Livres/BD/Mangas

Ma transhumance, carnets de route

Une nouvelle symphonie pastorale, celle d’un marcheur invétéré avec lequel on prend plaisir à randonner
De Antoine de Baecque
Editions Arthaud 380 pages 19.90 €

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 26 sep . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Noire et blanche, la couverture sobre du livre est un premier pas de la quête de l'ailleurs intemporel que poursuit l’auteur. Marcheur invétéré, il est à la recherche de la mémoire et de l’absolu de la route. La transhumance, pratique nomade, ancestrale, originelle, mène des troupeaux de milliers de bêtes, de moutons surtout, d’une terre à l’autre pour gagner l’estive fraîche et nourricière des alpages. L’ouvrage fait œuvre historique, ethnologique, poétique, et même utile, pour un retour à la « routo ». Ce chemin légendaire unit la Provence et le Piémont, relie les Alpilles, la Crau, la haute Provence de Giono avant de gagner, par les vallées et les cols, l’Ubaye et l’Italie, à l’ombre ou à la lumière, selon le versant emprunté, des sommets des Alpes. A l’aplomb des pas de ce marcheur qui sent, voit et apprend, beaucoup de vies se rêvent et se rencontrent.

Points forts

Le talent de cette transhumance personnelle, c’est de s’abandonner au chemin de ceux qui l’accueillent, c’est de suivre son corps souvent douloureux, de s’immerger dans les paysages traversés, de s’émerveiller autant du présent que du passé. Bellement écrit, souvent inspiré, puisant aux meilleurs auteurs, « Ma transhumance » livre une belle synthèse itinérante d’un noble sujet, dévoilant au passage le bien que cette routo fait aussi à sa vie privée réconciliée. Au cœur du récit, l’admiration du berger, le plus vieux métier de la terre, nous offre des portraits forts en caractère et en saveur humaine. Sur leurs traces, l’auteur réalise une part de sa vocation d’enfance. Un livre de chevet à glisser au bivouac sous la tête des amateurs de lenteur imposée, d’herbes capiteuses et de sentiers aux odeurs fortes.

Points faibles

Même si l’analogie est acceptable, j’ai peu goûté l’intrusion de l’épitre, commode et politiquement correcte, sur les migrants d’aujourd’hui dans l’univers pacifié des chemins de montagne. Concession au vent qui devait souffler ce jour-là dans le sens attendu.

En deux mots ...

Marcher en transhumance, c’est comme chanter à l‘église, cela compte double. Plein d’un bonheur contagieux, Antoine de Baecque termine sa marche en pleine forme, prêt, comme son lecteur, à recommencer. A la question : « Comment allez-vous ? », je réponds à sa place : « à pied ! ». C’est tout dire.

Un extrait

Tout voyage commence par un premier pas.

Un berger reçoit ses ordres du temps qu’il fait et du temps qui passe.

Le moi se fond dans le paysage, l’histoire s’incruste sous la terre, la pensée se frotte au chemin.

« Connaître, c’est quitter, maintenant tâche d’aimer ; aimer c’est joindre. Alors tu seras berger. »

D’énormes morceaux de pays tombent dans le silence.

Mais mon voyage me hante et me reste.

Ecrire comme on marche, à l’aventure, en faisant son chemin.

J’étais déjà berger, avant, sans le savoir.

L'auteur

Né en 1958, historien de formation, journaliste, critique et biographe du cinéma, professeur à l’école normale supérieure où il a été élève, auteur de documentaires, Antoine de Baecque a consacré plusieurs de ses derniers ouvrages à l’art de marcher : Histoire de la marche (2016), Les godillots pour une histoire marchée (2017). Son « Histoire des crétins des Alpes » ( Vuibert, 2018) a été chroniquée par Culture Tops (voir le site).

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