Mishima

La réédition d’une biographie de référence
De
John Nathan
Gallimard – Nrf biographies -
342 pages -
23 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

L’auteur japonais Yukio Mishima a marqué les esprits par son succès fulgurant, son esthétique luxuriante et morbide, son œuvre foisonnante, ses frasques exhibitionnistes, et dans les dernières années de sa vie, son engagement ultra-nationaliste, illustré par la création d’une milice privée de cent étudiants, puis par un coup d’État spectaculaire et désespéré au terme duquel il s’est donné la mort par seppuku, le 25 novembre 1970.

Deux biographies de référence ont été traduites en français sur Mishima : celle de Henry Scott-Stokes, ancien journaliste britannique en charge du bureau de Tokyo du Financial Times et du Times dans les années 1960, et celle de John Nathan, traducteur apprécié de Mishima, parue en 1974 en édition américaine, puis en 1980 chez Gallimard.

À l’occasion du cinquantenaire de la disparition de l’auteur, Gallimard réédite cette dernière en l’agrémentant d’une préface de John Nathan et d’une nouvelle traduction des extraits japonais par Dominique Palmé.

Points forts

  • Une biographie documentée par des échanges directs du biographe avec Yukio Mishima, des rencontres encouragées par sa veuve Yoko, et une lecture approfondie de son œuvre.
  • Une nouvelle traduction des citations japonaises, dont de nombreux textes inédits de Mishima, cette fois directement depuis le japonais et non l’anglais, par Dominique Palmé — également traductrice d’une réédition en 2019 de Confession d’un masque, et début 2020 de Vie à vendre, roman jusque-là inédit en France.
  • De nombreux détails éclairant l'ambiguïté de Mishima : sa demeure entièrement occidentale, peu conforme à sa défense de la culture traditionnelle japonaise, les incohérences de son argumentation en faveur du nationalisme…
  • Une admiration pour Mishima parfois plus nuancée que celle deHenry Scott-Stokes. Par exemple, John Nathan insiste sur les difficultés de Mishima dans les années 1945-1948, lorsqu’il mène de front son travail au ministère des Finances et l’écriture, dormant quatre heures par nuit, somnolant la journée, ce qui lui vaut un avertissement, et démissionnant sans filet de sécurité. Henry Scott-Stokes insistait en revanche sur le fait que Mishima réussissait à la fois au ministère et en tant qu’écrivain, publiant dans de multiples revues et gagnant suffisamment sa vie pour se consacrer entièrement à l’écriture. La vérité est sans doute entre les deux…

Quelques réserves

La thèse de John Nathan, expliquant le seppuku de Mishima par un moteur principalement érotique semble exagérée. L’acte de Mishima est d’évidence mû par une obsession nourrie depuis l’enfance pour les morts héroïques en pleine jeunesse. Mais un passage à l’acte aussi orchestré qu’un drame de Kabuki semble répondre à une visée bien plus esthétique et grandiose que l’assouvissement d’un simple fantasme sexuel : celle de faire de la vie de Mishima, et de sa mort, son œuvre ultime.

Encore un mot...

Cinquante ans après le suicide de l’auteur japonais Mishima, au terme d’un coup d’État spectaculaire et désespéré, Gallimard réédite sa biographie de référence, avec une nouvelle traduction des citations de Mishima, cette fois directement depuis le japonais.

Une phrase

- Un extrait rédigé par John Nathan (traduit de l’anglais par Tanguy Kenec’hdu) :
« Son endroit favori était un café du quartier de Ginza appelé le Brunswick. C’était un bar qui employait de jeunes serveurs forts attrayants et l’on y rencontrait une clientèle où se mêlaient bizarrement Japonais cossus, d’un certain âge, hommes d’affaires étrangers, soldats américains et Japonais interlopes. Le soir, les garçons se transformaient en vedettes du célèbre spectacle de Brunswick. L’un d’eux n’était autre que le jeune Akihiro Maruyama, alors inconnu, mais qui allait devenir une “chansonneuse” à la mode, surnommée parfois l’Edith Piaf du Japon, puis un peu plus tard, une “actrice” qui devait tenir le rôle principal dans la pièce de Mishima Le Lézard noir.
Maruyama se rappelle Mishima en ces lointaines années : “Il était pâle comme la mort, si pâle que la peau en prenait une teinte violacée. Son corps semblait flotter dans ses vêtements. Cependant, dans son narcissisme évident, il savait reconnaître la beauté quand elle lui apparaissait. Ce qu’il faut comprendre à son sujet, à cette époque, avant qu’il se mît à cultiver son corps et ainsi de suite, c’est que, quand il se regardait de ces yeux qui savaient vraiment voir la beauté, ce qu’il ne cessait de faire, il était rempli de dégoût à se voir.” »

- Autre extrait (traduit du japonais par Dominique Palmé) issu des carnets de Mishima tenus lors de l’écriture de son roman, inédit en France, La Maison de Kyoko :
« Chaque épisode progresse vers un dénouement catastrophique, tout simplement parce que j’aime par-dessus tout les catastrophes. Ce que je vais dire là semblera bien emphatique, mais quand les choses avancent ainsi, ma joie est si grande que j’ai l’impression de mettre un mors et des étriers à notre planète, de sauter en selle, et d’un coup de cravache, de la lancer à une vitesse folle à travers le vide enténébré. Et toutes les étoiles, dans leur course, m’effleurent les joues au passage…. Mais arrêtons ces insanités. Il s’agit d’un plaisir secret qu’on ne peut confier à personne. »

L'auteur

Né en 1940, John Nathan est le premier Américain admis à l’Université de Tokyo. Il est le traducteur du Marin rejeté par la mer de Yukio Mishima. Il a également traduit Abe Kobo, Kenzaburo Oe et Natsume Soseki, avant de devenir professeur de littérature japonaise à Princeton, puis de réaliser plusieurs documentaires sur le Japon. Outre cette biographie parue en 1974, il est l’auteur de monographies sur Kenzaburo Oe et Natsume Soseki.

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