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Les femmes et la Révolution 1770-1830

Comment les femmes ont été évincées de la vie politique : une étude historique bien utile en nos temps de féminisme exacerbé…
De Christine Le Bozec
Parution : avril 2020, Passés composés éditeur, 220 pages, 19 euros

Lu / Vu par

Françoise Thibaut
Publié le 06 oct . 2020

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Thème

Peu exploré par les historiens (mâles), le rôle des femmes dans la Révolution de 1789 et ses suites, a été parfois déterminant. «Révoltées» à bien des titres, elles firent entendre leur voix, jusqu’à ce que, à partir de Thermidor, elles soient évincées de la vie politique, sous des prétextes aussi fallacieux qu’hypocrites. Ni le Consulat ni l’Empire ni la Restauration ne corrigèrent cette exclusion.

Points forts

C’est limpide, d’une belle écriture. Parfois drôle par des anecdotes assez décoiffantes sur l’hypocrisie masculine, l’excessive agitation de certains groupes féminins considérés comme de dangereux trublions.  On passe des distinguées «salonnières» d’Ancien Régime aux redoutables «tricoteuses» ancrées au pied de la guillotine. Au début les  revendications sont surtout alimentaires. La France meurt de faim. Puis elles s’élargissent à un fougueux désir de participation, sans toutefois qu’il y ait une durable organisation, ni même unanimité.

Le sommet est atteint à l’automne 93, mais l’inquiétude gagne : Le discours de l’affreux Jean-Pierre André Aymar, membre du Comité de Sûreté générale, le 25 octobre, à la Convention sur «le statut civique des femmes», sonne le début du reflux, et ce ne sont ni Cambacérès, ni Bonaparte, ni Tallien ou Lebrun qui relanceront la possibilité d’un rôle public. Voilà les  Merveilleuses du Directoire redevenues avec l’embourgeoisement des «femmes parures» ; on croise Madame Talma, Sophie de Condorcet, les belles Rémusat ou Récamier, tandis que les femmes du peuple ou les paysannes toujours illettrées continuent de chercher à manger…

Points faibles

C’est peut-être un peu trop «urbain» et élitiste. Les «salonnières» éclipsent les petites femmes du petit peuple, la misère rurale.

Le fond juridique est très présent et de belle qualité. Il est peut-être intimidant. Heureusement les courts chapitres équilibrent le récit et l’aèrent de rencontres charmantes et d’intrépides houris, telles Charlotte Corday, madame Roland ou Olympe de Gouges...et bien d’autres.

En deux mots ...

Ah ! Les femmes ! Quelle merveille ! Mais comment s’en débarrasser ? Voilà le fond de la question. Ce court récit, très documenté, est un «état des lieux» : quelle était la situation avant 1789 ? Quels furent, sous  différents aspects, l’influence et le poids des femmes ? Les réactions des hommes de pouvoir furent d’abord  positives, puis, après 1793, le verrouillage devint progressif, pour aboutir à l’exclusion de la vie politique, laquelle durera – sauf peut être dans le syndicalisme et l’anarchie - jusqu’en 1946.  Ici l’histoire s’arrête en 1830 (Monarchie de Charles X) . Après ce seront les crinolines et les tailles tellement corsetées qu’elles empêchent de respirer…Tout cela est instructif et agréable à lire.

Nos féministes contemporaines devraient lire ce bel et réjouissant ouvrage : il leur donnerait un peu de culture et quelques saines idées.

Un extrait

p.25…Il est dans l’ordre de la nature que la femme obéisse à l’homme...la dépendance étant un état naturel aux femmes, les filles sont faites pour obéir » J.J. Rousseau, l’Emile, Livre V

p.130... Déboussolées, les militantes ne reconnaissaient plus leur Révolution et percevaient la Convention thermidorienne comme un ennemi à combattre dès que l’occasion s’en présentait. Les autorités anticipèrent cette confrontation en les traquant systématiquement. Ainsi, du 9 au 11 novembre, siégeant dans les tribunes du Club des Jacobins, elles sont attaquées par des Muscadins qui les battent, les fouettent et en blessent grièvement certaines. La résistance des militantes n’empêcha pas la fermeture définitive du Club par la Convention, le 12 novembre 94.

L'auteur

Historienne, universitaire, spécialiste de la Révolution française, Christine Le Bozec est très appréciée.  Outre son érudition, son écriture limpide, sa clairvoyance et  son indulgente ironie ont déjà séduit avec une belle Première République -ouvrage majeur-  en 2014 (chez Perrin), après  Danton et Robespierre en 2012 et surtout un éblouissant Barras (Perrin), cet oublié des livres d’histoire sans lequel Bonaparte ne serait jamais arrivé dans la lumière. Le présent opus Les femmes et la Révolution...complète agréablement et fort à propos le tableau d’une époque agitée à laquelle nous devons tant, et à laquelle nous ressemblons parfois.

Sur Culture-Tops, vous trouverez également une chronique consacrée à l’ouvrage de Christine Le Bozec La 1ère République :

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