Lutoslawski, Concertos for Cello / For Orchestra
Parution le 15 mai 2026
18, 99 €
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Thème
Otage de l’Histoire, Witold Lutoslawski vit sa carrière de compositeur contrariée par les aléas politiques que vécut la Pologne. Quand il naît à Varsovie en 1913, l’Europe, sous l’effet de l’infernale mécanique des alliances, s’apprête à se jeter dans le premier conflit mondial. Le jeune Witold étudie la musique à Varsovie, avec Maliszewski ancien élève de Rimski-Korsakov. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier par les Allemands mais réussit à s'évader. Il joue comme pianiste dans les cafés pour gagner sa vie, interrompant ses activités de créateur qu’il reprendra dans la Pologne communiste avec la nécessité pour lui de donner des gages artistiques au nouveau pouvoir. Toutes considérations qu’il faut avoir en tête si l’on veut comprendre le caractère multiforme de ses nombreuses inspirations : l’évolution de ses compositions dépendait de leurs conditions de réception par des autorités pouvant décider de l’éventuelle incompatibilité de partitions nouvelles avec les exigences de l’esthétique réaliste socialiste. Or, toutes ne le furent pas, loin s’en faut ! D'abord influencé par Karol Szymanowski dans les années 30, il s’inspire ensuite de la musique populaire de Mazovie pour son Concerto pour orchestre, rappelant la démarche compositionnelle de Béla Bartók, avant de s’essayer au sérialisme et à la musique aléatoire dans les années 50 puis de laisser libre cours à sa créativité avec les œuvres postérieures, qu’il enregistrera comme chef d'orchestre, sans parler d’écrits pour la voix, souvent à partir de poèmes français que l’on doit notamment à Henri Michaux ou Robert Desnos qui connut le destin tragique que l’on sait.
Contemporain de Lutoslawski, Ernest Bloch (mais sans doute ne se rencontrèrent-ils jamais) exprima tôt sa passion pour le violoncelle même si c’est le violon qu’il pratiqua dès l’enfance, fasciné par le jeu d’Eugène Ysaye qu’il entendit à Genève et qu’il suivit aussitôt à Bruxelles pour se ranger parmi ses élèves. Mais c’est la composition qui requit toute son énergie au point qu’il alla recueillir les conseils de César Franck avant de faire son miel des créations des grands maîtres allemands et viennois : écrite à 22 ans, sa première symphonie révèle à quel point Richard Strauss, à côté de Gustav Mahler, a compté pour lui. D’autres rencontres, quelques années plus tard, rapprocheront de Debussy le grand admirateur de Pelléas et Mélisande, opéra que Ernst Bloch placera au-dessus du pathos wagnérien. Mais sa fascination pour la matière biblique et la poésie de l’Ancien Testament décideront définitivement de la ligne juive de son inspiration en un hommage à la culture hébraïque héritée de sa famille. Plus tard, citoyen américain à partir de 1924, Ernest Bloch se retrouvera à la tête du Conservatoire de San Francisco (après Cleveland) et sa nouvelle partition America-Rhapsody (1926) le fera considérer par la presse comme le plus grand compositeur américain de l'époque à côté de Georges Gershwin. Ses œuvres seront jouées partout dans le monde.
Il fallait que les deux créateurs unis par une même passion pour le violoncelle pussent être célébrés en un CD ad hoc, ce à quoi se sont employés Gustavo Gimeno au pupitre du Philharmonic Luxembourg et Jean-Guihen Queyras au violoncelle dans des œuvres caractéristiques du génie de l’un et l’autre compositeurs.
Points forts
Avec Schelomo, Rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre (1916) en hommage au personnage de l’Ecclésiaste Salomon, Ernest Bloch compose l’une de ses partitions les plus connues, fresque musicale empreinte « d’esprit hébreu » en trois mouvements enchaînés qui font alterner cadence langoureuse et méandrique du violoncelle rappelant la sérénité détachée du roi, puissance orchestrale teintée d’orientalisme, appel du shofar reprenant des thèmes populaires juifs, sombres mélodies relayées par le timbre cristallin du célesta mais ne parvenant pas à s’émanciper de la résignation par laquelle se clôt l’œuvre ainsi dédiée à la sagesse fataliste du vanitas vanitatum.
C’est cinquante et un ans plus tard, en 1967, que Lutoslawski, répondant à une commande de la Royal Philharmonic Society de Londres, compose une œuvre orchestrale majeure avec son Concerto pour violoncelle et orchestre, qui sera créé en 1970 par son dédicataire Rostropovitch sous la direction d’Edward Downes, œuvre devenue depuis lors l’une des plus célèbres du renouveau musical polonais du 20ème siècle. Là encore, on peut y reconnaitre une ode à la puissance expressive du violoncelle magnifiée à la fois par la richesse des univers qu’elle suggère et la très grande virtuosité que requiert l’exécution d’une partition extrêmement complexe dans un esprit d’expérimentation contemporain, le compositeur s’étant totalement libéré des contraintes esthétiques imposées par le pouvoir polonais pour donner libre cours à un vigoureux face à face entre l’instrument à cordes et le grand orchestre en une inhabituelle structure en sept parties : se succèdent ou se chevauchent de multiples ambiances sonores donnant le sentiment d’une forme de liberté d’improvisation en laquelle s’expriment tour à tour phases de désespoir ou d’accalmie, moments apaisés ou travaillés par une énergie indomptée.
Entre les deux œuvres, s’intercale le Concerto pour orchestre qui, datant de 1954, se trouve chronologiquement plus proche de l’œuvre précédente de Lutoslawski que de celle de Bloch. Et l’on perçoit dans le travail du compositeur les contraintes qu’il dut intérioriser afin que sa musique pût être audible, d’où le recours à des mélodies populaires lui permettant de créer son propre « folklore imaginaire » dans un registre néo-classique avec alternances de différents climats : magie, atmosphères pastorales, ambiances inquiétantes, hiératisme ou solennité, élan et vitalité.
Quelques réserves
Ces partitions maîtresses qui surent s’imposer à la force du poignet des violoncellistes ont permis d’élargir le répertoire de l’instrument en l’imposant dans le patrimoine de la musique du XXième siècle.
Encore un mot...
Posés comme des couronnes sur cet instrument qui avait sa bible avec les Six Suites de Bach, les œuvres de Bloch et Lutoslawski en constituent le Nouveau Testament que se disputent aujourd’hui les plus grands interprètes.
Une phrase
Gustavo Gimeno a été percussionniste à l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam entre 2001 et 2013, avant de mener à partir de 2012 une carrière de chef d'orchestre, commencée comme assistant de Mariss Jansons, Bernard Haitink et Claudio Abbado. Il a fait ses débuts à la tête du Concertgebouw en février 2014 et remplacé Lorin Maazel à la tête de l'Orchestre philharmonique de Munich à l'occasion d'une tournée européenne en mai 2014. Depuis 2015, il est directeur musical de l'Orchestre philharmonique du Luxembourg, jusqu’en 2025. À partir de 2020, Gustavo Gimeno est également directeur musical de l'Orchestre symphonique de Toronto. En 2022, son contrat à ce poste est renouvelé jusqu'à la saison 2029-2030.
Jean-Guihen Queyras a longtemps été violoncelliste soliste de l'Ensemble intercontemporain alors dirigé par Pierre Boulez qui en a fait son protégé et l'a choisi pour recevoir le Glenn Gould Protégé Prize en 2002 à Toronto. Sa formation au sein de l'ensemble intercontemporain n'a pas empêché la diversité de son répertoire de violoncelliste, qui va de Bach, Haydn, Dvořák aux grandes œuvres du xxe siècle de Bartók et Britten, jusqu'aux grands contemporains comme Kurtág, Boulez et Dutilleux. Il a également créé les concertos pour violoncelle de jeunes compositeurs comme Ivan Fedele, Gilbert Amy, Bruno Mantovani et Philippe Schœller.
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