L’invention de la Grèce

La démocratie inventée par la Grèce antique ? Et s’il s’agissait d’un cliché ? Un regard sceptique sur le modèle athénien…
De
Patrice Brun
Odile Jacob
288 p
23.90 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

Comme un passé trop lourd à porter, la Grèce antique est victime de bien des clichés : mère de la démocratie, terre de l’homosexualité, patrie de la philosophie… C’est l’occasion pour un spécialiste de l’histoire grecque de tordre le cou à ces images, bien éloignées de la réalité de l’époque. Son ouvrage est d’ailleurs sous-titré : Retour sur les utilisations dévoyées de l’Antiquité grecque.

Points forts

  • Loin de la vision classique d’une Grèce éthérée où tout n’aurait été que luxe, calme et volupté, c’est à une approche extrêmement concrète que nous convie M. Brun. Nourri d’une connaissance intime des textes, il décrit aussi bien la sexualité que le fonctionnement de la démocratie ou encore la place des femmes dans la société.
  • Ainsi, faisant fi de la distinction que pratique notre époque entre homo et hétérosexualité, il montre que cette opposition n’avait pas lieu d’être dans la civilisation athénienne, les Grecs n’attachant que peu d'importance au sexe de leur partenaire.
  • Sur la démocratie, il apporte un éclairage original. Comme on le sait la démocratie athénienne ne concernait que quelques dizaines de milliers de citoyens, sur une population totale de plusieurs centaines de milliers, métèques et surtout esclaves qui faisaient tourner la machine pendant que les citoyens discutaient gravement, et surtout avec véhémence, de politique. Plus original, notre helléniste établit un lien entre démocratie et impérialisme, démontrant que sans la domination athénienne sur d’autres cités qui payaient tribut, le système démocratique n’aurait pu fonctionner.
  • Il insiste sur le roulement des dirigeants, souvent tirés au sort, et investis de responsabilités pour une très courte période, ce qui n’a pas empêché Périclès d’être au pouvoir pendant près de trente ans. C’était d’ailleurs un système politique et judiciaire violent, empreint d’un contrôle social féroce où le moindre soupçon pouvait valoir condamnation, ostracisme ou peine capitale.
  • Enfin M. Brun analyse les raisons pour lesquelles cette Grèce classique, idéalisée, a été “inventée“ à différentes époques et dans différents pays, l’Allemagne privilégiant Sparte pour son culte de la valeur militaire, la France plutôt Athènes.

Quelques réserves

En bon helléniste, M. Brun a tendance à pratiquer le syllogisme : ce n’est pas parce que la démocratie athénienne se nourrissait de l’impérialisme que cette relation est constitutive de ce régime politique ; Brun-Lénine même combat ?

Même si la comparaison de la démocratie athénienne avec les démocraties contemporaines est utile, comme ses considérations moralisantes sur l’esclavage, il aurait été intéressant de la mettre en parallèle des autres systèmes politiques existant à l’époque, de façon à souligner son originalité ; au reste, l’esclavage était alors pratiqué par tous les régimes autour de la Méditerranée, l’invention de la machine à vapeur datant seulement du XVIIIème siècle.

Mais surtout, pourquoi employer ce ton grinçant, néo-poujadiste, qui affleure dans le texte, notamment lorsque notre auteur fait allusion à la démocratie contemporaine, aux études classiques ou à Jacqueline de Romilly qu’il identifie à cette vision idéalisée du monde grec.

Encore un mot...

Un livre décapant sur la Grèce antique qui réévalue l’apport du modèle athénien sur nos démocraties, mais constitue paradoxalement une mine de réflexions potentielles sur l’époque actuelle.

Une phrase

« L’aristocratie n’a donc pas été abattue par la démocratique Athènes. Mais l’originalité d’Athènes réside dans le fait que la notion d’aristocratie s’est étendue à tous les citoyens qui formaient la seule élite véritablement reconnue… » P. 112

L'auteur

Patrice Brun est un universitaire bordelais, spécialiste de l’histoire grecque, hétérodoxe par rapport à la ligne classique. Sceptique sur la démocratie athénienne, comme sur ses personnages les plus admirés, comme Périclès ou Démosthène, il a publié de nombreux ouvrages sur la Grèce ainsi que sur son propre rôle comme président d’université. Parmi ses livres, citons : 

  • Le monde grec à l'époque classique 500-323 a.c, Paris, Armand Colin, 2003
  • Impérialisme et démocratie à Athènes. Inscriptions de l'époque classique, Paris, Armand Colin, 2005
  • La bataille de Marathon, Paris, Larousse, 2009

Démosthène : rhétorique, pouvoir et corruption, Paris, Armand Colin, 2015, 333 p. (réédité en avril 2021)

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