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Où vont les vents sauvages ?

Un voyage qui marie intelligemment nature et culture… belle approche des lieux mais médiocre jugement sur les habitants !
De Nick Hunt,
Traduit de l'anglais par Alexandra Maillard, Editions Hoëbeke, 272 pages, 20 €, Ed originale 2017

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 18 sep . 2020

Recommandation

2,0BonBon

Thème

On connaît les chasseurs d'orages ou de tornades, un peu moins les chasseurs de vents. Nick Hunt en est un, marcheur infatigable qui arpente l'Europe, "étonnant voyageur" digne de cette collection dirigée par Michel Lebris. Sac au dos, ses pas nous entraînent en Angleterre à la recherche de l'Helm, en Italie et en Croatie découvrir la Bora, en Suisse et au Liechtenstein à la découverte du Foehn, en France, dans la vallée du Rhône, sur le dos du Mistral. Voyage de découvertes et d'étonnements, entre nature et culture, sur ces vents tempétueux et fantasques.

Points forts

1. Une quête originale pour rendre concret l'invisible : le vent ! Cet essai en aborde, pour les quatre vents principaux "éprouvés" par Nick Hunt, les aspects physiques, météorologiques, historiques, mythologiques, les contes et légendes, les effets réels ou supposés, notamment sur la sociologie des pays qu'ils traversent.

2. Un récit précis, bien écrit, qui délivre une vision presque photographique des randonnées, leurs bonnes et mauvaises surprises, une description détaillée des lieux que ces vents balaient et de leurs effets, jusque sur Nick Hunt, cobaye et même victime de leurs effets secondaires.

3. Des rencontres fortuites ou attendues, habitants des régions parcourues par ces vents, experts en climatologie, hôtes, commerçants… émaillent le voyage et lui apportent du sel - ou du piment !

Points faibles

Effets des vents ou pas, force est de constater que Nick Hunt ne peut s'empêcher de donner son point de vue sur la "qualité" des gens qu'il rencontre - et son échelle de valeur n'est pas forcement la notre. Les Suisses, les Français et les Croates sont racistes, nationalistes, quand ils ne sont pas ivrognes. Certes, le trait est forcé et ce n'en est pas l'essentiel, mais cette impression désagréable apporte une pointe de déception - ou d'inutile.

En deux mots ...

"Marcher à la rencontre des vents d'Europe des Pennines jusqu'en Provence", c'est le sous-titre de ce livre qui ondule entre le récit, le roman, l'essai, est une idée intéressante, originale et instructive. Car si l'on peut être réservé sur les jugements moraux de l'auteur, il faut saluer l'idée d'associer à la découverte de chacun de ces "Vents sauvages", les auteurs et artistes qu'ils ont influencés - Van Gogh et Frédéric Mistral en France, Turner en Angleterre, les romantiques en Europe centrale, Hermann Hess en Suisse, Stendhal à Trieste en Italie, pour n'en citer que quelques uns. Cette rencontre du climat, du relief, de l'art, de la sociologie, et la description des paysages traversés est réellement enrichissante. Cela fait de ce livre un récit tout simplement original ! Où vont les vents sauvages  a été élu « ouvrage de l’année » par le Financial Times et The Telegraph (en 2017).

Un extrait

"L'étésien, le halny, le sirocco, la tramontane, le levant, la kochava, le marin : l'Europe possède des dizaines de vents nommés, mais j'avais décidé d'en traquer quatre, un clin d'œil aux proverbiaux quatre vents et aux quatre points cardinaux de la boussole. L'helm m'entrainerait au nord de l'Angleterre, par delà le point culminant des Pennines, qui forment la colonne dorsale du pays. La bora m'emmènerait du sud-est de l'Italie à la côte Adriatique à travers la Slovénie et la Croatie, entre les montagnes et  la mer. Le foehn me ferait faire un sinueux voyage en Suisse et traverser le minuscule Liechtenstein, niché au cœur des Alpes. Et le mistral descendrait la vallée du Rhône, terminant sa course dans la Méditerranée, source et terminus de nombreux vents." P 23

Le foehn ne venait plus sous forme de coups de vent, mais ruisselant dans un rugissement continu, un son blanc incessant, tonnant depuis la crevasse étroite jusque dans les coteaux devant moi. Canalisé par la topographie de vallée, il se déversait comme un liquide sec : marcher contre ce courant donnait l'impression de nager." P 190

"Mais quel est le lien scientifique entre le vent et l'esprit ? La biométéorologie  - l'étude de la façon dont les conditions atmosphériques affectent les êtres vivants - est un terrain plus miné encore que celui des statistiques, et prouver de telles assertions est notoirement délicat." P 200

L'auteur

Nick Hunt est un journaliste indépendant, de nationalité anglaise. Son premier ouvrage, édité en 2014, Walking the Woods and the Water, dont il n'existe pas de traduction française, raconte sa traversée de l'Europe à pieds, des Pays-Bas à la Turquie, dans les pas de l’écrivain voyageur britannique Patrick Leigh Fermor.

Culture tops propose une chronique  sur un ouvrage de Patrick Leigh Fermor :
Roumeli, voyages en Grèce du nord

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