Le clan des seigneurs. Immersion dans une caste d'État

Une charge contre les hauts fonctionnaires de l’Etat. Un témoignage intéressant mais un peu manichéen.
De
Paul-Antoine Martin
Max Milo
Parution le 11 janvier 2023
264 pages
21,90 €
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par

Thème

Ce clan, ces « seigneurs », c’est la caste de l’élite, celle des hauts fonctionnaires qui font carrière. Sélectionnés sur des critères académiques, issus des « grands corps », ils occupent l’ombre du pouvoir. Cette « noblesse d’Etat » qui a suscité puis survécu à toutes les révolutions françaises est censée incarner sa permanence, sa vision, son excellence. Il n’en est rien selon l’auteur qui a vécu quinze ans au milieu d’eux. D’où son témoignage...

Points forts

A l’heure où le modèle étatique français est en pleine turpitude, où le politique perd son crédit à mesure que la dette explose et nos parts de marchés se rétrécissent, ce livre vient à point nommé. Pourquoi ce pays, qui fit tant de belles choses en avance, qui possédait une administration nombreuse mais exemplaire, se défait-il alors que le monde entier nous enviait  des élites aussi bien formées ? 

Paul-Antoine Martin a choisi de raconter son expérience et a pris un exemple « brillant », celui d’Ursy, une éminence grise, emblématique de la caste, aussi habile dans la manipulation que inopérant dans l’action. « Tout doit frémir pour que rien ne bouge », telle pourrait être sa devise. C’est ce système d’apparence et de connivence à l’arrêt que détaille l’auteur. L’entre soi, les déjeuners en ville, la surveillance du journal officiel, la quête jalouse des « hochets » de la reconnaissance, la parole habile en toutes circonstances meublent les journées occupées à perpétuer un système improductif, stérile, incontrôlé sinon par des pairs guidés par le carriérisme, la complaisance et les réseaux qui font durer ces corps en survie ; ces gens qui ont oublié, à de rares exceptions près, la grandeur du métier, l’héritage des anciens, riches personnalités issus des temps difficiles, et la vocation d’exemplarité et d’efficacité de l’administration.

L’auteur approfondit, en quatorze chapitres aux titre évocateurs (le Corps, les légendes, le clan, les princes de la République, l’extinction du courage,...)  le cas de cet établissement public, non nommé, où une comédie humaine écœurante masque la tragédie économique du monde portuaire français alors qu’en comparaison les concurrents étrangers ont multiplié leur activité et leurs succès.

Quelques réserves

Si ce témoignage vécu est authentique et globalement intéressant, avec quelques portraits et anecdotes croustillants, il reste très générique et, probablement par prudence et discrétion vis-à-vis des personnages réels, ne va pas assez au fond (détails, impressions humaines, faits concrets). Du coup, le lecteur situe sans voir nettement le réel de la structure et les enjeux concrets. Il mêle en outre des considérations morales assez répétitives (en introduction, dans les chapitres et en conclusion) et un peu manichéennes sur le comportement d’Ursy, ce "héros" odieux et éthéré et celui de ses suppôts à l'opposé des anciens - un peu idéalisés - et de ce qu'ils devraient être et faire. 

Le personnage de Coulanges, non issu du sérail et qui y faillit laisser sa peau, ne met pas non plus à l'aise. Lucide sur le constat et les principes, il est plus timoré  sur les réactions et sa capacité « à avaler des couleuvres ». De même, n’est pas raconté, dans ce « naufrage immobile » du domaine maritime, le partage des responsabilités entre le haut fonctionnaire issu du « corps », l'Etat, les acteurs institutionnels locaux, les syndicats, les élus locaux, la presse.

Encore un mot...

Une pièce supplémentaire au dossier déjà chargé de la haute fonction publique, de l’action de l’Etat et du « Mal français ».

Une phrase

  • « Vous me connaissez, toujours prêt pour servir la France ! » (p. 43).
  • “ En un temps record, il était devenu l’homme qu’il fallait connaître et dont on se targuait d’être l’ami.” (p. 79).
  • “Je note tout. Une carrière, c’est scientifique. Il faut de la méthode, c’est le secret.” (p. 91).
  • « Ce K. est un problème (...) on va faire en sorte qu’il cesse de l’être. » (p. 144).
  • “ Si la vérité existait, ça ce saurait.” (p. 173). 

L'auteur

Paul-Antoine Martin, 55 ans, est centralien, ingénieur dans l’industrie, en multinationale anglo-saxonne ou en établissement public français. Au cours de sa dernière expérience dans les milieux maritime et ferroviaire, il a côtoyé les capitaines d’industrie, politiques et les hauts fonctionnaires qu’il décrit.

Commentaires

Dunod
mar 28/03/2023 - 23:56

De pseudos révélations annihilees par une relecture omniprésente d'un avocat.

Armand
mer 26/04/2023 - 05:02

Pour ma part, j’ai vraiment apprécié ce livre très éclairant, vivant et fort bien écrit. Je m’étonne de la critique déplorant l’absence de révélation car dans l’introduction on lit bien que l’objet n’est pas d’étaler des révélations mais de révéler un état d’esprit général dévoyé au sein du corps des ponts, sans cibler un individu en particulier, ce qui je pense aurait été réducteur. Et quand je lis le commentaire précédent de ´Dunod’, spontanément, cette question me vient : pour écrire des suppositions si totalement hors de propos de l’objet du livre, ne serait ce pas un individu qui sait et se reconnaît dans le livre et au regret de ne pouvoir battre le fer judiciaire contre l’auteur? Car franchement que vient faire ici cette « relecture d’avocat »!

Paul Beuzebosc
mar 12/09/2023 - 22:56

Dans ma chronique, je n’évoque pas « l’absence de révélations ».

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