Les années Agnès B.

Le très beau portrait d'une femme aussi créative que libre
De
Myriam Chopin et Olivier Faron
Editions de l’Observatoire - 216 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

Le parcours exceptionnel de la styliste Agnès B, de ses débuts Rue du Jour à Paris  à la création d’un grand centre artistique: à la fois mécène et acheteuse d’instinct sa collection va  des dessins de jeunesse d'Andy Warhol aux toiles d'Alighiero Boetti, des sculptures de Jean-Michel Othoniel ou d'Alexander Calder, des tableaux des cinéastes David Lynch et de Gus Van Sant aux photos de Nan Goldin et de Malick Sidibé (elle fut une des premières à manifester son intérêt pour l’art  photographique africain).

Points forts

- En cette période de célébration des 50 ans de mai 1968, le portrait d’une jeune femme qui a mis au cœur de sa pratique les idéaux de la rébellion paraît bien opportun . Pourtant l’hommage rendu par les auteurs au parcours exceptionnel de la styliste Agnès B n’a rien de complaisant et bien habile celui qui pourrait affirmer que cette  biographie est –genre oblige- autorisée ou pas en dépit d’une admiration manifeste des auteurs pour leur modèle.

- Le parcours dans le dédale soixante-huitard est impressionnant. Deleuze et Guattari, Roland Barthes, Giacometti , Patti Smith, Jean-Michel Blasquiat, Keith Haring, Serge July , Jean-Luc Godard … Qui Agnès   n’a –t-elle connu ou encouragé des plus pointues élites de l’art contemporain, de la pensée révolutionnaire ou du rock , de la presse ou du cinéma? 

Aujourd’hui, toujours, les stars les plus « in », les plus dans le move sont dans son environnement, de Nekfeu à Vincent Dedienne.

- La personnalité de la styliste enfin  y est passé au crible, y compris son milieu familial versaillais « tradi ». Sans tabou y est abordé la question de l’inceste dont a été victime la jeune Agnès Troublé de la part d’un oncle « bien sous tout rapport », sorte de modèle familial(un classique). Inceste qui la poursuivra toute sa vie et qu’elle cherchera à exorciser dans un film, beaucoup plus tard. Même si une large partie du texte évoque cette question point de psychanalyse sauvage de la part des auteurs. Les faits déroulés par les historiens cherchent à comprendre certes pourquoi la jeune femme a cherché à s’inventer une nouvelle peau à travers le vêtement mais surtout à exprimer un besoin de liberté et d’ouverture sincère sur le monde qui se traduira plus tard par des engagements  et des combats constants (contre le mal logement, le sida, les violences faites aux femmes etc.)

-  L’analyse économique fouillée de l’entreprise, des débuts (avec son refus du marketing et de la pub) jusqu’aux évolutions récentes (avec notamment le tournant environnemental) et les adaptations nécessaires sur fond de mondialisation. Agnès B est aujourd’hui classée dans les 500 premières fortunes mondiales.

Quelques réserves

Le cahier central de photographies. Un peu austère et qui déçoit les attentes. Un seul exemple : Jean-Etienne Fleurieu, un homme capital dans la vie d’Agnès B. comme de l’entreprise et longuement évoqué dans le livre n’est  pas représenté. L’exercice est  périlleux pour les biographes. Que choisir comme photos sur  une longue période de vie ? Par ailleurs, il n’est pas toujours facile d’obtenir les tirages souhaités.

Encore un mot...

Dans les pas d’Agnès Troublé qui deviendra la styliste Agnès b. après son mariage avec l’éditeur Christian Bourgois, les auteurs Myriam Chopin et Olivier Faron, tous deux historiens, font revivre la folie créatrice des années 60 et 70 mais racontent également l’incroyable  succès d’une entreprise  née de l’esprit rebelle d’une jeune versaillaise catholique et de gauche, à la personnalité complexe et discrète.

C’est enfin un extraordinaire portrait de femme libre et créative qui a eu cinq enfants de trois hommes différents et su s’affranchir des contraintes d’une éducation serrée.

Une phrase

"Il y a un fil rouge qu’Agnès pourrait écrire (…) Ce fil rouge ce serait : « Débrouillez-vous ! ». « Débrouillez-vous c’est ce que sa mère lui intime par son silence en refusant de reconnaître l’irréparable. « Débrouillez-vous c’est ce qu’Agnès réussit à faire non seulement pour surmonter l’inceste mais aussi pour gagner sa vie après son divorce quand elle se retrouve seule avec ses jumeaux . « Débrouillez-vous » c’est ce qu’elle dit à ses enfants pour les préparer à la seule chose qui compte, leur propre vie. Et puis « Débrouillez-vous » c’est ce qu’elle pense et répète pour l’après.« Quand on a la foi, on sait qu’on a une vie après la mort »."

L'auteur

- Olivier Faron est professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne et administrateur général du Centre national des Arts et Métiers (CNAM).

- Myriam Chopin est maître de conférences à l’université de Strasbourg et Présidente du Festival Strasbourg Méditerranée.

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