In violentia veritas
Texte lu par Catherine Girard
Durée 8 h 25
22,95 Euros en téléchargement
(Edition brochée, première parution en août 2025 chez Grasset 352 pages)
Infos & réservation
Thème
Ce récit s’inscrit à la croisée de l’enquête familiale, de l’introspection et de la reconstitution historique. Catherine Girard interroge l’histoire de son père, inculpé du triple meurtre au château d’Escoire le 24 octobre 1941 de son père, de sa tante et de la servante, lui seul étant rescapé. Il deviendra Georges Arnaud, écrivain au succès mondial dont l’adaptation de son roman Le Salaire de la peur finira couronné à Cannes. Acquitté en 1943, il a pourtant confié à sa fille, lorsqu’elle avait quatorze ans, qu’il était bien l’auteur du crime. À partir de cette parole impossible, une question taraude l’auteure : comment continuer à aimer un père capable de l’irréparable ?
Points forts
Une écriture recherchée : L’ouvrage se déploie avec un vocabulaire érudit dans une langue patinée par le temps et la mémoire. Les phrases s’étirent parfois, se resserrent ensuite, trouvant un rythme poétique. Cette orchestration minutieuse, presque musicale, donne au texte une ampleur singulière où chaque mot paraît pesé, chaque tournure tirée au cordeau. Cette sophistication ne me semble pas une simple coquetterie. Elle fonctionne comme une digue, qui parviendrait à tenir à distance la férocité latente que Girard exhume, à transformer ce gouffre intime en matière littéraire.
Quelques réserves
- Je me suis perdu dans l’arbre généalogique. Les branches s’enchevêtrent, les lignées se répondent, et l’on avance comme dans un bois ancien où chaque nom débouche sur une clairière. Pourquoi ne pas avoir un peu élaguer quitte à sacrifier le point de vue exhaustif ?
- Trop de redites. Le triple meurtre, pourtant annoncé d’emblée, disparaît presque entièrement du récit pendant un long segment. Cette distance crée un flou qui affaiblit la tension narrative et brouille le véritable dessein du livre. S’agit-il d‘expliquer un crime ou bien d’assembler la mosaïque mouvante d’une maison secouée par la violence et le silence ?
Encore un mot...
À la question : comment un homme affable, presque pacifique, pourrait-il faucher avec une serpe trois êtres de son propre entourage, Catherine Girard répond en invoquant une brutalité sourde, incrustée au cœur de cette lignée aristocratique et fortunée. Une fureur souterraine diffuse, qui circule comme un héritage sombre de génération en génération, constitue le cœur d’une démonstration rigoureuse qui m’a convaincu, même si elle ne rallie pas toutes les voix. Philippe Jaenada en est venu à la conclusion inverse. Son investigation, intitulée La Serpe, publiée en 2017 aux éditions Julliard et couronnée par le prix Femina, propose une lecture résolument discordante. Face à ces versions antagonistes, la perplexité gagne l’auditeur.
Une phrase
“Tous les ingrédients d’un drame au succès fracassant sont réunis : château en Dordogne, aristocratie, noblesse d’empire, notoriété, parisianisme ancestral, hôtel particulier dans le 6e arrondissement, fils prodigue et, cerise sur le gâteau, un triple meurtre sanglant qui décapite la famille et laisse, seul contre tous, un jeune homme de vingt-quatre ans – mon père – avec sur les épaules, d’un côté un destin fraîchement élagué à la serpe, de l’autre une fortune colossale. Pile au milieu, une épée de Damoclès le pointe tout droit et lui assure d’être remis sous peu à couperet plus moderne, qui tire son nom d’un certain monsieur Guillotin.”
L'auteur
Née en 1962 à Alger, successivement dresseuse d’éléphants à Mae Sai, navigatrice au Portugal, acheteuse de pierres précieuses en Birmanie, fleuriste à Rio, vendeuse de voitures de luxe au Japon, Catherine Girard signe ici son premier livre.
La lectrice :
Catherine Girard lit avec beaucoup d’émotion son premier roman, sa voix un peu cassée s’adaptant parfaitement à la narration de cette sordide histoire.
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