L’envol de la mémoire
Parution le 14 janvier 2026
198 pages
20 Euros ; 14,99 Euros en téléchargement
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Thème
Cet essai s’inscrit à la croisée de l’intime et de l’Histoire. À travers les voix de ses parents, déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, Myriam Spira convoque la Shoah et interroge la manière dont sa mémoire se transmet aux générations suivantes. Elle ne se contente pas d’exposer ce qui fut vécu, mais explore les conséquences de cet héritage : comment il façonne une identité, pèse sur une vie, laisse des stigmates invisibles mais tenaces. Le livre tisse ainsi les souvenirs familiaux, une blessure persistante et une quête personnelle visant à comprendre les cicatrices durables laissées par les camps.
Points forts
- Un récit authentique. L’auteur s’avance au plus près des trajets des rescapés, sans détour ni emphase. Elle ressuscite des existences brisées, mais refuse le pathos. Ce qui se dit ici naît d’un besoin intérieur : mettre des mots sur l’indicible. En racontant l’horreur, Myriam Spira se raconte aussi, et transforme l’événement historique en une expérience profondément humaine.
- La postérité au cœur du texte. Ce qui retient particulièrement l’attention, ce sont les troubles qui traversent les enfants de survivants, héritiers d’une tragédie qu’ils n’ont pas vécue mais qui marque durablement leur existence. Le chapitre intitulé Deuxième génération ouvre une réflexion essentielle sur le transgénérationnel : silences, peurs diffuses, culpabilité d’exister. On regrette toutefois que cette piste, l’une des plus fortes de l’ouvrage, ne soit pas davantage développée, notamment à la lumière des travaux sur l’épigénétique, qui éclairent aujourd’hui la manière dont les traumatismes peuvent laisser une empreinte durable bien au-delà de ceux qui les ont directement subis.
Quelques réserves
- Une fin plus attendue. La dernière partie, consacrée à la visite des camps, convainc moins. Sans doute parce que ces lieux, amplement racontés, peinent ici à renouveler le regard. Le récit semble alors hésiter entre deux adresses : le témoignage intime, d’abord destiné à la descendance, et celui offert au grand public. Cette tension crée un déséquilibre, comme si l’écriture, jusque-là portée par une nécessité intérieure, se heurtait au risque de la redite.
Encore un mot...
Le devoir de mémoire et ses limites. Le livre rappelle la nécessité de ne pas laisser s’effacer les violences subies. Pourtant, une évidence s’impose en filigrane : l’effort de pédagogie n’a pas empêché le retour de la violence. Depuis la Libération, les atrocités n’ont pas cessé, comme si l’Histoire poursuivait son œuvre de destruction. On pense alors à la formule de Georges Perec : « l’histoire avec sa grande hache », toujours prête à trancher les destinées.
Une phrase
“ Or, le regard que la deuxième génération porte sur la vie est parfois décalé, imprégné du flot de ces images devenues obsessionnelles, de pensées morbides récurrentes et de bien d’autres comportements biaisés que l’on est incapable d’expliquer. Ce fardeau souvent inconscient devient insidieusement la normalité, mais un déclic peut survenir.” P.71
L'auteur
Myriam Spira est la fille de deux survivants de la Shoah, Betty, prisonnière politique déportée à Ravensbrück puis à Mauthausen, et Joseph, Juif résistant déporté à Auschwitz. Myriam Spira vit aujourd’hui à Bruxelles. L'envol de la mémoire est son premier ouvrage.
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