Une affaire d'Etat, la tentative de sabordage du Nucléaire français

Une enquête approfondie, des constats qui fâchent !
De
Bernard Accoyer et Chantal Didier
Ed Hugo Doc
27 janvier 2022
232 pages
16,95 €
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4/5

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La filière nucléaire française, créée au lendemain du premier choc pétrolier des années 1970, a doté la France de moyens de production d'électricité très importants. Cette filière, qui a pourtant été un fleuron du savoir-faire français dans le monde, qui permet aux Français de payer le KWH le moins cher d'Europe, qui n'émet que 6 à 10 gr de carbone par KWh produit (contre 1000 gr pour les centrales à charbon et environ 500 gr pour les centrales au gaz,), n'a de cesse d'être remise en cause depuis 30 ans. Bernard Accoyer, médecin, député et ancien Président de l'Assemblée Nationale, présente dans cet essai la lente dégradation des moyens en recherche et investissements, au nom d'une idéologie anti nucléaire empruntée à l'écologie politique des années 70. Et attisée par l'anti nucléarisme allemand, et quelques autres probables industriels et politiques, qui vendent du gaz, des éoliennes, des panneaux solaires, et des centrales nucléaires - Russie, Chine et Etats Unis.

La France ne perd-elle pas la tête en acceptant de diminuer la part de l'électricité de source nucléaire, peu chère à produire et très bas carbone, pour un mix énergétique prétendument vertueux, subventionnant l'électricité éolienne et solaire, induisant le recours à ces centrales thermiques quand il n'y a ni vent ni soleil ? Sans renier la nécessité de la diversification des sources de production d'électricité et de maîtrise du réchauffement climatique, la démonstration de cet entêtement idéologique à "sortir du nucléaire", la dénonciation de cette absurdité technologique, économique et commerciale sont l'objet de cet essai.

Points forts

Cet essai aborde la question de l'avenir de la filière nucléaire française sous des angles très variés, en croisant chiffres, faits, acteurs, opposants, organismes publics et autres innombrables cercles d'influences et de décision, dans le temps relativement long de ces 50 dernières années.

S'il évoque le terme de sabordage, c'est devant son incompréhension à voir reconnaître par une partie influente de la classe politique française et européenne, par des ONG ultra militantes, l'évidence des chiffres qui attestent que la transition énergétique - le fameux "Mix" entre énergies renouvelables et non renouvelables, pilotables ou non pilotables-  ne pourra se faire sans un soutien ou un recours massif au nucléaire.

Il aborde des chiffres bien rarement cités (pourquoi ?) dans les médias, comme l'indépendance française en matière de production d'électricité grâce au nucléaire, son faible coût (un des plus bas d'Europe), son bilan carbone, (le meilleur du G7), la nécessité prochaine d'acheter de l'électricité à l'étranger du fait de la diminution des capacités de production nucléaire, la situation invraisemblable qui impose à EDF de vendre son énergie nucléaire à 40 € et d'acheter la production éolienne à près de 400.

Il décortique des études à charge contre le nucléaire (une étude de l'ONG Négawatt en particulier), dénonce les dégâts environnementaux masqués par le discours officiel, liés à l'extraction des terres rares et la problématique du recyclage des déchets des industries éolienne et solaire, analyse les conséquences sociales de la sobriété énergétique promue par certaines ONG  - une liste à la Prévert (mais apparemment authentique) à parcourir aux pages 125 à 130 !

Autre marque d'intérêt, la dénonciation des complicités "antinucléaires" au sein des organismes publics, cercles gouvernementaux, ONG nationales et internationales que Bernard Accoyer analyse comme un véritable complot pour le démantèlement de la filière. Ces conflits d'intérêt sont également dénoncés pour la classe politique, citant le "reclassement"  des Gerhard Schröder, Wolfgang Schüssel (ex chanceliers d'Allemagne et d'Autriche) et de François Fillon, aux conseils d'administration de groupes pétroliers ou gazier détenus par l'Etat Russe - fournisseur de Gaz pour les centrales qu'il faudra construire si la production d'électricité nucléaire est remise en cause…

A noter enfin que cet essai n'est nullement un plaidoyer contre les énergies vertes ni une remise en cause de la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. Il entend convaincre qu'écarter le recours au nucléaire tient de l'idéologie et non d'un chemin rationnel pour arriver à des résultats crédibles et durables dans ces domaines.

Quelques réserves

Peu de réserve sur cet essai très didactique. On pourra contester les chiffres. Ceux-là semblent assez incontestables si l'on abandonne tout parti pris idéologique. Même le GIEC et l'Agence Internationale de l'Energie affirment que le nucléaire est la source de production d'énergie la moins émettrice de CO² et que le ralentissement du réchauffement climatique ne pourra être possible sans lui.

Encore un mot...

A n'en pas douter, Bernard Accoyer, dans cet essai, assène des vérités qui fâchent. La plus simple à retenir est qu'il ne lui semble pas possible, au risque de tromper l'opinion, de fragiliser réseau et distribution d'électricité et en augmenter fortement le prix, d'améliorer le bilan carbone de la France et lutter efficacement contre le réchauffement climatique sans maintenir dans le mix énergétique une part majoritaire de production nucléaire.

Devant le discours qu'il dénonce comme univoque, incantatoire et idéologique des antinucléaires, il entend défendre ce qui a été considéré pendant des décennies comme un avantage concurrentiel de la France, tant pour la fourniture d'une énergie à bas prix et bas carbone que pour le développement d'une filière industrielle que l'on semble abandonner -au mépris des chiffres et des ressources nationales- à la Chine, la Russie et les Etats Unis. Cet essai résonne comme un "j'accuse" et appelle la classe politique (d'Emmanuel Macron aux candidats déclarés à la Présidentielle) à un sursaut … de bon sens - lequel, vous le savez, n'est pas toujours le mieux partagé !

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Une phrase

"Dans ces pages, nous avons cherché quand, comment, avec quels acteurs et quels relais la politique énergétique nucléaire de la France a été critiquée, remise en cause, dévitalisée. Jusqu'à en compromettre l'efficacité, laisser flamber les prix de l'électricité, obérer l'indépendance nationale.
Le constat s'impose : les conséquences présentes, et plus encore à venir, menacent.
Ce que nous avons découvert s'inscrit dans un laisser faire bien français. Il a permis à des individus ou à des groupes organisés d'imposer leur opinion et d'influer sur les grandes orientations énergétiques de la France." P8

"Le consommateur et le contribuable doivent prendre conscience que cette électricité éolienne et photovoltaïque coûte cher. A la production puisque son coût s'établit entre 90 et 200 € le MWh, soit entre 2 et 5 fois plus que le nucléaire." P 28

"Sans construction de nouveaux moyens pilotables et/ou sans développement de flexibilités supplémentaires (expression technocratique désignant les baisses de consommation acceptées par contrats d'effacement ou imposées par des coupures tournantes et autres délestages, la France sera contrainte d'acheter de l'électricité à ses voisins. Autrement dit, du courant allemand issu du charbon, du lignite et du gaz." P 51

"Si les antinucléaires insistent lourdement sur la question des déchets radioactifs, ils manifestent une discrétion fuyante sur le démantèlement des éoliennes […] une masse évaluée à  16.000 tonnes par an. Mais il n'existe pas de solution "écologique" pour recycler ces énormes quantités de matériaux. " P 66

"Selon les calculs incontestables de l'éminent physicien Hervé Nifenecker, si tous les pays avaient eu les mêmes émissions de CO² ramenées au PIB de la France, les 32 milliards de tonnes de CO² émises dans le monde chaque année auraient été réduites de trois quart. Un niveau qui aurait été conforme aux recommandations du GIEC pour contenir la hausse des températures à 1,5° en 2100. " P 106

"… il n'a jamais été question pour personne que le nucléaire représente 100% du mix électrique et que notre électricité ne dépende que d'une seule source. Le mix diversifié de la France est une chance qui lui fait éviter  l'émission de milliards de tonnes de CO² avec une expérience de 2000 années-réacteurs sans incidents grave […] la décision de réduire la part  du nucléaire de 70 à 50% dans notre mix n'a aucun fondement scientifique ni économique ; elle est purement idéologique, poussée par des antinucléaires qui relaient le lobby hyper puissant des industriels des énergies renouvelables." P 174

L'auteur

Médecin de formation, Bernard Accoyer est un homme politique français, ancien député de Haute Savoie, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, qu'il a présidé de 2007 à 2012. Ancien Maire d'Annecy le Vieux et actuel Premier VP de la communauté d'agglomération d'Annecy, ce passionné de sciences a beaucoup publié en matière médicale, et au fil de sa carrière politique, écrit plusieurs ouvrages - un sur l'énergie avec Jean Louis Borloo, ou encore sur la constitution et les questions mémorielles.

Chantal Didier, docteur en sciences politiques, est journaliste. Longtemps collaboratrice du quotidien L'Est Républicain, elle a présidé l'association de la presse ministérielle et en est aujourd'hui la Vice Présidente.

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