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Monotobio

Chevillard en mode kaléidoscope
De Éric Chevillard
Les Editions de Minuit, 170 pages, 17 €

Lu / Vu par

Charles-Edouard Aubry
Publié le 19 juin . 2020

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Éric Chevillard n’écrit pas des livres comme les autres. Déjà auteur d’une autobiographie au quotidien – il publie chaque jour depuis 2007 sur le site l’autofictif (http://autofictif.blogspot.com) commentaires et réflexions – il consacre son dernier livre (environ le quarantième) à son autobiographie. Comme il l’écrit en 4ème de couverture : « Monotobio plutôt que Mon autobio, avec quatre O comme quatre roues bien rondes, car il s’agit de ne pas traîner », et ça dépote … Du Chevillard pur jus, où l’on retrouve le fond et la forme inimitables de l’écrivain.

Points forts

* Eric Chevillard ne respecte rien et surtout pas les conventions : le récit n’est pas linéaire. Pour autant, il est d’une grande fluidité. Les courts épisodes s’enchaînent comme autant de fils conducteurs que l’auteur tire, l’air de rien, mais qui finissent par composer un portrait, cubiste et débridé, de l’auteur en romancier au quotidien.

* Sous l’apparence d’un récit un peu foutraque narrant les péripéties d’un vie faite de l’éducation de ses deux filles, des petits soucis du quotidien, de l’état de forme de sa compagne, des incidents mineurs de l’existence, de sa passion pour le tennis et de réflexions sur le temps qui passe, Éric Chevillard brosse par petites touches impressionnistes – au sens où mises bout à bout elle composent un ensemble d’impressions qui forment un tout cohérent – un portrait d’où la figure de l’auteur apparaît progressivement dans la lumière.

* Kaléidoscope, puzzle … l’écriture d’Éric Chevillard est une mécanique de précision : chaque pièce s’emboîte dans la précédente avec la précision d’un horloger suisse. Son style, au service d’un sens de l’absurde et de la dérision, le plus souvent à son encontre, nous balade, nous transporte, nous fait voyager dans l’immensité de son petit monde bien à lui.

Points faibles

Je suis fan d’Éric Chevillard depuis son premier roman Mourir m’enrhume, paru en 1987, déjà aux Editions de Minuit. Monotobio n’est peut-être pas la meilleure façon d’appréhender son œuvre. On préfèrera pour cela L’œuvre posthume de Thomas Pilaster ou Les Absences du capitaine Cook.

En deux mots ...

Éric Chevillard poursuit vaillamment la construction d’une œuvre originale, féconde et désinvolte, dont les soliloques élégants et frivoles, mais d’une vibrante acuité, font d’un quotidien facilement absurde une épopée joyeusement comique.

Un extrait

« Tout aurait pu finir là, semble-t-il, mais mon heure n’était pas venue, comme l’aurait pressenti mon sagace lecteur en pinçant entre son pouce et son index droits la liasse des pages qu’il lui reste à lire (tranquillement tandis que pour ma part je vais devoir non seulement les vivre mais encore les écrire ensuite), cependant, sans vouloir rien déflorer, je préciserai à son intention qu’il n’est même pas certain que je meure à la fin ». (page 46)

L'auteur

Monotobio comble un vide tant on en sait peu sur l’auteur lui-même, né en 1964. De sa vie son œuvre, on devra donc se contenter de la seconde, façonnée livre après livre.

Tout juste sait-on qu’il a fait des études de journalisme avant de rejoindre dès son premier roman en 1987 « l’écurie » de Jérôme Lindon aux Editions de Minuit et qu’il a tenu, de 2011 à 2017, un feuilleton dans les pages du Monde des livres.

Avec Monotobio, il dévoile – un peu – de son quotidien. Pour le reste …

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