Mythes et légendes écologistes

Pour bousculer la pensée unique sur les causes et solutions aux changements climatiques
De
Benoît Rittaud
L'Artilleur
Parution en novembre 2023
356 pages
20 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

Mathématicien et essayiste, Benoît Rittaud est depuis plusieurs années un empêcheur de penser en rond l'apocalypse climatique annoncée par experts et médias. Dans ce nouvel essai, qui fait suite à d'autres publications qui se revendiquent "climato-réalistes", l'auteur présente son analyse des mythes et légendes qui constituent les fondations, et le succès des communications alarmistes sur le réchauffement climatique, le succès de "l'écologisme" comme doctrine qu'il ne veut pas confondre avec l'écologie, comme science. Dans la première partie consacrée aux mythes,  "ces sujets auxquels il faut croire par nature ", il s'attache à déconstruire l'à priori d'infaillibilité des experts dans la forme de ce qu'il désigne comme un "cartel de recherche" international et sa conséquence, le modèle unique des causes anthropiques du réchauffement climatique. Pour cela, il s'appuie notamment sur les prédictions anciennes des experts qui se sont trompés (dans les années 1970, il était annoncé une nouvelle ère glaciaire), l'analyse de symptômes considérés comme incontestables - comme la fonte des glaces et l'accroissement des feux de forêts. 

Dans la seconde partie, il étudie les "légendes" - on les connait mais on n'y adhère pas forcément - parmi lesquelles le recyclage laïc de l'apocalypse, l'engloutissement des îles, ou encore le syndrome du colibri, qui veut seul éteindre un incendie car il est plus important de participer au combat que ne pas le faire. 

Que ces idées choquent ou séduisent, elles visent, selon l'auteur, à conserver un débat pluriel sur les questions climatiques et les solutions à y apporter, dont la décroissance et le retour à un "état de nature" fantasmé ne lui semblent pas les seules à mériter l'attention du public, des décideurs, et des scientifiques.

Points forts

Tout simplement, des informations qui sont peu exposées dans les débats publics, pour cause de "déviance", voire d'hérésie. 

Parmi d'autres :

  • les prévisions apocalyptiques des experts (ONF, IGN, ONU…) dans les années 70 : plus d'eau, trop d'eau, la disparition des forêts, un nouvel âge glaciaire. Sur ces points, pas de désinformation, elles sont dans le domaine public.
  • Les méga feux : 96 % des incendies de forêt sont provoqués par l'homme et non par le climat - négligences, incendies volontaires, mauvais entretien des sols. Présentés comme catastrophiques aujourd'hui, ils sont un élément nécessaire de la régénération des sols et du couvert végétal, pour autant que l'homme n'ait pas mis son emprise sur des zones à risque.
  • La fonte de la banquise, qui à l'échelle des temps géologiques n'est pas nouvelle, et n'a pas fait disparaître les ours blancs.
  • La mise au banc, ou le refus de citation des scientifiques qui exposent des idées non "orthodoxes", comme les études menées par Cortillot, Le Mouël et Lopes, sur les interactions gravitationnelles entre soleil, planètes et climats (anciens et actuels), jugées irrecevables, car émises par des "non climatologues". A ceci près, sans que cette théorie vise à effacer l'autre, que les trois auteurs sont membres des plus grands organismes de recherche français. Des travaux, parmi d'autres que l'auteur dénonce comme non publiés dans les médias où ils pourraient contribuer à enrichir le débat, et non à le remettre en cause. 

Un intéressant chapitre est également consacré à l’ostracisation des certains chercheurs dans les médias, à la transformation des pages de l'encyclopédie collaborative Wikipédia, concernant ces auteurs et scientifiques considérés comme climato sceptiques, et dénoncés comme tels dans des biographies sur lesquelles ils ne peuvent intervenir. Un autre chapitre intéressant porte sur le concept de "cartel de recherche", dont les mécanismes sont exposés, et dont la finalité est d'exclure du débat toute pensée déviante. Cette analyse est à mettre en perspective avec le souhait récent de certains députés français d'interdire l'expression médiatique d'opinions contraires aux théories climatiques du Giec. 

Dernière observation, les sources bibliographiques sont nombreuses et détaillées.

Quelques réserves

Je n'ai pas souscrit au raisonnement de l'approche "d'Ur fascisme", une méthode d'analyse  "du fascisme primitif et éternel", inspirée d'un essai éponyme d'Umberto Ecco ; il présente les étapes de constitution d'une méthode de domination de la pensée, qui conduit à l'acceptation d'une pensée unique produite par une élite d'initiés. Visée, évidemment, la cause anthropique du réchauffement climatique.

L'analyse est donc, malgré cette réserve, intéressante, les exemples bien choisis ou plus modestement - interpellant -, pour autant que l'on conserve un peu d'esprit critique sur le sujet.

Encore un mot...

 

Une des vertus de cet essai est d'inviter à prendre du recul par rapport au discours dominant, sans pour autant remettre en cause la nécessité de s'adapter au réchauffement climatique qui ne fait, dans ces pages, l'objet d'aucune contestation. 

Benoît Rittaud ne défend pas exactement l'anti thèse des causes du réchauffement climatique, mais le droit de challenger le modèle dominant. Il exprime la volonté, fort peu relayée, d'une analyse plurielle de ses causes et des solutions. "L'invisibilisation de la dissidence”, telle qu'elle est dénoncée dans l'essai, est un bon sujet de réflexion quand on conserve, en toute chose, un esprit critique et démocratique.

Pour les habitués du domaine, la science avance à coup de thèses et d'antithèses. Bien documenté aussi bien qu'écrit, cet essai contribue à montrer qu'en matière de réflexion et de lutte contre le réchauffement climatique, la contradiction et la controverse sont devenues causes d'excommunication et de lynchage médiatique. Est-ce normal ? Si cette synthèse peut choquer quelques esprits militants convaincus, elle ne vise qu'à montrer qu'en matière de conscience environnementale, "qui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un son". On peut ne pas adhérer au terme, mais quand même se poser des questions.

Cet ouvrage se conclut sur un envoi, hommage à Condorcet pour son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain écrit en 1793. Sans qu'il soit nécessaire d'adhérer à tout son propos, cet essai témoigne de la volonté de faire de la science écologique un terrain fertile de débats contradictoires, et de la confiance dans le progrès, moteur plus puissant que la peur, l'angoisse et l'émotion pour apporter des solutions aux changements climatiques observés depuis plusieurs années.

Une phrase

  • "Si vraiment les choses vont de mal en pis, quelle époque du passé peut-on considérer comme meilleure? Voilà bien une question qui, s'agissant des craintes écologistes, ne reçoit jamais de véritable réponse. Et pour cause, pourrait-on se contenter de dire : il n'existe pas d'époque passée qui puisse prétendre au rôle de paradis écologique désirable. La date précédant le début de la révolution industrielle est parfois indirectement avancée, mais il est peu probable que beaucoup souhaitent pour de bon vivre dans les conditions dans lesquelles notre espèce a vécu auparavant. Pas plus le milieu du XIX° siècle que n'importe quelle autre époque ne dispose de beaucoup d'atouts en ce sens, et il apparaît vite que les inconvénients de chacune d'elles dépassent de loin ses quelques avantages éventuels." P 191
  • "Si les effondrements prophétisés par tant de faux devins sont mensongers, si la tendance historique a toujours été à l'amélioration de la condition humaine, si chaque avancée de l'esprit s'est invariablement révélée un pas sans retour sur le chemin du progrès, comment alors ne pas en induire qu'il en ira de même pour les siècles qui nous attendent ? Semant les graines d'une irrésistible confiance en l'avenir, Condorcet nous fait ainsi voir où trouver le véritable âge d'or de l'humanité: non pas en une époque à jamais enterrée dans un passé révolu ou mythique, mais en un destin qui, pierre après pierre, découverte après découverte, se construit pour s'installer pour toujours à la surface du monde, car « la nature n'a mis aucun terme à nos espérances »”. P. 202

L'auteur

Benoît Rittaud est mathématicien, enseignant, chercheur au sein de l'Institut Galilée, à l'Université Paris 13. Engagé dans la vulgarisation scientifique depuis une quinzaine d'années, il gère la page d'actualités mathématiques de la revue La Recherche, effectue des "promenades mathématiques" dans des établissements scolaires, musées et instituts. Essayiste, il est auteur de plusieurs essais sur les mathématiques, et depuis les années 2010, sur le changement climatique. Benoît Rittaud préside l'association des climato-réalistes, qui a pour objet " de promouvoir un débat ouvert et libre sur l’évolution du climat et les questions sociétales et environnementales qui s’y rapportent."

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