… mais la vie continue

« L’âge Pivot ». Espoir et déception
De
Bernard Pivot
Albin Michel, 6 janvier 2021 -
220 pages -
19.90 €
Notre recommandation
2/5

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Thème

Guillaume Jurus, un éditeur à la retraite qui ressemble furieusement à Bernard Pivot, raconte sa vieillesse de privilégié entouré de quelques amis de son âge regroupés en un petit cercle baptisé le JOP (Jeunes Octogénaires Parisiens) avec lesquels il s’entretient de ses (petites) préoccupations, autour de la table d’un bon restaurant ou dans un bistrot à la mode.

Points forts

-Quelques notations fort pertinentes sur les affres du vieillissement :

La perception du temps revue et corrigée par l’âge : “ À long terme, je n'ai plus beaucoup de temps ; à court terme, j'ai tout mon temps”.

“La vivacité d’esprit s’amenuise chez celui qui a troqué l’esprit d’à-propos contre l’esprit d'escalier”.

“Vieillir, c’est effacer de plus en plus de noms sur son carnet d’adresse”.

-Un certain humour et des formules qui font mouche :

“ J’ai longtemps lu pour éditer, je lis maintenant pour méditer “.

“Si je n’écrivais pas (…) j’affronterais l’ennui, l’immobile ennui des vieillards désœuvrés”.

“ L’impertinence est une violence douce”.

“Elle me laisse fumer ? Je la laisse fulminer”.

“L’arme absolue contre la vieillesse c’est la curiosité”.

“Le retraité est un confiné rétribué”.

-Une galerie de personnages-type assez bien vus, comme nous en connaissons tous : le meilleur ami à qui l’on dit tout, la très vieille veuve d’un mari adoré, le couple feutré mais talentueux, le ménage chamailleur que la présence d’un public émoustille, le septuagénaire à l’œil vif…

Quelques réserves

- Un style assez plat, bâclé, étonnant chez un homme qui a fait sa réputation sur son amour des mots.

- L’accumulation de détails sans intérêt.

Pivot ne nous fait grâce d’aucun de ses petits bobos, ni de ceux de ses amis.  En l’absence « des quatre cavaliers de (ses) apocalypses », les CI2A (Cancer, Infarctus, AVC, Alzheimer), il consacre tout de même cinq chapitres à la santé : la prostate de l’un, les aigreurs d’estomac de l’autre, les crampes du troisième, la faiblesse auditive des autres, les pilules, les tisanes, les gouttes …  Par chance, aucun n’a attrapé le Covid, ça nous aurait fait cent pages de plus…

 - Une peur prégnante de la mort (la sienne, pas celle des autres plutôt ressentie comme un manque personnel) ; l’absence assumée de transcendance lui fait envier la sérénité de sa vieille amie qui, elle, croit en la vie éternelle : « La foi, nom de Dieu ! » (p. 142)

A noter que le 2 février dernier à 14h15, la rumeur de la mort de Pivot s’est répandue sur le Web. C’était une Fake News, on est contents pour lui.

- Une tendance exacerbée à tourner autour de son nombril : Un chapitre, d’ailleurs intitulé « Et moi, et moi, et moi… », liste ses différents Ego.

Son MOI jumeau qui rappelle à l’ordre son moi principal en cas d’erreur de jugement.

Son MOI professionnel qui « ne file plus que de la nostalgie »

Son MOI citoyen qui reste attentif à la vie politique et sociale.

Son MOI médical, le plus actif de tous, qui l’accompagne partout.

Pas de mention d’un moi altruiste.

- Reste enfin la question angoissante entre toutes : Bernard Pivot peut-il encore, « après six décennies de tagada », accomplir l’acte de chair, honorer, copuler, bref, baiser ? Ouiiii !!! Ouf, on est sauvés !  On repense à ce pauvre Romain Gary qui, en 1975, nous avait commis un méchant livre intitulé Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable pour nous expliquer sur 250 pages que, lui, ne pouvait plus… Mais cela, c’était avant le suicide du double prix Goncourt -et avant le Viagra.

Encore un mot...

Espoir et déception.

J’attendais beaucoup d’un ouvrage signé Pivot, représentant incontournable de la littérature à la télévision pendant des années. D’ailleurs, « L’âge Pivot », le jeu de mots bien trouvé du bandeau de couverture, pouvait laisser supposer une vraie réflexion philosophique sur la vieillesse, venant d’un auteur qui s’est frotté à tant de grands écrivains … Mais nous n’avons là qu’une énième forme d’autofiction, celle d’un hypocondriaque égocentrique qui aurait pu s’appeler « Tamalou ».

Une phrase

“Vieillir, c’est chiant, non pas à cause des coups durs qui abrégeront notre parcours - fatals, inévitables. Vieillir, c’est chiant à cause de tous les inconforts, les difficultés, les pépins physiques qui précèdent les coups durs. Si le bout du chemin qui mène au gouffre sentait la noisette plutôt que le camphre, vieillir serait un peu plus agréable.” (page 103)

L'auteur

« Je suis un journaliste qui écrit des livres » ainsi se définit Bernard Pivot, 85 ans et toutes ses dents. Il est trop modeste. Outre une vingtaine d’ouvrages, romans, essais et critiques, Bernard Pivot c’est, entre autres, 15 ans d’Apostrophe, 10 ans de Bouillon de Culture, 2 ans de  championnats d’orthographe et 6 ans de présidence de l’académie Goncourt.

C’est l’interviewer de Duras,  Soljenitsyne,  Yourcenar,  Lewis-Strauss, Le Clézio, Borgès et combien d’autres…

Et, pour la petite histoire, s’il refuse la légion d’honneur, il accepte en 1966 le prix de la chronique parisienne qui lui octroie son poids en champagne.

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