Les morts de Raoul Villain

Itinéraire d’un assassin politique. Enquête historique et récit littéraire
Notre recommandation
3/5

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Thème

Raoul Villain est assassiné par des républicains espagnols sur une plage d’Ibiza le 13/09/1936. En mars 1919, il avait été acquitté pour le meurtre de Jaurès commis à la veille de la Grande Guerre. Villain est le fils d’un greffier de Reims, un ‘petit homme de la Troisième République’. Sa mère est entrée à 24 ans dans un asile d’aliénés où elle passera les 40 dernières années de sa vie. Villain est un personnage falot, instable psychologiquement et d’une intelligence médiocre. Il se situe politiquement dans le camp des nationalistes et bellicistes d’extrême-droite. Jeanne d’Arc et Le Sillon de Marc Sangnier inspirent sa religiosité. Très vite, cet ‘orphelin de mère et des provinces perdues’ ressent le besoin d’accomplir un ‘acte utile à la justice divine et humaine’. Jaurès, accusé d’avoir vendu la France à l’Allemagne sera sa cible. Ce ‘minable aura accéléré la fin du monde’ comme l’avance l’auteur.

Points forts

Dans ce texte, l’agrégé d’histoire exploite rigoureusement une grande masse documentaire :  compte-rendu d’enquêtes, minutes du procès, extraits de presse, témoignages et même visites sur place. Il retrace le fil de la fuite de Villain à travers l’Europe jusqu’à sa mort anonyme en 1936. Il éclaire le profil psychologique complexe du meurtrier de Jaurès qui sera panthéonisé en 1924. Reichman restitue l’atmosphère enfiévrée de la veillée d’armes, les affrontements entre bellicistes et pacifistes, les joutes d’avocats qui incarnent si intimement cette IIIème République ou encore les déchirures au sein de l’Église. L’auteur montre aussi comment la mort de Jaurès et le calendrier du procès ont pu cyniquement servir l’Union sacrée et la victoire finale. On entend pourquoi Villain a été acquitté mais aussi pourquoi et comment la mort de Jaurès a été vengée.

Quelques réserves

Le biographe est rigoureux. Le littérateur doit encore faire ses preuves. Le mariage réussi des deux talents est un exercice délicat. Reichman a clairement privilégié la dimension biographique, ce qui confère une certaine austérité au récit. C’est précis et souvent clinique. Il manque certainement la prise de distance raisonnable avec le réel, seule capable de restituer la dimension psychologique du personnage et d’entraîner plus avant le lecteur, à la manière d’un Zweig plongé dans l’exploration de la psychologie de Marie Stuart. 

Encore un mot...

Reichman nous invite à découvrir les ressorts de l’assassinat politique. Quelle est la nature de la protestation ? Quels buts poursuivent les meurtriers ? On pourra compléter cette lecture par celle de l’ouvrage de C. Beaune et N. Perruchot  L'assassinat politique en France paru en 2021 chez Passés/composés.

Une phrase

  • « Jean Jaurès avait compris celui qui le tuerait. Raoul Villain était un petit bourgeois détraqué qui avait une peur bleue de la guerre qu’il voulait. » ( page 92) 

  • « Mon crime est trop grand pour qu’on me supporte, dit Caïn à l’Éternel. Vois, tu me proscris aujourd’hui de dessus la face de la terre : mais puis-je me dérober à ta face ? Je vais errer et fuir par le monde, mais le premier qui me trouvera me tuera.» (page 149)

L'auteur

Amos Reichman est diplômé de l’ENS et de l’ENA et agrégé d’histoire. Cet ouvrage a été couronné du prix de la Biographie 2026 du Point. Reichman est aussi l’auteur de Jacques Schiffrin, un éditeur en exil (2021, Seuil).

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