L’Iran face à ses défis 1925-2025: un siècle d’histoire sous tension
février 26
366 pages
23.90 €
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Thème
Le sous-titre énonce clairement le sujet : 100 ans d'histoire et de politique sur ce pays qui a connu tour à tour des situations contradictoires : la fondation d'une monarchie moderne par Reza Shah (1925-1936), les années de tourmente de la Seconde Guerre mondiale, la lutte pour l'indépendance pétrolière (Mossadegh dans les années 50), la période qui aurait pu devenir un âge d'or pour le pays, celle du "grand virage" (1971-1979 avec les fameuses fêtes de Persépolis), puis la tempête, les oppositions au régime impérial et le rôle de la sulfureuse Savak, la chute du Shah et enfin, en 1979, la révolution islamique avec ses répressions toujours d'actualité.
Le dernier chapitre évoque la vie des Iraniens aujourd'hui dans le pays et en diaspora, et se termine par une interrogation sur l'avenir de la patrie de Cyrus le Grand dont manifestement l'Histoire n'est pas terminée (l'est-elle jamais ?)
Points forts
C'est un livre "à deux voix" structuré de manière originale : au lieu d'une banale interview "questions-réponses", les deux auteurs apportent chacun à leur manière un éclairage essentiel : on ne peut s'empêcher d'admirer les précisions historiques détaillées fournies dans un style clair par Yves Bomati qui ont exigé de multiples recherches non partisanes (point à souligner car la période Pahlavi n'est pas présentée comme un eldorado...), de même que l'on ne peut éviter de ressentir émotion et sympathie aux souvenirs familiaux (la peur, l'exil, le figure du père converti à l'islam...) relatés par Davoud Pahlavi, son témoignage ajoutant une dimension humaine au récit historique qu'il connaît lui aussi parfaitement.
Chacun des chapitres s'avère éclairant. Mentionnons par exemple celui de la lutte dans les années d'après guerre pour se libérer de la main mise britannique sur le pétrole. Celui du rappel du "rêve " du dernier shah voulant s'affranchir des influences étrangères (et des trafics en tous genres) qui avaient miné son pays. Celui qui explique la diversité des oppositions au Shah, notamment sous l'influence d'une idéologie anti-occidentale. Ou encore celui qui rappelle le parcours de l'ayatollah khomeyni et explique les raisons pour lesquelles il a fait figure de libérateur et a été accueilli en Iran de manière globalement enthousiaste. Car si la Révolution islamique a eu de multiples causes (ici bien expliquées), l'historien n'hésite pas à dire les choses comme elles sont : toute une part des intellectuels de la gauche française fut fascinée par Khomeiny. Il cite donc les noms de ceux et celles qui ont cru en "la clairvoyance révolutionnaire du saint-homme exilé à Neauphle-le-Château"... (p. 189 et suiv.)
On est là en présence d'un ouvrage qui livre tous les moments clés (parfois peu ou mal connus) de l'histoire iranienne récente qui permettent de mieux comprendre les événements actuels.
Quelques réserves
Une carte des principales villes de l'Iran (en particulier celles mentionnées dans le livre) et de ses voisins aux frontières n'aurait pas été inutile. De même, un tableau généalogique aurait facilité le repérage de la famille Pahlavi et de ses descendants sur trois générations.
Encore un mot...
Comme le font les deux auteurs, laissons le dernier mot à Houchang Nahavandi (qui fut ministre de l'Education nationale sous le shah, l'éducation étant un point fondamental de l'évolution du pays, fortement soutenu par l'impératrice Farah) : "Ce dont nous sommes sûrs, c'est que la nation, la langue, la culture iraniennes continuent à vivre au coeur et dans l'esprit de dizaines de millions de nos compatriotes qui, cette fois, ont vu le fond du gouffre... Les Iraniens commencent à comprendre qu'ils vont à la mort. Ils veulent vivre. Ils vivront. Et l'Iran renaîtra." (in Iran deux rêves brisés, paru en 1981).
Une phrase
sur la position des occidentaux, notamment des Etats-Unis) : "Les gouvernements étrangers ont commis alors leurs plus graves erreurs : croire que les religieux pourraient les garantir contre une avancée marxiste dans cette partie du monde si stratégique et qu'ils seraient malléables en fin de compte ; écouter les compagnies pétrolières qui souhaitaient régler leurs comptes avec un shah qui les avait dépouillés d'une partie de leur dû ; donner du prix à la manipulation générale à laquelle les Iraniens et leurs relais parmi les intellectuels occidentaux étaient soumis depuis de nombreuses années. (p. 190)
(devant l'urgence d'un changement de régime) : "Rien, toutefois, n'est encore acquis. Le régime actuel, malgré ses faiblesses, conserve une emprise redoutable. La route vers son renversement est donc semée d’embûches." (p.323)
L'auteur
Yves Bomati, docteur ès lettres et sciences humaines, est connu depuis une trentaine d'années comme historien spécialiste de l'Iran. Il a publié sur ce pays, sa culture, son histoire, ses religions, plusieurs ouvrages qui font référence. Notre site a consacré des chroniques à trois d'entre eux :
Iran, 4000 ans d'histoire rédigé avec Houchang Nahavandi (éd. Perrin)
L'Age d'or de la Perse, l'épopée des Safavides 1501-1722 (éd. Perrin)
Les Assassins d'Alamut (éd. Armand Colin)
A l'automne 2025, il a participé aux côtés d'autres spécialistes à la table ronde organisée par la revue Historia à l'occasion de la publication de son dossier consacré à l'Iran (octobre 25). Il est régulièrement sollicité par les journaux et magazines pour analyser en historien l'actualité iranienne, notamment par notre partenaire Atlantico : la guerre des drapeaux.
David Pahlavi, né en 1972, est le petit-neveu du dernier shah d'Iran. Ayant vécu en Iran jusqu'en 1982, il a connu le régime impérial avant d'être confronté à celui des mollahs qu'il a dû fuir.
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