La saga des libertariens. D’Ayn Rand à Elon Musk

Le libertarianisme et l’Amérique. Un thème intéressant qui aurait mérité une présentation plus synthétique
De
Christophe Bourseiller
Cerf
Parution le 10 Septembre 2026
266 pages
20,90 euros
Notre recommandation
3/5

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Thème

C’est un phénomène essentiellement américain; les libertariens n’aiment point l’État et considèrent que les sociétés pourraient parfaitement s’en passer ou, tout au moins le réduire à quelques fonctions essentielles. Ils sont aussi libéraux; fervents zélateurs du capitalisme, ils affirment que de nombreuses missions assurées par l’État pourraient parfaitement être confiées à des entreprises privées, jusqu’à l’armée, la justice ou le maintien de l’ordre. 

Ils se distinguent des libertaires qui sont la version de gauche, (associative?) de la même haine de l’État. On en trouve davantage en Europe. 

Christophe Bourseiller entreprend, dans cette Saga des Libertariens, de décrire ce courant de pensée, en s’efforçant de montrer l’influence qu’il eut sur la vie politique et économique américaine.

Points forts

Les libertariens sont mal connus ce ce côté-ci de l’Atlantique. Pourtant ils y trouvent certaines de leurs racines que Bourseiller met en évidence: la tradition anarchiste (“ni Dieu, ni maître”), Pierre-Joseph Proudhon, parfois présenté comme le “père de l’anarchisme”, Frédéric Bastiat, ainsi que les économistes libéraux de l’école de Vienne et notamment Hayek. 

Mais notre auteur s’intéresse surtout aux ramifications américaines du phénomène. Il s’attache à présenter deux figures essentielles du mouvement: Ayn Rand, la grande prêtresse et Murray Rothbard, le disciple-traître, dont la pensée ondoie au fil des évènements. C’est grâce à ses deux ouvrages majeurs, La Source Vive en 1943 et Atlas shrugged en 1957, (10 millions d’exemplaires vendus dans les deux cas), que Ayn Rand posa les bases de l’idéologie libertarienne. Il ne faut pas imaginer pourtant qu’il s’agisse d’une école de pensée monolithique; dans cette “église“, les chapelles et sous-chapelles sont multiples et se combattent l’une l’autre sur des points de doctrine ou de morale sociale. Tout ceci fut d’abord une réaction au New Deal de Roosevelt que les libertariens ont en abomination. 

Bourseiller décrit bien les interactions avec l’économie; apparaissent dans le livre, outre les pères fondateurs, Bastiat ou Hayek, Mises, l’École de Chicago, Milton Friedman ou Greenspan. Dans cet esprit, des politiques économiques très libérales sont mises en place; le cas emblématique restant le Chili de Pinochet, terrain d’expérience très prisé des Chicago boys.

Sur le plan politique, les libertariens sont moins efficients. Après avoir soutenu en 1964 Barry Goldwater, le Républicain opposé à Lyndon B. Johnson, largement battu dans les urnes, ils ne parviennent pas à faire élire l’un des leurs, même s’ils trouvent une oreille attentive avec Ronald Reagan et bien sûr Donald Trump et certains de ses proches conseillers, comme Steve Banon ou de ses soutiens comme Elon Musk ou Peter Thiel. Enfin, l’impact actuel sur l’Amérique Latine, où des gouvernements de droite sont portés au pouvoir avec des méthodes radicales (Milei en Argentine, au Brésil, au Honduras, Costa Rica…) est bien mis en relief par Bourseiller.

Quelques réserves

Bourseiller perd son lecteur dans l’efflorescence des chapelles libertariennes; il accumule des noms et des courants dont l’intérêt pour le lecteur européen n’est pas avéré.

D’autre part, il a tendance à confondre libéralisme et libertarianisme. Certes les frontières sont poreuses, peut-être la base philosophique est-elle la même; mais qu’y a-t-il de commun entre Robert Kennedy, l’apôtre des “antivax” et Milton Friedman?

Encore un mot...

Un livre utile pour caractériser une doctrine peu en cours en Europe, qui est de plus en plus influente aux Etats-Unis. Dommage que le propos en soit peu synthétique et trop compliqué pour sa brièveté.

Une phrase

« Nombreux sont les entrepreneurs de la Silicon Valley qui se réclament d’Ayn Rand. C‘est le cas du fondateur de la compagnie Counsyl, le très écouté Balaji Srinivasan, qui nourrit une idée nouvelle: il faut selon lui remplacer les monnaies existantes par des monnaies virtuelles intraçables et adopter une forme de nomadisme pour échapper par tous les moyens à l’État. Ainsi les libertariens se trouvent littéralement à la genèse des crypto-monnaies. » P.154

L'auteur

Christophe Bourseiller est un animateur de radio qui fut acteur, producteur de radio, romancier, journaliste…Il s’est spécialisé dans la description des mouvements extrêmes et a beaucoup publié, dont Les Ennemis du système en 1989. Il est franc-maçon, membre de la Grande Loge de France.

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