Souvenirs d'une ambassade à Berlin

Une réédition opportune
De
André-François Poncet
Editions Perrin
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Ces souvenirs sont en fait un témoignage extraordinaire sur une période souvent oubliée au profit des années de guerre qui suivirent. 1931 à 1938, ce sont les années de la chute de la République de Weimar, de l’avènement du IIIème Reich et de celui d’Hitler. Outres les faits historiques, racontés par un auteur qui les a vus et les a vécus d’une façon extrêmement privilégiée en tant qu’ambassadeur ayant accès aux plus hautes autorités germaniques de la période, on découvre la façon dont le peuple allemand va peu à peu, découvrir, puis écouter, et enfin placer sur la plus haute marche du pouvoir cet exceptionnel tyran du XXème siècle. André François-Poncet, car c’est un fin psychologue, dépasse la simple observation pour analyser l’homme « Hitler » dans son comportement, ses réactions, ses peurs, ses audaces, ses outrances et son jeu machiavélique, notamment avec son entourage immédiat qu’il manipule sans cesse. Analyse qui porte également sur le comportement des autorités européennes, qui seront mises dans des situations de faits accomplis savamment construites. 

André François-Poncet  présente l’idéologie hitlérienne, exposée dans Mein Kampf, mais avec un regard précis sur le caractère, agité, imprévisible ou…apathique d’Hitler, et détaille la mécanique de l’homme depuis son apparition jusqu’à son règne de dictateur. 

Bien entendu, les événements de la vie politique et militaire en Allemagne tout comme l’incidence pour Hitler de ceux se déroulant en Europe et en France en même temps, notre ambassadeur ne manquant pas d’en noter et d’en commenter, pour son gouvernement, les moindres détails.

C'est toute la vie de la société allemande, de 1931 à 1938, qui est racontée là, avec les conséquences de la crise de 1930, la fin de la République de Weimar, l’installation du IIIèmeReich, la reconstitution de l’armée allemande, les fêtes nazies et les jeux olympiques de 36,  Munich et le chemin vers la guerre. 

C’est une analyse détaillée et commentée du comportement du dictateur, de son entourage et du peuple allemand tout entier.

Sans oublier, bien entendu,  le cynisme d’Hitler lors de l’incendie du Reichstag, la nuit des longs couteaux, l’assassinat de Dollfuss, le testament de Hindenburg. Avec, également, les réactions et les contre-réactions, à cette période  de l’histoire, des gouvernements français, anglais, italien, et autrichien, principalement. 

Points forts

Tout d’abord cette réédition de l’ouvrage (édité à l’origine en 1947) est la meilleure opportunité pour nous faire entrer, après les innombrables écrits entourant la guerre de de 39-45, dans l’intimité d’une période dont on connaît les grandes lignes et la notoriété de ses « héros », sans connaître véritablement le cheminement de ces hommes qui en furent les acteurs majeurs, pour précipiter nos nations vers l’enfer. 

L’auteur nous fait découvrir les méandres mentaux d’Hitler et de ses « hommes ». On découvre de façon précise et documentée des démarches qui sont à la fois inimaginables mais qui se sont le plus souvent déroulées de façon tout autant limpides qu’effroyables. 

Seul un personnage extérieur et observateur avisé, comme le fut André François-Poncet, peut nous conduire dans ce théâtre sordide du XXème siècle. Il le fait très bien, car il ne sombre jamais dans un constat qui pourrait être facile. Il met en exergue les cohérences de la démarche d’Hitler durant ces années, avec ce mode opératoire bien à lui, qui consistait à mettre l’autre en difficulté pour qu’il réagisse, et provoquer ainsi une réplique dramatique. La logique du Führer est  démontée, tout comme la myopie des gouvernements européens, français notamment, sous-tendue par un pacifisme effréné ou par une naïveté tragique, ou encore par une priorité toute dédiée à la politique intérieure. 

On comprend bien comment l’inacceptabilité du traité de Versailles fut l’un des ressorts originels du Führer, tout comme cet inexorable besoin de donner à l’Allemagne un rayonnement dominateur, fondé sur une organisation « métrique », mettant en ligne tout un peuple pour asseoir un pouvoir qu’il voulait immense et sans limite; et ceci sans la moindre compassion face à l’atrocité de ses méthodes.

Quelques réserves

Je n'en vois.

Une phrase

- « ... L’Allemagne ne veut pas la guerre. L’amour que nous portons à notre propre peuple nous fait respecter le droit des autres nationalités… nous ne songeons pas à germaniser ceux qui ne sont pas allemands… un traité de paix ne doit pas ouvrir des plaies, mais les fermer… ». Adolphe Hitler (mai 1932).

- « … Son talent (de ce que perçoit Hitler de la société allemande en 1930), c’est d’en avoir retenu ce qui pouvait être retenu par une cervelle populaire, de les avoirs relié les uns aux autres par une apparence de logique, et de les avoir présenté sous une forme simpliste et vivante, accessible aux intelligences élémentaires. Son talent oratoire, hors du commun, sa capacité à fasciner les foules font le reste » André François-Poncet (1934).

- « Le talent d’Hitler est d’être sorti des limites d’une secte et d’avoir su capter l’adhésion de larges secteurs de la masse allemande à ce nietzschéisme rudimentaire » Jean-Paul Bled.

L'auteur

 

André-François Poncet était agrégé d’allemand. Blessé en 1917, il fut affecté au service de renseignement, à Berne. Devenu journaliste après la guerre, il fut élu député en 1924, sur la liste de Paul Reynaud. Après un passage au gouvernement comme Sous-Secrétaire d’Etat en 1928, il est nommé ambassadeur de France à Berlin, en 1931; il y restera jusqu'en 1938. Après Berlin, il fut ambassadeur à Rome jusqu’en 1940, puis interné par la Gestapo, durant deux ans au Tyrol (1943-1945). Après la guerre il fut Haut-commissaire de la zone d’occupation française en Allemagne, puis premier ambassadeur de France en RFA, en 1955. 

Après sa carrière diplomatique, il sera nommé Président de la Croix Rouge Française. 

André François-Poncet est l’auteur d’une œuvre considérable, très influencée par le déroulement d’une vie, à une période exceptionnelle de l’histoire du XXème siècle : La "France et les Huit Heures" (1922). "La Vie et l'Œuvre de Robert Pinot" (1927). "Souvenirs d'une ambassade à Berlin, septembre 1931-octobre 1938" (1947). "De Versailles à Potsdam". "La France et le problème allemand contemporain, 1919-1945" (1948). "Carnets d'un captif" (1952). "Au palais Farnèse. Souvenir d’une ambassade à Rome 1938-1940"(1961). "Au fil des jours, propos d'un libéral 1942-1965. Stendhal en Allemagne" (1967). 

André François-Poncet a été élu à l’Académie Française, en 1952, au siège… du Maréchal Pétain. 

Il est le père de Jean François-Poncet, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Raymond Barre. 

"Souvenir d’une Ambassade à Berlin" est réédité aujourd’hui, avec une préface et les notes de Jean-Paul Bled, l’un des meilleurs spécialistes français de l’Allemagne et de l’Autriche Hongrie; son ouvrage "Les Hommes d’Hitler" étant, à cet égard, exemplaire. 

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.