Halte au catastrophisme / Les vérités de la transition énergétique

Des voies d’avenir existent… à condition que les choix politiques cessent d’être idéologiques !
De
Marc Fontecave
Flammarion
Notre recommandation
3/5

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Thème

Pour beaucoup de Français, le catastrophisme climatique tient lieu de religion dans laquelle le C02 joue le rôle du diable, Greta Thunberg celui du prophète, et la montée du thermomètre évoque la descente en enfer. Le professeur Marc Fontecave, éminent scientifique, ému de la défiance des Français envers la science, tente de remettre les idées en place en s’écriant « Non la catastrophe n’est pas inéluctable ! » en sous-titre du livre qu’il consacre à la transition énergétique.

La planète se réchauffe, notre auteur en est convaincu. Même si l’effet de serre, dû au rejet dans l’atmosphère de certains gaz et notamment du gaz carbonique (CO2), pourrait n’être pas la seule cause du réchauffement, il n’en discute pas la réalité et relate dans le détail ce qui a été fait et les axes de ce qui peut être fait pour atteindre à la neutralité carbone.

Points forts

M. Fontecave expose avec beaucoup de rigueur et de bon sens l’étendue du problème. Les ressources fossiles, pétrole, charbon, gaz naturel, finiront par se tarir, même si ce n’est pas avant 100 à 150 ans ; surtout leur combustion émet ce fameux CO2 responsable de l’effet de serre. Toutefois au passage, il souligne le rôle essentiel du carbone, comme médiateur chimique central de l’homme avec la nature : sans carbone, pas de vie !

Aussi est-il essentiel de décarboner, non la planète, mais l’énergie. Comment ? Par la recherche et la technologie ! Notre auteur stigmatise en effet l’écologisme prôné par les apôtres de la décroissance, de la coercition et de la taxation. Il déplore que les ambitions affichées par les politiques soient excessives ce qui nourrit le catastrophisme des Français alors même que de nombreux pas positifs ont déjà été effectués et que la France ne rejette qu’environ 1% des gaz à effet de serre rejetés dans le monde. Qui sait que la France fut classée n°2 derrière la Suisse pour l’efficacité  de ses politiques environnementales ?

La partie la plus intéressante de l’ouvrage présente les moyens scientifiques et techniques mis en œuvre pour mener cette transition énergétique déjà bien engagée et ceux qui sont envisagés pour la poursuivre. Décarboner les transports, isoler les bâtiments, poursuivre la recherche chimique, investir dans des énergies renouvelables (éolien et solaire), le stockage de l’électricité… Fontecave esquisse les éléments essentiels que devrait comprendre une politique pragmatique et non idéologique. Certes, son exposé est parfois très technique, mais il a l’avantage de bien montrer les voies d’avenir et tout ce que la recherche peut apporter pour obtenir la neutralité carbone.

Quelques réserves

Cette analyse aboutit inévitablement au tout électrique : c’est la fée électricité qui sauvera le monde, moyennant quelques progrès, notamment en matière de production et de stockage. Le seul problème c’est que la production d’électricité doit être elle-même décarbonée, ce qui est malheureusement hors de portée des énergies renouvelables non hydroélectriques (éolien et photovoltaïque) dont l’intermittence est un facteur très limitant. Seules les centrales nucléaires constituent une réponse réaliste, car elles produisent une énergie essentiellement décarbonée et stable, c'est-à-dire non dépendante des vents et de l’ensoleillement. Or les concessions politiques aux écologistes ont conduit les gouvernants à sacrifier la filière nucléaire qui constituait un des rares avantages compétitifs de la France : arrêt de la centrale de Fessenheim, en bon état de marche, arrêt du programme de recherche des centrales de 4ème génération (réacteurs à neutrons rapides RNR), réduction programmée de la part du nucléaire dans la production électrique… A le lire, on voit mal comment  la politique menée, tributaire de ses contradictions, permettra d’atteindre les objectifs affichés.

Enfin, est-ce pour se donner bonne conscience que l’auteur multiplie les références inappropriées à la justice sociale  et les diatribes contre le néo-libéralisme, alors qu’il montre combien la stratégie mise en œuvre par l’Etat conduit à une impasse, sans parler des errements d’Areva et d’autres entités publiques ?

Encore un mot...

Une excellente présentation de la problématique du changement climatique par un scientifique de haut niveau.

Une phrase

"Non, ce n’est pas la planète qu’il faut décarboner, c’est l’énergie !"

"J'ai également ressenti, profondément, le besoin d’exprimer une autre voix que celle aujourd’hui idéologiquement dominante et monopolisant les publications, les émissions de télévision et les tribunes des journaux, qui martèlent sans nuances et sans fondements les prévisions de fin du monde et d’apocalypse, de disparition de l’humanité et de la biodiversité".

L'auteur

Marc Fontecave est chimiste, spécialiste de chimie bioinorganique, professeur au Collège de France où il dirige le laboratoire de chimie des processus biologiques. Il est également membre de l’Académie des sciences.

Sa “leçon inaugurale” au Collège de France est publiée par Fayard-Collège de France sous le titre “Chimie des processus biologiques, une introduction” (2009). Il est l’un des contributeurs de l’ouvrage collectif Chimie et changement climatique (éd. EDP Sciences) issu d’un colloque qui s’est tenu, sous le même intitulé, à la Maison de la Chimie à Paris en 2015.

Le clin d'œil d'un libraire

Librairie LE FAILLER, à Rennes : presque aussi ancienne que le Parlement de Bretagne ! 

Une librairie plus achalandée que LE FAILLER avec ses 90 000 références, ça n’existe pas... ou presque pas !  Plus sérieusement, cette institution rennaise fondée en 1925 et qui compte 35 collaborateurs fait partie des 10 plus grandes librairies de France. Quasiment, un monument historique, au cœur du vieux Rennes. Les déclarations qui pouvaient laisser penser que le livre n’est pas essentiel en ont ici choqué plus d'un ! «Or pendant le premier confinement nous avons eu tellement de témoignages de gens isolés qui ont exprimé le besoin de livres pour s’évader ou s’apaiser»  nous confie Dominique Fredj, à la fois ému et tout en colère contenue, poursuivant : "particulièrement dans cette période anxiogène  où nous sommes en quête de repères, à la recherche de nos racines, le livre nous permet de poursuivre... et de survivre".

Chez Le Failler on a joué, bien sûr, le jeu du Clic et Collect en maintenant le lien avec les lecteurs. Un exemple ? Les conseils des libraires étaient préenregistrés sur leur site internet. Dominique Fredj reste positif : «Quand on fera le bilan, on pourra dire que cette crise nous a beaucoup appris sur la chaîne de solidarité créée spontanément autour du livre et l’attachement des gens à leurs librairies indépendantes». On n’arrête plus Dominique Fredj et sa librairie est éternelle, contre vents et marées. Normal : le bâtiment à pans de bois qui l’abrite,  juste à côté du Parlement, date de 1595, un des derniers qui réchappa à l’incendie qui ravagea la capitale bretonne en 1710.

Librairie Le Failler, 35 rue St Georges 35000 Rennes. Tél. 02 99 87 87 87

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire, pour la rédaction de Culture-Tops.

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