La fabrique de l'enfant-transgenre, comment protéger les mineurs d'un scandale sanitaire

Un coup de gueule pour un débat nécessaire
De
Caroline Eliacheff, Céline Masson
L'Observatoire
Janvier 2022
102 pages
12 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

La législation, dans de nombreux pays d'Europe, sur la base de pratiques nord américaines, autorise un enfant mineur à changer de prénom, de genre, voire de sexe. L'étincelle qui allume ce livre "plaidoyer" est un reportage passé sur Arte en décembre 2020, Petite Fille, qui témoigne "avec complaisance" de la démarche d'une mère qui a soutenu son fils de 8 ans (Sasha) dans sa demande de devenir une fille. Si ce cas peut paraître extrême, il n'est pas isolé, reçoit des soutiens de certains membres de la communauté médicale et des associations "dédiés" à la cause de la contestation du genre, regroupées dans le vocable "LGBTQIA+".

Les auteurs dénoncent l'emprise, en particulier chez les adolescents, des réseaux sociaux qui relaient les théories du genre et leurs expression "libertaires", incitant nombre de jeunes en questionnement à remettre en cause leur identité de genre, à rejeter leur entourage et à engager des démarches pour un changement "de sexe attribué à la naissance", par traitement hormonal et prise en charge chirurgicale. Démarche sectaire dénoncent  Caroline Eliacheff, et Céline Masson, qui occulte les recours aux psychologues et psychiatres, dans une temps de questionnement et de mal être pour lequel, l'approche transgenre peut paraitre une solution. Car pour elles, il est urgent de ne pas aller trop vite au risque de prises en charges irréversibles, dont on ne connaît (pour des enfants et adolescents) ni les effets psychologiques, ni les effets physiques à long terme. Le développement de textes de loi "permissifs", de pratiques lucratives et de comportements sectaires participent à ce que les auteurs dénoncent comme un prochain scandale sanitaire majeur.

NB : le terme transgenre, selon le vocabulaire labélisé par les mouvements LGBTQIA+,  définit "une personne qui ne se reconnait pas dans son sexe attribué à la naissance. Toute personne qui souhaite faire une transition ( sociale, administrative et/ou médicale). " P 101

Points forts

C'est court, bien expliqué, bien écrit, tout à fait grand public. Cet essai se veut très concret, à base d'exemples, cite largement ses sources et propose un glossaire explicite. Il soulève les question éthiques, civiques, sociales, morales de l'encouragement actif ou passif (notamment par l'évolution de la législation) au changement médical de sexe proposé à des enfants mineurs.

Certains exemples sont consternants, sur des textes de lois européens et français, nous interrogeant sur l'arbitrage (apparemment inexistant) entre lobbies, bon sens ou plus simplement, protection effective de l'enfance.

On y découvre des absurdités comme la prise en charge de ce changement de sexe par la sécurité sociale alors que "la dysphorie de genre" (c'est-à-dire le sentiment de ne pas se sentir né avec le bon sexe) n'est pas, selon les associations LGBT, un maladie.

Autre exemple, notamment du fait des législations récentes, le refus de l'extension du don de sang aux mineurs, alors qu'ils peuvent consentir à l'ablation de leurs organes génitaux. (page 74)

Caroline Eliacheff, qui se fait ici porte parole d'une partie de la profession, n'est pas une pédopsychiatre réactionnaire, mais une praticienne des psychopathologies de l'enfance très largement reconnue, dont les opinions se forgent sur son expérience clinique et non sur le forum médiatique des "questions sociétales".

Quelques réserves

Quelques petits passages flirtent avec le jargon psychanalytique autant que celui de la sphère "LGBTQIA+". Mais ils sont éclairants sur les termes du débat.

Cet essai peut paraître édifiant - non pour son contenu - mais pour le sujet et les informations qu'il met en lumière.

Encore un mot...

Sans aucun doute, cet essai est un coup de gueule. Pas pour faire plaisir aux auteurs, mais pour alerter sur ce mouvement qui se développe "à bas bruit", et heurte les (ou bien des) consciences. L'évolution du droit et des pratiques afin d'autoriser des enfants mineurs à choisir de changer de sexe et de s'engager dans un processus irréversible semble se faire  plus sous la pression des théories et lobbies d'inspiration anglo-saxons que selon un consensus national ou même européen. Le message est clair : les auteurs ne sont pas contre la question du changement de sexe, de l'affirmation des préférences sexuelles et affichent clairement leur respect des sensibilités dans ce domaine. Mais elles s'opposent à la médicalisation pour les enfants et les adolescents, d'un mal-être qui doit d'abord être abordé sous l'angle psychologique, psychiatrique, afin de démêler ses fils profonds des troubles plus ou moins lourds, récurrents et normaux de l'adolescence.

Ce livre, certains le diront de parti pris, d'autres de bon sens. Quel que soit son point de vue, il serait aberrant que ces débats, qui concernent des choix irréversibles, ne soient pas menés sous prétexte de transphobie, comprenez, de phobie/hostilité vis-à-vis de la communauté "Trans", celle des adultes qui ont fait le choix d'un changement "médical" et irréversible de sexe.

NB : tous les termes "trans" en italique dans cette chronique sont utilisés tels quels dans l'essai par les auteurs, et sont partie intégrante du vocabulaire utilisé par les promoteurs des théorie du genre et de la transidentité.

Une phrase

"Au risque (assumé), d'être qualifiées de transphobes, car nous n'adhérons pas à la doxa ambiante, mais avec la prétention (assumée également) de défendre les mineurs, y compris contre leurs souhaits, nous faisons l'hypothèse, corroborées par d'autres auteurs, que la transidentité (le besoin de vivre dans un genre différent du "sexe assigné à la naissance") relève d'une subculture idéologique contagieuse via les réseaux sociaux, se rapprochant par maints aspects, de l'emprise sectaire." P 11

 "On peut croire que Sasha rêve d'être une fille et se sente une fille, mais il est inconcevable qu'un enfant aussi jeune [8 ans, NDLR] ait les moyens de comprendre les enjeux du "traitement médical" de son mal-être, ni même les conséquences qui en découlent : complications et renoncements jusqu'à la fin de sa vie." P 24

 "Dans les consultations spécialisées qui se disent transaffirmatives, la transidentité est considérée non pas comme un syndrome psychique à entendre et à interroger dans toute sa complexité, mais comme "un fait social à accompagner"." P58

 "Alors que le coming out trangenre est devenu un événement médiatique fascinant et spectaculaire - "une anthropo-scène"-qui attire, comme la foire en son temps, une foule de jeunes âmes en quête de sens, l'enfant-transgenre serait-il, comme le dit la philosophe Isabelle de Mecquenem, "une chimère dans le laboratoire démocratique" de la "société des individus" ? S'autodéterminer devient un slogan. " P 91

L'auteur

Caroline Eliacheff est une pédopsychiatre et psychanalyste renommée. Sa carrière, toute dédiée aux enfants et aux bébés, s'est déroulée principalement au sein de l'APHP, à Paris. Auteur, essayiste, elle a publié de nombreux ouvrages sur la psychologie des bébés et les psychopathologies des enfants et adolescents. Fille de Françoise Giroud et un temps épouse de Robert Hossein, femme du producteur Marin Karmitz, elle a contribué à trois scénarii de films de Claude Chabrol (dont Merci pour le chocolat). Elle  préside l'association La cause des bébés, et coordonne, avec Céline Masson, l'observatoire des discours idéologiques sur l'enfant et l'adolescent, la Petite Sirène.

Céline Masson est psychanalyste et professeur d'Université, où elle enseigne l'histoire des sociétés, des sciences et des conflits. Elle a écrit plusieurs essais sur l'adolescence -dont  L'adolescent face à Facebook - l'exil, la création, la douleur, et leurs processus psychologiques. Elle préside l’Association Française de Recherche sur les Processus de Création, Pandora.

Commentaires

BEL Michel
sam 14/05/2022 - 09:18

Enfin une réponse intelligente au problème posé par la connerie qui s'empare de plus en plus du genre humain en croyant faire mieux que ce que Dieu a fait. Le problème ne date pas d'hier. Durant mon passage sous les drapeaux j'ai entendu souvent un margis répéter en agitant sa badine et en riant aux éclats tellement il était fier de sa découverte: "Dieu a inventé l'eau mais l'homme qui est plus intelligent que Dieu a fait le vin". Il semblait avoir oublié que Dieu avait aussi inventé les raisins et les bactéries. Malheureusement son intelligence semblait ne pas pouvoir arriver jusque là. Il y a des limites à tout.
Quel dommage que le livre collectif "La transmutation post humaniste" Critique du mercantilisme anthropotechnique, publié sous la direction de Fabien Ollier, QS? Editions, Alboussière 2019, qui va dans le même sens n'ait pas été davantage diffusé. Il réunit pourtant des pointures intellectuelles comme François Rastier, Pierre-André Taguieff,, Thierry Vincent, Aude Mirkovic, Anne-Lise Diet et bien d'autres. Une mise en rapport des auteurs, des éditeurs et des lecteurs me semble aujourd'hui absolument nécessaire. MICHEL 14.05.2022. Qu'on se le dise!

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