Son allure, sa voix et ses chansons vont d’emblée la hisser au zénith, à l’époque à laquelle la France rend son autonomie à l’Algérie en signant les accords d’Evian ; dès 1962 en effet, sitôt apparue avec sa grande silhouette (1,73 m) pour susurrer que « tous les garçons et les filles de (s)on âge se promènent dans la rue deux par deux »…  elle va séduire la planète, chanter à Brasilia, Rio et New York, à Londres aussi où toutes les rock-stars l’adulent, Mick Jagger, son sosie masculin en tête, et aussi Paul Mc McCartney, John Lennon ou David Bowie pour les plus célèbres.

Courrèges l’habille en blanc, Saint-Laurent l’habille en noir et chacune de ses apparitions, en minijupe à lamelles ou en smoking, ringardise dans l’instant toutes les icones de l’époque. Les photographes veulent la coucher sur la toile, William Klein, Helmut Newton, et bien sur le premier d’entre eux, Jean-Marie Périer, son éternel fiancé qui restera toujours son ami et son bon génie quand elle se perdra dans quelques impasses amoureuses, la jeune fille sage ne dissimulant pas son attirance pour les « bad boys ». Ainsi Jacques Dutronc qui y pense et puis l’oublie…

Points forts

- Un portrait dense et sérieux, associé au rêve que suscite cette jeune femme évanescente, pour donner à cette biographie la veine du roman.

- Une très bonne plume, presque gracile comme le sujet du livre, qui rend facile cette lecture très documentée et riche de personnages et d’anecdotes.

Quelques réserves

Aucune, toutes les facilités du genre étant évitées, seul l’essentiel évoqué, quelquefois simplement suggéré.

Encore un mot...

La biographie est un genre littéraire plein d’embuches. Le risque réside dans l’accumulation des faits sans la distance que suppose l’exercice, ou à l’inverse dans l’analyse subjective et trop romanesque du sujet. Ici, l’équilibre est parfait. Et le traitement d’autant plus intéressant qu’il place l’héroïne au cœur de son époque et de sa génération, celle qui va annoncer Mai 68 et la liberté conquise des jeunes et des femmes, une sorte d’affranchissement qui passe par diverses ruptures, culturelles, vestimentaires ou musicales que Françoise Hardy incarne parfaitement, sans aucune arrogance.

Une phrase

“Le ravissement opère, elle est devenue la mascotte du tournage. Le séduisant John Frankenheimer, qui a failli interpréter le rôle de James Bond, n’y est pas insensible. Selon le philosophe Jankélévitch, le charme vient de l’innocence. « Une de ces qualité labiles qui, comme l’humour, l’intelligence ou la modestie n’existent que dans la parfaite innocence et la nescience-de-soi. C’est le cas de le dire avec Angelius Silesius : ce que je suis, je ne le sais pas ; et ce que je sais, je ne le suis pas ». Le problème avec le charme c’est que les définitions qu’on en donne manquent de… charme. Tenter de saisir Françoise Hardy, c’est vouloir définir le piquant d’un parfum ; la sensation se volatilise illico.” (page 181)

L'auteur

Journaliste, Marie-Dominique Lelièvre a notamment collaboré à Marianne, L’Express et Libération notamment. Portraitiste, plutôt que biographe, elle a « traité » Gainsbourg, Sagan, Saint Laurent et Bardot pour les « People » mais aussi Claude Perdriel, ingénieur, industriel et patron de presse, fondateur du Nouvel Observateur :

Gainsbourg, sans filtre (J’ai Lu, 1994) ; Sagan à toute allure, Denoël, Grand prix de l’Héroïne de Madame Figaro 2008 ; Saint Laurent, mauvais garçon, Flammarion, 2010 ; Brigitte Bardot, plein la vue , Flammarion, 2012 ; Sans oublier d’être heureux, Stock, 2016.

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