Série Homo Ludens : Michel Serres, Mes profs de gym m'ont appris à penser. Yves Coppens, Le sport fait-il évoluer l'humanité. Joël de Rosnay, La Vague, métaphore de la vie

Trois savants, un philosophe, un paléontologue, un scientifique, éclairent de leur regard le rapport de l'homme au sport. Une mise en perspective enrichissante !
De
Entretiens réalisés par François L'Yvonnet
Ed. Insep-Cherche Midi septembre, novembre 2020 -
70 à 90 pages l'exemplaire, 10 € pièce
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

La collection Homo Ludens, 5 essais parus fin 2020, associe l'Institut National du Sport et les Editions du Cherche Midi. Elle est composée d'entretiens avec des personnalités interviewées non en tant que sportifs mais pour leur intérêt pour la question des relations entre homme, sport et société, sous le titre "Le sport en jeu".

Dans ces trois petits livres, trois grands témoins, Michel Serres, philosophe des sciences, Yves Coppens, paléontologue et anthropologue et Joël de Rosnay, scientifique, prospectiviste et vulgarisateur, répondent aux questions du philosophe François L'Yvonnet.

En bref, Michel Serres développe ses idées autour de l'intelligence du corps et du geste, de l'inné et de l'acquis, de l'individuel et du collectif (supporters, équipes, nation). Yves Coppens évoque les évolutions de l'espèce humaine, les notions de sélection par la compétition, de performance et de limites. Joël de Rosnay, fidèle à son approche "systémique", évoque, outre sa relation personnelle aux sports de glisse, la découverte progressive en science, des équilibres entre qualité de vie, modes de vie et santé - plus particulièrement sous l'angle de la relation/interactions du génome humain avec son environnement - la fameuse épigénétique.

Points forts

1. Des petits essais faciles à lire, sans jargon, qui permettent en quelques dizaines de pages, de faire le pont entre une grande spécialité scientifique et la relation des individus à la pratique sportive. Les angles sont variés : celui de l'évolution, celui de la biologie, celui de la sociologie et de la philosophie.

2. Ils permettent aussi de découvrir une facette méconnue d'une personnalité, dont l'intelligence et l'expertise sont focalisées sur cette question toute simple des liens conscients et inconscients  de "l'Homme" avec la pratique sportive.

Quelques réserves

Les questions de François L'Yvonnet sont pertinentes, et sans doute du niveau de ses interlocuteurs. Elles paraissent par moment "hors sol", et un peu déconnectées du propos précédent.

Encore un mot...

Initiative intéressante que ces petits entretiens, facile à lire en nomade, plaisants par leur ton positif. Coppens, Serres, de Rosnay, savent de quoi ils parlent lorsqu'ils évoquent une pratique sportive ou "physique", qui va de la mer à la montagne et sur les chemins arides de l'Afrique. Cette mise en perspective de leurs connaissances est tout simplement enrichissante quand elle montre en quoi ces sciences si complexes éclairent la plus populaire des pratiques individuelles et collectives : le sport à tous les âges et dans tous ses états.

Deux entretiens complètent cette série : Edgar Morin, Le sport porte en lui le tout de la société et Pascal Picq, Chez les chimpanzés, il n'y a pas besoin d'arbitre !

Une phrase

Michel Serres, Mes profs de gym m'ont appris à penser
"La main par exemple a des fonctions multiples. Une cellule souche a toutes les fonctions et n'est spécialisée que parce qu'elle inhibe toutes les autres. A cet égard, le corps est souche. Il est support dans la mesure où on peut "écrire" sur lui n'importe quoi, on peut le rendre spécialiste de n'importe quoi. Le corps humain peut devenir celui du matelot, du charpentier ou du chirurgien. C'est comme une page blanche sur laquelle je peux écrire toutes sortes de textes.  P 30

Yves Coppens, Le sport fait-il évoluer l'humanité ?
"La compétition, qui peut devenir une lutte voire une guerre, est inhérente à la nature, non pas humaine, mais de l'être vivant en général. Si, dans un écosystème, il y a des dominants, ce n'est pas pour rien. Aussitôt qu'on installe un enfant dans une cour de récréation, il y en a un, très vite, qui va dominer les autres. D'un côté, c'est bien d'essayer de réduire cette domination par la culture. [….mais…] je ne suis pas gêné par le fait qu'une émulation se transforme en compétition. " P 50

Joël de Rosnay, La Vague, métaphore de la vie
"Définissons la santé. Claude Bernard, en évoquant le milieu vivant, parlait de l'homéostasie du corps - du grec Homoios, qui veut dire "même", et stasis, qui signifie rester droit. Toutes les molécules, tous les atomes de mon corps se renouvellent constamment, pourtant je demeure le même. Un programme, notamment génétique, fait de moi ce que je suis. Mais en même temps, une forme de résilience me permet de maintenir mon homéostasie dynamique. Car si l'on demeure le même de manière statique, on meurt. Comme les surfeurs, il faut toujours être en déséquilibre contrôlé. […] Ainsi l'homéostasie ne veut pas dire rester le même, mais rester le même tout en changeant. Là est la force, et par là même, la définition de la santé" P 20/21

L'auteur

Philosophe et historien des sciences, Michel Serres est décédé en juin 2019. Ancien de l'Ecole Navale, il devient professeur de philosophie et s'intéresse autant aux sciences (dures maths, physique…) que sociales. Cela lui permettra de devenir un expert en épistémologie, c'est-à-dire dans l'étude de la connaissance, de sa genèse, de ses conditions de développement. Ses écrits sont extrêmement nombreux, marqués vers la fin de sa longue carrière par le souci de la vulgarisation, qui fera de lui un habitué des médias (conseiller scientifique de la 5, nombreuses tribunes à la radio et dans la presse écrite).  La liste de ses distinctions et de ses prix est longue, tout comme son attachement à la pratique sportive, dont la marche, l'escalade et le rugby.

Yves Coppens est paléontologue et anthropologue, professeur, notamment au Collège de France. Il est connu pour avoir co-découvert en 1974 une ancêtre de l'homme, l'australopithèque Lucy, premier squelette découvert à l'époque suffisamment bien conservé pour permettre d'affiner les études sur les origines de l'homme moderne. Il est l’auteur d'une thèse sur les origines de la bipédie de l'espèce humaine, liée à l'évolution des conditions environnementales dans le monde. Ses publications et ses prix internationaux sont très nombreux, faisant de lui une des personnalités françaises les plus connues quand on évoque nos origines.

Joël de Rosnay est un scientifique spécialisé dans la chimie organique. Père de l'écrivaine Tatiana de Rosnay, il est aussi le premier champion de France de Surf, en 1960. Fervent vulgarisateur, dirigeant de société, ancien conseiller du Directeur de l'Institut Pasteur, cette homme "inclassable" s'intéresse autant aux sciences du vivant qu'aux développements des nouvelles technologies, et s'est fait l'ambassadeur des connaissances sur les relations entre organismes et environnement (l'épigénétique), l'organisation des systèmes techniques et organiques et leurs interactions (la systémique). Il a écrit de nombreux ouvrages, reçu de nombreux prix (de l'Académie des Sciences entre autres) et est un promoteur d'un bien être durable fondé sur une relation harmonieuse entre corps, esprit et mode de vie.

François L'Yvonnet est professeur de philosophie, membre de plusieurs chaires, à l'ESSEC, à la Maison des Sciences de l'homme. Il a publié de nombreux travaux et essais (dont deux sur Simone Weil), mené et publié de multiples entretiens avec des personnalités  des sciences sociales, des sciences, de la culture.

Le clin d'œil d'un libraire

Librairie Delamain, la main dans la main depuis 3 siècles

Entrez avec nous chez Delamain, s’il vous plait. Découvrez les trésors de cette librairie exceptionnelle ;  primo, parce que c’est la plus ancienne de Paris (1708), secundo, parce que les lecteurs les plus  exigeants et cultivés de la capitale s’y pressent : abonnés et artistes de la Comédie Française, conseillers au Ministère de la Culture juste en face, visiteurs du Musée des Arts déco de l’autre côté de la rue de Rivoli, et les amoureux du Louvre bien sûr ; tertio, parce que vous entrez chez feu Jacques Chardonne,  de son vrai nom Jacques Boutelleau, qui a repris ce vénérable temple de la culture aux côtés de Maurice Delamain en 1920 et, non solo sed etiam, parce que l’achalandage mixte réuni ici est unique dans le monde de la  librairie : les livres anciens les plus précieux côtoient les dernières éditions de la littérature, de la philosophie et des sciences humaines. Ils vous sont proposés et commentés par 8 libraires qui vous prennent par la main dans un décor de rêve propice à la réflexion.

Jonathan Camus, au passage, nous recommande La vengeance m’appartient, le dernier livre de Marie Ndyaye (bientôt chroniqué sur Culture-Tops) ; La Familia Grande (de Camille Kouchner), un peu comme tout le monde en ce moment, mais surtout un Julien Gracq original, Noeuds de vie (chroniqué cette semaine sur Culture-Tops), recueil de textes inédits paru aux éditions Corti, une ode à la littérature vraie, d’une exigence stylistique absolue. Laissez conduire vos pas vers le Palais Royal pour tendre la main (pardon, le coude) à Delamain, qui a dû fermer 4 mois, cumulant la Covid et des travaux de rénovation saluant l’entrée de la librairie dans la grande famille Gallimard. Effet vitrine garanti.

Delamain, 155 rue Saint-Honoré 75001, métro Palais Royal ou Louvre

Texte et interview réalisés par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture-Tops.

multiples entretiens avec des personnalités  des sciences sociales, des sciences, de la culture.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.