Histoire de la France

Culture-Tops propose depuis fin mars 2020 des chroniques de livres et de BD "hors actualité". Des œuvres qui ont particulièrement marqué nos chroniqueurs et qui composent cette nouvelle série du "Plaisir de relire".
De
André Maurois, de l’Académie française
La Librairie Vuibert,
1ère édition 1947,
600 p. 24 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Comment la France est devenue la France : une fresque brillante, une plume lumineuse.

L'objectif de l'auteur n'est pas de relater les événements historiques au fil des siècles, bien que ceux-ci soient évidemment évoqués  mais plutôt de déceler et mettre en évidence les "signes des temps", c'est à dire les états d'esprit, les raisonnements, les erreurs, les lassitudes, bref, les symptômes des changements qui ont fait la France. Au final, il veut faire percevoir "l'instinct national".

 Voici donc l'histoire des redressements français, nombreux, car la France a toujours étonné par deux traits typiques : la versatilité et  la puissance de récupération (entre autres, après la Guerre de Cent ans, après les guerres de religion ; au temps du Consulat, de Thiers, etc).  Ce "miracle permanent", notre pays le doit en grande partie à une "foi instinctive et constante en sa destinée" et en la "croyance dans une mission universelle de la France". Tout l'art de Maurois consiste à le démontrer.  

Les titres des chapitres permettent de comprendre son approche : tous  débutent par "Comment" : Comment la Gaule devint romaine,  Comment se forma au Moyen Age la civilisation, Comment la France est devenue une République, etc. Il entend expliquer, faire comprendre, et pas seulement raconter.

L'ouvrage est divisé en 7 "livres" : Origines et Moyen Age, Renaissance et Réforme, Monarchie absolue, Révolution française, temps des oscillations, IIIe République, IVe et Ve République. Chaque période se termine par une conclusion  retraçant le chemin parcouru qui fait le point et éclaire la suite, par exemple : Comment la Renaissance et la Réforme modifièrent la France;  Comment la France de 1789 était sans le savoir, au bord d'une révolution ;   Comment la Révolution et l'Empire avaient transformé la France ; Comment de 1919 à 1939, la victoire s'effrita ; etc.

Il met en évidence une réalité bien française : Quand le peuple sent une cause juste, il est prêt à tout sacrifier pour la faire triompher.

Points forts

· L'auteur affectionne les images, les anecdotes, les épisodes révélateurs des moeurs du temps (entre autres, une brillante description des funestes conséquences de la vie de cour à Versailles), tout ce qui peut aider le lecteur à se représenter la vie quotidienne à une époque donnée. Il n'oublie ni les paysans ni les habitants des villes et insiste sur l'importance de la créativité culturelle française, "le respect des choses de l'esprit, trait constant et noble du pays".     

· Les portraits sont admirables d'équilibre (celui de Louis XI par exemple). Souvent Maurois en redresse l'image (pour Richelieu, le Cardinal Fleury ou pour Frédéric II de Prusse, pas si admirable que Voltaire l'a dépeint).  Car il affirme que "l'histoire réelle est faite d'individus et d'actions, non de périodes".

· Maurois a le sens de la formule qui résume tout et, lorsqu'il avance une généralité, elle est frappante de vérité, comme celles-ci, parmi bien d'autres : "Les révolutions sont des maladies dont l'incubation est brève et la convalescence très longue";  ou bien (à propos de la révocation de l'Edit de Nantes) :  "Des louanges unanimes s'élevèrent, ce qui est toujours signe d'oppression". 

· Angliciste et anglophile parfait, il compare souvent les institutions et les caractères anglais et français, s'interrogeant sur leurs divergences et leurs itinéraires différents.

· On se plonge dans cette fresque avec d'autant plus de bonheur que le style de l'auteur, brillant sans être abscons, pédagogique sans être pédant, facilite une lecture agréable et aisée.

Quelques réserves

Est-ce parce qu'il avait hâte de terminer cette Histoire ? Ou parce qu'il ne souhaitait froisser personne ni dans le monde politique ni dans la sphère académique ? Toujours est-il que les derniers chapitres consacrés à la IVe et à la Ve République font l'effet d'être traités succinctement, comme un résumé de ce que les lecteurs de l'époque (1947 pour la 1ère édition  et 1958 pour la deuxième) étaient en train de vivre. Un seul chapitre pour raconter  la Grande Guerre, et seulement pour expliquer comment elle a été gagnée, sans même déplorer les erreurs, les responsabilités, le nombre de morts... La loi de 1905, la Guerre d'Algérie, pour ne citer que ces deux exemples, sont évoquées plus que brièvement...

Encore un mot...

Impossible de ne pas avoir ce classique dans sa bibliothèque ! Pour soi-même et pour les générations d'après.

Une phrase

"J'ai souhaité garder un sens juste des proportions et, comme je l'avais fait pour les deux autres pays... je me suis efforcé de ne pas déformer les faits pour les plier à mes sentiments. Je ne sais si j'y ai réussi... J'ai pesé de mon mieux le pour et le contre... J'ai cherché la vérité de toute mon âme. Cela ne veut pas dire que je l'aie toujours trouvée".

L'auteur

En 1940, André Maurois part donner une série de conférences aux Etats Unis. Il avait déjà publié une "Histoire d'Angleterre" et une "Histoire des Etats-Unis". Lorsque la demande de compléter cette trilogie par une "Histoire de la France" lui est adressée, on est donc en pleine guerre. Il hésite. Néanmoins, devant l'avenir sombre de son pays, il éprouve le besoin de se tourner vers le passé pour qu'à l'étranger, on comprenne mieux comment la France est devenue la France.  C'est ainsi qu'une partie du livre fut écrite en Amérique, l'autre en Afrique, et la dernière (celle de la IIIe République et au-delà) en France, juste après la guerre.

André Maurois, né à Elbeuf en Normandie en 1885, a été élu à l'Académie française en 1938 où il siégea durant 30 ans (il est mort en 1967). Si son oeuvre romanesque abondante est aujourd'hui un peu oubliée (Climats, Le Cercle de famille...), ses essais humoristiques (Les Silences du colonel Bramble (1918), et Les Discours du docteur O’Grady (1921) ) qui le rendirent immédiatement célèbre, sont toujours lus avec plaisir. Mais ce sont surtout ses biographies qui restent incontournables et qui ont fait de lui le maître incontesté de ce genre : Ariel ou la vie de Shelley (1923), La Vie de Disraëli (1927), Byron (1930), Lyautey (1931), Tourgueniev (1931), Voltaire (1935), Édouard VII et son temps (1937), René ou la Vie de Chateaubriand (1938), À la recherche de Marcel Proust (1949), Lélia ou la Vie de George Sand (1952), Olympio ou la Vie de Victor Hugo (1954), Les Trois Dumas (1957), Robert et Elizabeth Browning (1957), La Vie de sir Alexander Fleming (1959), Adrienne ou la Vie de Madame de La Fayette (1961), Prométhée ou la Vie de Balzac (1965). Son "Journal" et ses "Mémoires" restent éclairants sur les diverses époques que ses 82 ans lui ont fait traverser.

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