Le Siècle de Nicée
Parution le 6 novembre 2025
238 pages
19,90 €
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Thème
Il y a 1700 ans, en 325, l’empereur Constantin, fraîchement acquis à la cause du christianisme, convoqua à Nicée, sur la côte asiatique du Bosphore, un concile. Ce Concile de Nicée rassembla les évêques de la partie orientale de l’Empire romain, la partie occidentale n’étant représentée que par un délégué du pape, porteur de la pensée de l’évêque de Rome. Ce concile devait fixer les termes du Credo, cœur et résumé de la foi chrétienne. À ce titre, il a joué - et joue encore - un rôle capital dans l’histoire du christianisme, celle de l’Église, et même celle de l’Empire romain. Le credo sera complété, marginalement, par le concile de Constantinople, à la fin du IVème siècle.
Jean Pierre Batut invite à une réflexion sur ce concile, ses apports théologiques et son influence au sein de l’Empire romain et du monde chrétien qu’il façonna pour les siècles des siècles.
Points forts
Le premier mérite de Jean Pierre Batut est de replacer ce concile dans son contexte: il suit de peu la légalisation de la religion chrétienne, par l’Édit de Milan (312) qui, le rappelle Jean Pierre Batut, n’est pas un édit, mais un ensemble de “circulaires administratives“, et n’est pas de Milan qui n’était pas la capitale de l’empire à cette date.
En fait l’Empire romain pratiquait une religion qui était plus une forme d’allégeance à la collectivité, que la croyance en une divinité transcendante; d’où une grande tolérance à l’égard des multiples religions surgies aux quatre coins de la Méditerranée, pour autant que leurs adeptes continuent à pratiquer, formellement, les rites du Panthéon romain, d’ailleurs adaptés aux situations locales. Les Chrétiens refusaient cette hypocrisie, s’exposant ainsi aux persécutions, la plus récente remontant à Dioclétien, au tout début du IVème siècle.
Compte tenu du succès croissant du christianisme, Constantin comprend tout l’intérêt politique d’arrimer l’empire à cette religion, en en faisant un pilier de sa puissance. Mais dans ce vaste empire, les interprétations théologiques locales surgissaient sans contrôle, créant des dissensions entre les fidèles, situation qui allait directement à l'encontre du dessein impérial. C’est un second mérite de Jean Pierre Batut que d’éclairer les raisons de la convocation de ce concile: il fallait à l’Église - et à l’empereur - un corps de doctrine théologique qui fasse taire les ferments de dissension et réprime l’hérésie.
C’est la question de la nature de Dieu qui cristallisait les oppositions; le mystère de la Trinité, un seul Dieu en trois personnes, souffrait des interprétations divergentes qui mettaient en péril l’unité de la foi. Un prêtre d’Alexandrie, Arius, soutenait que si Dieu, le Père, était sans origine, le Fils, le Christ, créé par le Père, n’était, de ce fait, pas pleinement Dieu, mais un intermédiaire entre Dieu et ses créatures. Ce n’était pas fait pour plaire à Constantin qui décida d’y mettre bon ordre en convoquant les évêques dans son palais de Nicée.
Jean Pierre Batut explique avec une grande clarté la solution admise par le concile: c’est que le Fils est engendré, non pas créé, de toute éternité avec le Père. Cela constitue la base du Credo de l’Église catholique, cœur de la foi chrétienne.
Restait le Saint-Esprit. Sa nature sera précisée au concile suivant, celui de Constantinople en 381: il procède du Père et du Fils. C’est le fameux Filioque qui sera plus tard un prétexte pour le grand schisme qui allait séparer pour longtemps les Orthodoxes et les Catholiques. Pourtant, là encore Jean Pierre Batut rétablit une vérité; il affirme que cette question provient d’une difficulté de traduction du Grec au Latin, que le problème n’existe pas dans la version grecque. Un schisme pour rien?
En s’appuyant enfin sur les pères de l’Église, Saint Irénée, les pères Cappadociens, Saint Augustin…, Jean Pierre Batut entraîne son lecteur dans les arcanes de la théologie avec une grande virtuosité. Il montre toute l’importance du socle constitué par le texte de Nicée qui établit la base du monothéisme trinitaire. Car, contrairement à l’Arianisme, doctrine adoptée par les Goths, dont le triomphe aurait eu des conséquences majeures sur le plan politique, conduisant à des États autoritaires, le choix, par Clovis notamment, de l’orthodoxie nicéenne exclut la divinisation du pouvoir.
Quelques réserves
Le titre du livre est un peu trompeur. Le lecteur pourrait s’attendre à une analyse plus politique des rapports entre l’Église et le pouvoir. Car Nicée, concile tenu sous la férule de l’empereur, marque le passage d’une religion persécutée à une religion d’État, sur laquelle le pouvoir romain comptait s’appuyer, comme le feront ses successeurs jusqu’au XXème siècle. L’analyse de Jean Pierre Batut est pour l’essentiel un traité de théologie.
Encore un mot...
Pour les lecteurs chrétiens, un livre qui présente une analyse rigoureuse et accessible du Credo, symbole des apôtres et cœur de la foi chrétienne.
Pour les profanes, en montrant comment s’est structurée le Christianisme d’État, il offre les éléments d’une réflexion sur le pouvoir et la religion et, ce faisant, sur les racines chrétiennes de l’Europe.
Une phrase
« On constate donc, comme le note Joseph Ratzinger, que ‘‘ la foi trinitaire chrétienne a fait éclater les schémas utilisables à des fins politiques; elle a supprimé la théologie comme mythe politique; elle a refusé de faire servir la prédication à la justification d’une situation politique.’’ » Page 145
L'auteur
Prêtre puis évêque, Jean Pierre Batut a enseigné la théologie dans diverses instances. Il est consacré évêque en 2009; il est nommé évêque auxiliaire à Lyon, puis évêque de Blois en 2015. Il renonce en 2023 à sa charge d’évêque de Blois pour raisons de santé et devient évêque auxiliaire de Toulouse. Il a publié plusieurs ouvrages à partir de 1998: Dieu le père tout puissant (éd. Parole et Silence, 1998), L’art moderne entre emprise et déprise de Dieu (Paroles et Science, 2005), Qui est le Dieu des Chrétiens ?avec Rémi Brague (éd.Salvator, 2011), À partir du Credo - Conférences de Carême de Fourvière et Silence, 2013).
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