Le voyage en Egypte

Culture-Tops propose depuis fin mars 2020 des chroniques de livres et de BD "hors actualité". Des œuvres qui ont particulièrement marqué nos chroniqueurs et qui composent cette nouvelle série du "Plaisir de relire".
De
Jean-Claude Simoën
Editions J'ai Lu en images, hors collection, 2010
1ère édition reliée J.C. Lattès, 2001
304 p.
9.90 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

De beaux textes, de belles oeuvres artistiques mais dans une édition décevante.

Dès la fin du XVIIIe siècle, et principalement durant le XIXe, de nombreux écrivains et artistes, - sans même parler des scientifiques de l'Expédition Bonaparte - ont entrepris le voyage en Egypte, souvent périlleux à l'époque, et y ont séjourné plus ou moins longtemps.  Ce livre que j'ai relu dans sa version petit format "J'ai lu" (alors qu'il existe une version illustrée grand format plus luxueuse et en couleurs)  présente les textes de plusieurs écrivains-voyageurs ainsi que la reproduction (en noir et blanc) d'oeuvres d'artistes, dessinateurs, graveurs, peintres puis photographes.

L'Egypte était, et reste sans doute, l'un des pays qui fait rêver. Elle offrait un "plus" par rapport à la Grèce ou à Rome : elle est bien plus ancienne et donc plus mystérieuse, quasiment indéchiffrable, nombre de ses monuments fameux restant enfouis dans les sables. Cette lecture propose donc de découvrir une Egypte différente -mais toujours fascinante- de celle que nous connaissons aujourd'hui,  de visiter les lieux avec un regard surpris, de goûter des paysages, des saveurs, des coutumes qui ne sont plus.  

Le classement des textes est établi, non par ordre alphabétique d'auteurs ni par ordre chronologique des voyages, mais par ordre "géographique ":  d'abord Alexandrie et le Delta, puis Le Caire, les Pyramides  et le Sphinx, la partie de Memphis à Dendérah, Louxor et Karnak, La Vallée des Rois, d'Erment à Kom Ombo, Assouan et Philae, et enfin la Nubie et Abu Simbel.

Points forts

- La brillante introduction (48 pages) de Jean-Claude Simoën qui retrace les différentes époques du voyage en Egypte et offre des portraits des principaux visiteurs, en insistant particulièrement sur les artistes.

-  Le plaisir de relire ou de découvrir des auteurs variés, de Volney dont le Voyage en Syrie et en Egypte en 1787 connut un immense succès (Bonaparte en avait fait son livre de chevet) au comte de Forbin, peintre et écrivain arrivé en Egypte en 1817 ; les magnifiques descriptions -non moins brillantes que ses dessins- rédigées par Dominique Vivant Denon, auquel on doit l'ouvrage capital Voyage dans la Basse et la Haute Egypte  paru en 1802 puis la publication sur plusieurs années de cette magnifique encyclopédie qu'est la Description de l'Egypte... Ne citons ici que quelques auteurs parmi les plus connus (tous d'avant l'invasion touristique bien sûr) :  Champollion, Savary, Marmier, Ampère (Jean-Jacques), Charles Blanc (le frère de Louis), Du Camp, Flaubert, Nerval, Gautier, Loti (un peu déçu)... les grands égyptologues Mariette, Maspero ... quelques aventurières Nightingale, Amelia B. Edwards, et d'autres encore qui méritent toute leur place : Eugène Poitou, de Marcellus, Henri Gisquet, Charles Didier... et les artistes Fromentin, David Roberts, Prisse d'Avennes...

- L'intérêt pour la reproduction des oeuvres artistiques (même de médiocre qualité) : elle permet une sorte d'anthologie picturale, ce qui n'est pas fréquent.

-  les cartes sont bienvenues à l'entrée de chaque partie, bien qu'elles aient le défaut de ne pas mentionner tous les sites (Edfou par exemple).

Quelques réserves

- Les annexes. Elles sont peu utiles.  Passe encore pour la chronologie qui retrace la dizaine de périodes des dynasties égyptiennes. Mais à quoi sert le chapitre consacré aux dieux (qui ne les connaît pas ?)  et le vocabulaire détaillé de l'architecture qui entreprend de nous faire distinguer un mastaba d'une pyramide, ou un pylône d'une colonne.

- La bibliographie :  elle est tellement détaillée que les noms des auteurs dont les textes sont ici proposés, sont noyés dans une foule d'autres "spécialistes". Indiquer les références des textes aurait suffi (R. Kipling d'ailleurs n'est pas référencé).

- Les notices biographiques présentent quelques auteurs et dessinateurs mais... pas tous ! On peut certes apprécier de les lire, elles sont brèves, mais pourquoi en omettre plusieurs ? Xavier Marmier, par exemple, n'a pas droit à sa notice, pas plus que Charles Didier, Georg Ebers, Robert Talbot-Kelly et d'autres encore. Cette "sélection" ne se justifie pas.

- L'imprécision chronologique : on ne sait à quelle date, le voyageur a visité le pays. Il s'écoule parfois de nombreuses années entre les séjours de tel ou tel, et nulle indication ne nous guide.  Champollion est en Egypte en 1828,  Nerval y séjourne seulement quelques mois en 1843, Mariette commence les fouilles de Saqqarah en 1850  tandis qu'Amelia B. Edwards s'y rend en 1873.

- Il manque un index des noms cités. Si l'on cherche Belzoni (le "marchand d'antiquités” au service des Anglais), cité à plusieurs reprises, on ne saura pas où le trouver...

Encore un mot...

On sent que ce livre était initialement conçu pour présenter des oeuvres graphiques, le texte ne venait qu'en complément. Dans cette édition où la qualité de la reproduction graphique est médiocre, les textes prennent alors toute l'importance. Or,  ils ne sont pas, à mon goût, suffisamment présentés.

Une phrase

"Le grand temple d'Ibsamboul (Abu Simbel) vaut à lui seul le voyage de Nubie, c'est une merveille... mais c'est une rude entreprise que de le visiter. A notre arrivée, les sables, et les Nubiens qui ont soin de les pousser, avaient fermé l'entrée. Nous la fîmes déblayer afin d'assurer le mieux possible le petit passage qu'on avait pratiqué, et nous prîmes toutes les précautions possibles contre la coulée de ce sable infernal, qui, en Egypte comme en Nubie, menace de tout engloutir. Je me déshabillai presque complètement, ne gardant que ma chemise arabe et un caleçon de toile, et me présentai à plat ventre à la petite ouverture d'une porte qui, déblayée, aurait au moins vingt-cinq pieds de hauteur. Je crus me présenter à la bouche d'un four, et, me glissant entièrement dans le temple, je me trouvai dans une atmosphère chauffée à cinquante-deux degrés... Je compare la chaleur d'Ibsamboul à celle d'un bain turc et cette visite peut amplement nous en tenir lieu." (Jean-François Champollion) 

L'auteur

Jean-Claude Simoën  est à la fois auteur, éditeur, et grand voyageur. Il est aujourd'hui directeur littéraire chez Plon, créateur de la fameuse collection des Dictionnaires amoureux. A ce Voyage en Egypte, il faut ajouter le Voyage à Venise, le Voyage en Italie, le Voyage en Terre Sainte, le Voyage en France... ainsi que L’Épopée de l’archéologie (Tempus, 2012) et de À la recherche des civilisations disparues (Perrin, 2013). et plusieurs ouvrages consacrés à l'Histoire.

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