Une histoire d’amour et de violence
Parution le 30 avril 2026
240 pages
20,50 euros
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Thème
Olivier Bourdeaut a connu un succès fulgurant avec la parution de son premier roman En attendant Bojangles. Il passe à la Grande Librairie - adoubement suprême pour un écrivain - et obtient la reconnaissance de ses pairs mais mieux encore, de son père. Son père, qui décline de jour en jour tandis que lui, le fils, est en pleine ascension.
Olivier Bourdeaut, désigné par sa fratrie pour prononcer l’éloge funèbre, se remémore son enfance maltraitée par un paternel qui a pour principale activité de “[le] gifler en [lui] demandant de travailler”(p.24). Un père comme une menace au sein de son propre foyer: son odeur, mélange de tabac et d’eau de Cologne, accompagnée du tintement des glaçons dans son verre d’alcool annonçant immanquablement les brimades à venir et provoquant une angoisse épouvantable pour l’auteur. Un père si violent et inattendu qu’il est capable de s’arracher les dents lui-même avec un couteau Laguiole (!).
Un récit autobiographique qui réussit le tour de force d’osciller entre humour et émotion.
Points forts
- L’analyse amusée d’Olivier Bourdeaut sur le succès qu’il a connu avec En attendant Bojangles et qui lui confère un statut social. Aux yeux de son père, il n’est plus l’enfant en échec scolaire et sans confiance en lui, il pourrait enfin s’autoriser à s’affranchir du syndrome du mauvais élève qui le poursuit. Alors que son livre connaît un succès incroyable et que ça femme est enceinte de leur premier enfant, on pourrait croire que tout lui sourit, et pourtant Olivier Bourdeaut plonge dans une profonde dépression. Ce mal-être l’invite à se questionner: Et s’il devenait comme son père ? Que serait-il devenu si son père avait été différent? Écrire comme une urgente thérapie pour prendre de la distance et ne pas reproduire le schéma.
- Un contraste saisissant entre une écriture joyeuse et enjouée et la tristesse assourdissante de ce qu’il a vécu: un père extrêmement maltraitant tant physiquement que verbalement, “l’ennemi de [sa] vie” (p.147).
- Une belle analyse sur la position de victime et sur le fait de rester fidèle à son bourreau: “je ne me posais pas de questions, on n’interroge pas la banalité du quotidien, on la subit, c’est dur mais c’est ainsi.” (p 93). Quelle complexité des sentiments!
Quelques réserves
J’ai été surprise d’apprécier autant un livre au sujet d’un père maltraitant. L’amour et la violence est le titre d’une chanson de Sébastien Tellier. J’ai du mal à concevoir ces deux mots ensemble. Olivier Bourdeaut dit pourtant aimer son père, page 112: “J’ai toujours aimé cet homme. Même quand je voulais le tuer, je l’aimais.”
Encore un mot...
En attendant Bojangles a connu un succès incroyable pour un premier roman: grand prix RTL Lire, prix France télévision Roman, Prix roman des étudiants France Culture Télérama… 300 000 exemplaires vendus, traduction dans 22 langues.
En 2021, le roman est adapté au cinéma par Régis Roinsart, les personnages sont incarnés par Virginie Efira et Romain Duris, rien que ça! On sourit en se remémorant ce couple amoureux, extravagant et poétique maintenant que l’on connaît les dessous de l’histoire familiale de son auteur.
Une phrase
“Ce n'est pas rien d'enterrer son père. À la fois, je veux le pleurer, mais aussi m'assurer qu'il va être définitivement enterré, que toute cette histoire est bien terminée, qu'il ne va pas se reconstituer et sortir de ce trou pour m'engueuler, me demander de me mettre à genoux ou quelque chose dans ce genre-là.” P. 34
L'auteur
Né à Nantes en 1980, Olivier Bourdeaut a exercé plusieurs métiers: agent immobilier, cueilleur de sel, chasseur de termites... avant de se lancer dans l’écriture.
Après En attendant Bojangles en 2016, il publie Pactum Salis (2018), Florida (2021) et La tête à l'envers (2026).
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