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La résistance au Nihilisme, tome XII de la Contre-histoire de la philosophie

L’esprit de l’université de Vincennes en prend pour son grade... Onfray toujours médiatique et iconoclaste !
De Michel Onfray
Grasset, 528 pages, 29 €

Lu / Vu par

Paul Lelièvre
Publié le 02 oct . 2020

Recommandation

2,0BonBon

Thème

 La contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray a pour but de présenter une histoire de la philosophie alternative à celle généralement présentée dans les universités.

À travers ce travail colossal, il veut aussi apporter une autre vision des œuvres et des biographies de ceux que l’on met peut-être un peu trop vite, par effet de mode le plus souvent, au Panthéon de l’histoire de la pensée.

À chaque tome le contrat est rempli, cet épisode XII n’échappe pas à la règle.

Points forts

- La critique acerbe de l’esprit de l’université de Vincennes, qu’Onfray voit comme un faux esprit rebelle financé par le gaullisme et complètement déconnecté de la réalité de la vie ouvrière dont les philosophes tenants de cet « esprit » sont censés défendre les intérêts, est tout simplement délicieuse pour celui qui aime voir les mythes être déboulonnés ; l’attaque en règle qui suit, celles des nouveaux philosophes tels que BHL, est forcément un peu moins goûteuse tant l’admiration pour ce genre de personnages médiatiques est beaucoup plus faible depuis déjà des années, années durant lesquelles ils se sont fait critiquer de toutes parts, notamment par les médias qui les ont faits. On ne tire pas sur l’ambulance mais presque.

- Le concept de « gauchisme culturel » qu’il emprunte à Jean-Pierre Le Goff permet de bien comprendre ce que seraient les dérives d’une certaine gauche,  selon le philosophe, sur le plan des combats à mener qui ne sont plus sociaux mais culturels (les socialistes ne défendraient plus les ouvriers et les classes moyennes mais les minorités de couleur ou les LGBTQ, la GPA etc.) et sur le plan idéologique, voire même bien sûr économique, car cette gauche se vautrerait dans le libéralisme.

Points faibles

 La dernière partie sur Jankélévich qu’on attendait passionnante est un brin soporifique après la démythification déjà évoquée de la première partie de l’ouvrage et l’encensement magistral d’un Bourdieu érigé contre ce qu’Onfray voit, il faut bien le dire, comme la gauche des vendus ; mais cette ambiance de fin de tome n’est-elle pas à l’image de Jankélévich, de sa vie, et de sa philosophie ? C’est fort possible.

En deux mots ...

Michel Onfray cherche les fondements intellectuels de ce qu’il pense être la véritable gauche en France au XXème siècle, une gauche non libérale et non systématiquement pro-européenne.

Il trouve ces racines chez Bourdieu et Jankélévich, il rejette violemment l’esprit « gauchiste » de Vincennes, c’est à dire philosophiquement parlant, principalement Deleuze et Foucault, qui sont, pour lui, les représentants de ce que l’on peut nommer pour faire simple la « gauche caviar », la gauche qui a eu ou a fréquenté de très près le pouvoir et qui se serait fourvoyée dans le néo-libéralisme.

Un extrait

« Qu’est-ce que ce « gauchisme culturel » ? Ce qui, dans la gauche, survit de Mai après Mai. On se doute qu’il s’agit moins de la positivité de Mai que d’une nouvelle variation sur ce que cette époque portait de moins intéressant : un primat donné à l’idéologie sur le réel, une déconsidération de l’adversaire, des méthodes violentes, un recours cynique à tout ce qui permet de gagner, une logique sectaire, un refus du dialogue, une incapacité à argumenter doublée d’attaques ad hominem parmi lesquelles fasciste ou facho, réactionnaire ou réac, conservateur, voire nazi, antisémite, ce qui, en vertu de la loi Godwin qui veut que plus le débat s’éternise, plus grande soit la probabilité d’invoquer le nom d’Hitler, interdit que le débat s’installe. » p. 18

L'auteur

 Michel Onfray est un philosophe médiatique connu pour avoir fondé l’université populaire de Caen. Bourreau de travail il a écrit de nombreux ouvrages (une centaine) dont « La contre-histoire de la philosophie » énorme somme toujours en cours et « Cosmos », imposant traité. Il est assez controversé politiquement à la suite de prises de positions parfois inattendues dans les débats contemporains, sur le climat notamment.

Sur Culture tops, vous trouverez bien d’autres chroniques sur les oeuvres de cet auteur, notamment :
Sur le tome X de La contre histoire de la philosophie : la pensée post-nazie

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