MONSIEUR ROMAIN GARY : Consul général de France -1919 Outpost Drive - Los Angeles 28, California

Gary, l’étoffe des héros
De
Kerwin Spire
Gallimard, avril 2021 -
320 pages -
20 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Kerwin Spire concentre son étude sur les quatre années passées par Romain Gary à Los Angeles (1956 à 1960) en qualité de consul de France, ce vieux pays des Lumières que l’Amérique admire sans le comprendre alors que le Parti Communiste vient de pulvériser ses records aux élections nationales.

 D’emblée, le fringant consul va séduire son monde, les Français installés en Californie comme les Américains francophiles, subjugués par cet homme magnifique au physique hollywoodien, précédé par sa légende, celle d’un aviateur engagé dès les premiers jours dans l’aventure de la France libre, celle d’un auteur déjà auréolé de succès par la publication de son premier roman Education Européenne, un récit de guerre qui lui vaudra déjà un prix.

 Ses positions iconoclastes et brillantes, son physique à la Gary Cooper, son héroïsme couronné par l’admission dans le cercle très fermé des Compagnons de la libération et ses succès littéraires vont hisser le quadragénaire au faîte de la célébrité en Amérique.

 Son statut de diplomate lui laisse du temps qu’il consacre aux femmes, à l’écriture, à son métier aussi.

Travailleur acharné,  patriote engagé, séducteur infatigable, il intervient et consulte dans la crise de Suez, l’affaire algérienne et la montée du terrorisme dans le clan du FLN, assiste au triomphe de Khrouchtchev en visite d’Etat aux Etats-Unis et rédige Les Racines du Ciel  qui lui vaudra le Goncourt (1956), une allégorie qui défend la cause de l’homme et de sa liberté à travers celle des éléphants.

 Le pont est ainsi jeté entre sa vie, sa pensée politique et son œuvre littéraire et le classe dans le camp de la décolonisation raisonnable, celle que défendra son héros, le Général de Gaulle qu’il admire sans jamais solliciter de lui un statut ou une médaille, alors qu’il revient au pouvoir pendant le cours de ce mandat diplomatique auquel Gary mettra un terme pour se consacrer à l’écriture et à Jean Seberg, son nouvel amour.

Points forts

- Le sujet, Romain Gary d’abord, ce personnage si romanesque né dans la Russie des Tsars, émigré en France et digne incarnation de la méritocratie républicaine, et l’époque aussi qui autorise toutes les rencontres, vibre de créativité et d’intelligence et consacre les parcours les plus iconoclastes.

 - Un récit dense et complet qui illustre à la fois la vie des gens de plume, journalistes et écrivains, les fraternités littéraires, ainsi celles qui unissent Malraux, Camus et Gary par exemple, les inimitiés et les luttes des éditeurs, la guerre des prix -du Goncourt au Renaudot- et dans la même séquence du temps, la Guerre Froide et les combats décisifs, ainsi celui engagé contre le racisme et pour le décolonisation, les grandeurs et les vicissitudes de la diplomatie.

 - Le personnage très attachant d’Odette qui fait office de secrétaire à Outpost Drive, la résidence-bureau du consul, s’éprend de l’homme sans le contraindre et lui apporte le soutien affectif dont il est privé depuis la mort de cette mère qu’il a tant aimée et qu’elle a tant aimé.

Quelques réserves

Aucun, le récit documenté se lit bien et suscite l’attente du lecteur par une alternance habile entre toutes ces vies menées tambour battant, celle de l’écrivain, celle du diplomate, celle de l’homme d’action, pas même une lacune ou une faiblesse de style.

Encore un mot...

Il est bien question ici d’évoquer un homme vivant et son histoire personnelle sur une courte période choisie pour l’illustrer, en évitant ainsi les écueils et les longueurs d’une biographie.

L’exercice est facilité par la personnalité du sujet, un homme magnifique qui va savoir honorer la promesse faite à sa mère, celle de devenir un héros, célèbre et adulé, fut-il aussi jalousé et contesté, une promesse qui porte un nom, la Promesse de l’aube

 Si bien que l’ouvrage participe plus du roman que de la biographie, ce qui est heureux finalement, tant le personnage est lui-même romanesque.

Il faut y  voir un autre intérêt. Le livre paraît en même temps que la remarquable biographie de Paul Morand par Pauline Dreyfuss. Morand étant diplomate comme Gary et auteur à succès publié dans la même prestigieuse Maison Gallimard de la rue Sébastien Bottin, couronné lui aussi par le Goncourt, grand séducteur, amateur de femmes et collectionneur de conquêtes, les rapprochements à faire sont  nombreux, ainsi notamment pour évoquer l’ennui que ces hommes d’une exceptionnelle intelligence éprouvent dans l’exercice de leur fonction diplomatique avec néanmoins, au terme de cette comparaison et en point d’orgue un choix décisif, celui de la France libre pour l’un, dès la fin juin 1940, et de la défense acharnée du pays occupé et pour l’autre, le chemin inverse, celui de Londres à Paris, de la compromission et de la collaboration.

Une phrase

A La Paz, capitale la plus haute du monde, perchée à près de quatre mille mètres d’altitude, Gary a le sentiment de passer à côté de l’Histoire, lorsque lui parvient une enveloppe froissée, dont il extrait une lettre qu’il déplie. En lisant cette écriture serrée, aux formes élancées, l’écrivain a les larmes aux yeux.

Mon cher Romain Gary,
Votre « Les Racines du ciel », c’est un grand beau livre. En le lisant, j’ai été saisi tout de suite par le courant. Les idées, les personnages, les descriptions, le style, tout cela fait une espèce de fleuve. Je me félicite qu’il m’ait emporté.
En vous remerciant et en vous redonnant mon admiratif témoignage, je vous demande de croire, mon cher Romain Gary, à mes sentiments bien cordialement dévoués.
Charles de Gaulle.

L'auteur

Kerwin Spire est un brillant élève, diplômé des Sciences Politiques et de l’ENA. Sensible au personnage de Romain Gary, il s’est intéressé à sa pensée politique dans un ouvrage du même nom et ce avant de se lancer dans le roman biographique, très adapté au sujet.

 

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