L’homme qui parlait aux oiseaux François d’Assise, la nature et les animaux

Au commencement était la vraie écologie, celle de la Création
De
Patrice Kervyn
Préface d’Allain Bougrain-Dubourg
Editions : Salvator, éditions franciscaines
20 €, paru en juin 2021
Notre recommandation
4/5

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Thème

Cet homme qui parlait aux oiseaux est un Saint. François d’Assise fut tout de suite célèbre, dès sa mort en 1226 (canonisé deux ans plus tard !), pour ses stigmates, ses trois vœux et sa fameuse  « prédication  aux oiseaux » superbe métaphore de l’éloquence qui donna lieu à de multiples interprétations picturales et statuaires que l’on peut admirer tant à Florence qu’à Assise même ou au Prado ou même au Louvre. Exécutées notamment par Giotto, dit le maître de saint François, elles illustrent merveilleusement la dévotion que François fondateur de l’ordre mineur vouait à la cause animale. Mais le Poverello (le petit pauvre) s’adressait autant aux cochons (avaient-ils une âme ?)  et à  la volaille qu’aux corbeaux, aux colombes ou aux simples moineaux, tant et si bien que sa sainteté Jean Paul II lui décerna le titre de patron des écologistes. La conversion du jeune et un tantinet dissipé François devant le crucifix très humanisé, dit de saint Damien, sa vie d’ascèse et de protecteur de la nature, ses miracles, nous sont ainsi contés par le frère Patrice Kervyn, sur les traces du premier biographe du saint patron d’Italie, Thomas de Celano.              

Tout près de nous, l’encyclique « Laudate si » du pape François  en  2015, dit cantique des créatures chante les louanges du cantique éponyme de Saint François d’Assise qui nous rappelait que notre maison commune est comme une sœur avec laquelle nous partageons l’existence et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts. Le monde de la chrétienté doit beaucoup au « stigmatisé de l’Arverne ». Ainsi, Patrice Kervyn nous rappelle que François d’Assise fut le premier à réinventer en « live » la crèche de la nativité pour commémorer le jour de  Noël.                                                                                                                                   

Points forts

. Les magnifiques illustrations de la vie de Saint François et de Saint Antoine (du désert) telle l’extase  du Greco, exposée en Pologne (1540).                                            

. L’histoire passionnante de l’idée- nature ou plutôt la perception qu’en a l’homme depuis l’antiquité jusqu’au Moyen âge, depuis précisément Aristote, la Bible, et le livre de Job jusqu’à Saint Thomas d’Aquin qui prit la suite de Saint François d’Assise et de son disciple saint Bonaventure.« Qu’est-ce donc que la nature, sinon Dieu lui-même » s’interrogeait Sénèque.  « Sustine et absite et naturam sequere » ordonnait de son côté  l’école stoïcienne ; Paradoxalement, avec le judéo-christianisme le monde quitte le domaine de la nature pour entrer dans celui de l’histoire, du temps, de la transcendance de Dieu, explique l’auteur très précisément ; d’ailleurs, certains auteurs comme Lynn White dans les racines historiques dans notre crise écologique « pointe la responsabilité du christianisme dans cette crise, François d’Assise ayant été une exception dans l’histoire de l’Eglise» exception salvatrice selon le pape François.

. Clarté de la thèse. Après la diabolisation de la cause animale et de nombre de ses représentants honnis (serpent, loup, cochon, corbeau…) par l’Eglise elle- même, des siècles d’obscurantisme durant, François a réhabilité la nature vivante au nom de la sacro- sainte Création. Les animaux sont les créatures de Dieu et donc nos égaux. Ils méritent notre amour et tous nos soins. « Sortons de notre arrogance de prédateur » Thèse toute d’humilité que l’auteur fait sienne. Thèse placée sous le signe de la joie sur une forme de sensibilité extrême, qui vient à point nommé et que personne aujourd’hui n’oserait contredire                                                                                                                          .

Humour et culture.  Cette bio de saint François vue du ciel projeté sur le monde animal est certes sérieuse et grave car elle touche à la foi  mais elle n’est pas pesante pour autant ; c’est une succession de comptines, de chants d’oiseaux et de cris d’enfants, d’histoires parlantes (pas forcément vraies mais tellement vraisemblables) et d’anecdotes savoureuses ; exemple : l’histoire de Fratello Lupo, ce frère loup qui rodait à Guppio « ce fauve que François convertira en agneau »se couchant aux pieds du saint homme et lui tendant délicatement la patte, en signe d’assentiment, à l’écoute de son sermon : «Tu ne feras plus le mal ». Le loup devint l’ami de la ville et porta bientôt une auréole ! Fantasme d’artiste peintre ? Légende ? Réincarnation d’un brigand ? Seul Dieu sait. Mais comme dit l’auteur: «  Se non e vero, e ben trovato ». 

Quelques réserves

Hors la défense de la cause animale, au-delà des paraboles issues du bestiaire de François d’Assise, et à côté de son ascétisme rédempteur, on aurait aimé découvrir d’autres traits de caractère du saint homme, d’autres facettes de la vie du Poverello, et un approfondissement de son message « politique ». François était aussi un rebelle, une sorte de «gauchiste» qui n’était pas toujours en odeur de sainteté auprès de ses pairs de l’Eglise auxquels il reprochait leur train de vie fastueux; Ceci n’enlève rien à son mérite ni à celui de frère Patrice, son thuriféraire de Vézelay, paradis réel et actuel des oiseaux, bien au contraire...                                                                                                                     

Encore un mot...

Hymne à la nature, éloge de la bonté, dévouement aux pauvres et aux « mineurs » (catégories de ceux qui ne revendiquent rien) tels sont les thèmes richement documentés de celui qui avant tous les autres fonda (en 1210) l’ordre des Frères mineurs, autrement dit les Franciscains. Mille « historiettes », des centaines de témoignages récupérés font de cette enquête un véritable trésor.                                                                                                                      Au cœur du moyen âge, la Passion du Christ et l’obei-sens, le spectacle de la nature et l’amour des animaux, jettent les fondements de l’écologie moderne. Démonstration riche, documentée, passionnante et émouvante sur ce qui deviendra » la légende franciscaine.

Une phrase

Extrait des compilations de « Celano » :  « Une fois, le Saint croisa un homme qui s’en alla avec deux agneaux, liés et suspendus à son épaule, au marché, là où il est certain de trouver des acquéreurs qui les tueraient pour les manger. A les entendre bêler, François en eut le cœur fendu. S’étant enquis des intentions de l’homme il ne put se résoudre au sort qu’il leur réservait et s’empressa de lui proposer en contrepartie le manteau qu’il portait sur lui un manteau de prix qu’on lui avait prêté*. Voyant qu’il gagnerait au change, l’homme accepta sans hésiter. Mais voilà François avec deux agneaux sur les bras. Il les restitua alors à leur ancien propriétaire en lui faisant promettre de ne jamais les vendre et d’en prendre grand soin »

 *faisant vœu de pauvreté François se refusait d’acheter le moindre vêtement (note dla)

L'auteur

« L’homme qui parlait aux oiseaux est un ouvrage admirable à plus d’un titre. Il se lit avec le délice d’une enquête sans cesse rebondissante » (Allain Bougrain-Dubourg dans la préface du livre). Le Frère Patrice Kervyn, franciscain, réside à Vézelay au sein de la communauté de La Cordelle, après avoir été chapelain à la chapelle du Haut à Ronchamp (Le Corbusier). Il est également l’auteur de « Aux sources du jardin » publié aux  éditions franciscaines.

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