La clinique de la dignité

Face au paradoxe entre appels à la dignité et dégradation de la vie des « indignes », un plaidoyer pour un nouveau regard et de nouveaux moyens d’action
De
Cynthia Fleury
Seuil/La république des idées
Parution le 23 août 2023
224 pages
19,50 €
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3/5

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Thème

La réflexion de Cynthia Fleury repose sur un ressenti violent : selon elle, notre société moderne prise dans une dynamique antagonique, valorise plus que jamais, dans les discours, la dignité humaine mais maltraite de plus en plus les indignes au travers de ses institutions, entre autres EHPAD, prisons, centres pour migrants.

La dignité comme valeur et pratique est aujourd’hui mal en point, l’universalisme et l’humanisme des Lumières ne constituant plus un socle commun ; les conséquences sont majeures, le manque de dignité provoquant immanquablement des atteintes à la santé physique et mentale. 

L’auteure propose donc une « clinique de la dignité » dont les missions sont, d’abord l’élaboration d’un diagnostic du concept sous de nouveaux angles, puis des solutions thérapeutiques qui allient les méthodologies de la philosophie morale et politique, les sciences sociales à l’analyse de « cas cliniques » concrets comme le traitement des malades du sida ou la sociologie carcérale.

Points forts

  • Un ouvrage aux multiples références documentaires, synthétisant les nombreuses recherches récentes sur les nouvelles sensibilités « publique » et « citoyenne » portées sur le devant des scènes publiques et médiatiques, sur ce qui est tolérable versus ce qui ne l’est plus. Sont ainsi étudiés, l’impact du colonialisme et du patriarcat, les projections du changement climatique.
  • Une analyse de l’évolution de la notion de dignité, dans sa symbolique comme dans ses implications sociales, à travers le temps depuis l’approche chrétienne jusqu’aux revendications individualistes du début du XXIe siècle en passant par la Révolution française et les grands mouvements politiques du XIX e siècle, notamment lutte contre l’esclavage et appartenance ouvrière. Selon Cynthia Fleury, « la grande conquête de la modernité a été d’envisager la matérialisation, la reconnaissance de la dignité comme un droit positif, au-delà de la notion symbolique ».
  • Un regard militant sur ce qui constitue l’indignité universelle au travers de la condition de minorités d’aujourd’hui comme les exilés, les Noirs ou les soignants, sur les biais du don et du soin qui établissent selon l’auteure des rapports de domination, sur la banalisation du phénomène
  • De clefs de décryptage des pathologies de l’indignité comme la violence individuelle et institutionnelle ou encore le risque de brutalisme systémique, un regard sur les liens entre intime et collectif et la place des relations interpersonnelles
  • Une réflexion sur les rapports entre dignité, liberté, honneur et reconnaissance, éthique et morale, rhétorique et politique.
  • Des propositions d’actions, pour une éthique du soin et la définition de nouveaux biens communs comme socle social et comportemental partagé.

Quelques réserves

Aucune. Un livre militant marqué par un appel à l’indignation puis à l’action restauratrice ; les points de vue peuvent diverger mais l’ouvrage a le grand mérite de nourrir la réflexion et d’ébaucher des pistes concrètes.

Encore un mot...

Le livre se termine très opportunément par un texte de Claire Hédon, La Défense des droits, puis les témoignages de quelques acteurs engagés dans des actions concrètes au sein d’univers particulièrement sensibles à la question de la dignité : l’écologie, l’univers carcéral, les malades du sida.

Une phrase

« En accolant le terme de « clinique » à celui de « dignité », c’est toute la généalogie des vies individuelles, leur inscription dans l’histoire et les cultures, que l’on cherche à sonder pour rendre ce concept réellement opératoire. Une dignité commence bien en-deçà de quelques actes ou conditions « dignes de »…. C’est une affaire au long cours, qui renvoie au temps long des êtres, à ce qui les précède comme à ce qui leur succède : chacun se sent digne parce qu’il est en paix avec son passé et qu’il envisage un futur respectueux de son sujet, et pas seulement à travers ce qu’il vit, ce qu’il expérimente à l’instant t, que ce moment soit douloureux ou heureux. »

L'auteur

Cynthia Fleury est philosophe et psychanalyste. Elle enseigne Humanités et Santé au CNAM et professeur associé de l’Ecole des Mines de Paris et elle dirige la chaire de philosophie de l’Hôpital Saint-Anne à Paris. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Les pathologies de la démocratie (Fayard, 2005) et Ci-gît l’amer. Guérir du Ressentiment (Gallimard, 2020).

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