Les Assoiffés
Parution en janvier 2026
240 pages
20 euros ; 14,99 euros en téléchargement
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Thème
Cet essai, Les Assoiffés, explore l’addiction non comme une simple défaillance du corps ou de la volonté, mais comme un révélateur. Un miroir tendu à nos fragilités autant qu’à celles de notre civilisation. En croisant récits de patients et pensée théorique, Camille Charvet fait apparaître ce trouble comme un phénomène multiple, mouvant, profondément enraciné dans les tensions de notre époque.
Points forts
- Clarté et accessibilité : bien que solidement ancré dans la pratique clinique, l’essai demeure d’une lecture accueillante. Il avance sans jargon, préférant les images simples. Quelques termes techniques, empruntés à la chimie ou aux neurosciences, surgissent parfois. Loin de freiner la progression, ils viennent rappeler le sérieux et la rigueur de son approche. Par exemple, l’auteure explicite son sujet en convoquant l’image des cacahuètes : on en prend une, puis deux, et bientôt le paquet se vide sans que l’on s’en rende compte.
- Approche empathique : Camille Charvet redonne des visages à ce que l’on réduit trop souvent à des catégories. À travers des histoires incarnées, elle humanise cette condition et l’éloigne des clichés commodes comme des discours stigmatisants. Ces récits forment une véritable galerie de portraits, qui souligne la diversité des parcours et des personnalités : ce rapport compulsif traverse les milieux et s’insinue différemment chez chacun.
- Des idées simples et fortes : loin de l’archétype hérité de Zola, celui de l’ivrogne broyé par la misère et sombrant à l’Assommoir du père Colombe, Camille Charvet montre que l’intempérance revêt bien d’autres visages. Il y a, par exemple, l’alcoolique mondain, dont les verres s’accompagnent parfois de lignes de cocaïne, et qui ne conçoit pas la fête sans ses stimulants familiers. Ces comportements semblent, du moins dans un premier temps, compatibles avec une vie sociale intégrée. Pourtant, sous ce vernis, affleurent des failles dont le patient doit prendre conscience pour engager un travail de sortie de dépendance.
Quelques réserves
L’éternel problème de la vulgarisation : comme chez les grands passeurs de savoir - un Luc Ferry en philosophie, un Alain Decaux autrefois pour l’histoire - le talent de Camille Charvet tient à sa capacité à rendre limpides des notions complexes. On se laisse porter, rassuré, presque grisé par cette clarté. Et c’est là que naît une forme de frustration : une fois le livre refermé, demeure l’impression d’avoir compris l’essentiel, tout en pressentant qu’il reste encore tant à explorer. On souhaiterait entrer davantage dans les arcanes théoriques : une frustration féconde qui donne envie de prolonger la réflexion.
Encore un mot...
Là où Freud avait mis en lumière, avec une acuité remarquable, les névroses d’une époque corsetée, marquée par la répression du désir, la thérapeute constate un déplacement profond. Le début du XXIᵉ siècle, héritier de multiples libérations, ne frustre plus l’homme de la même manière. À une société de l’interdit a succédé une société de l’injonction. La valeur travail s’est muée en exigence de rendement, érigée sur un piédestal, au détriment de toute autre mesure. Ainsi, les substances deviennent des outils : pour dormir plus vite, travailler davantage, ressentir plus intensément. Le dopage semble avoir été diffusé partout, jusqu’à modeler nos rapports au plaisir et à la fatigue.
Une phrase
“ Récemment, avec la publication du rapport de l’Observatoire français des drogues et des conduites addictives (OFDT), le grand public en a pris conscience : le nombre d’utilisateurs de cocaïne ne cesse d’augmenter, et cette augmentation s’accélère puisque leur chiffre a été multiplié par dix depuis les années 1990 et a doublé entre 2022 et 2024.” P. 46
L'auteur
Camille Charvet, psychiatre et addictologue, exerce à l’hôpital Marmottan, à Paris. Elle reçoit également en cabinet, là où les trajectoires singulières se disent à voix basse. De cette proximité avec le terrain naît une parole juste, jamais théorique hors sol.
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