Octets : Mendelssohn & Enescu
CD album
Parution en janvier 2026
15, 99 €
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Thème
C’est l’histoire de deux quatuors qui ont décidé d’unir leurs talents pour constituer un octuor, moins par juxtaposition que par fusion de leurs deux formats en un seul et unique ensemble. Où il apparaît ainsi que, par-delà la logique mathématique, deux fois quatre font en réalité plus que huit, les instrumentistes ayant réussi à s’exhausser au-dessus d’eux-mêmes en une unité supérieure sous la forme d’un projet artistique de très haute tenue.
Deux quatuors donc (le Quatuor Ébène et le Belcea Quartet) pour deux œuvres de jeunesse et pourtant complètement abouties au format si rare (l’octuor) par deux compositeurs parmi les plus brillants de leurs temps (Mendelssohn et Enescu). Il fallait qu’à ce projet d’envergure se joignissent les violonistes, altistes et violoncellistes parmi les plus talentueux - chose faite avec la livraison toute récente chez Erato du travail des deux formations en question.
On n’associe pas spontanément Mendelssohn et Enescu. Ils sont d’ailleurs assez rarement joués ensemble ou réunis en un même enregistrement. Il s’agit là sans doute d’une anomalie car un fil d’Ariane unit souterrainement à la fois les deux œuvres et les deux compositeurs : quand Mendelssohn compose son octuor en 1825, il a à peine 16 ans et a l’audace de recourir à un effectif très peu usité. Double hardiesse de l’âge et de la forme caractérisant également, un siècle plus tard, le jeune Enescu qui, à 18 ans, se frotte à un ensemble de huit instruments. Point commun entre les deux compositeurs : une assimilation parfaite de la science musicale alors que le monde s’ouvre à peine à leur génie précoce. Dans les deux cas, une profusion d’activités artistiques mettant à l’honneur leur pratique instrumentale (le violon), le goût de la composition et leur capacité à se faire reconnaître très tôt par leurs pairs.
Enfant béni des dieux, Mendelssohn est issu de la bourgeoisie allemande cultivée et parfaitement assimilée de Hambourg, doté d’une prodigieuse facilité lui permettant de recevoir très rapidement une éducation humaniste et musicale complète. Le vieux Goethe reçoit le jeune Félix à Weimar. Mendelssohn nous laisse une musique où la forme classique traditionnelle triomphe en plein âge romantique. Sa musique est une musique heureuse avec un sens extraordinaire de la continuité mélodique, presque une musique trop parfaite, « musique sans problème » a-t-on pu dire, cousue main, qui s’accorderait à la géométrie impeccable d’un jardin à la française.
Tel n’est pas le cas d’Enescu dont la naissance et le parcours sont plus complexes, ayant traversé l’Europe et le monde comme un invraisemblable virtuose du violon, passant quelques années au conservatoire de Vienne pour aller ensuite travailler la composition avec Massenet et Fauré. Rien de donné a priori à un musicien qui dut lutter dans des conditions matérielles pas toujours faciles. Mais dans les deux cas, les similitudes l’emportent avec la force indomptée d’une énergie vitale commandant l’expression d’une inventivité créatrice hors norme.
Points forts
On sait que l’octuor est une forme rare dans la musique de chambre, qui suppose un langage musical complexe où les cordes doivent s’unir en de multiples combinaisons sans se désagréger avec le souci de produire une belle consistance sonore mais qui, au même moment, soit en mesure d’éviter le flou indifférencié d’un empâtement où l’on ne distinguerait plus les voix portées par les différents pupitres. C’est ce tour de force qu’ont réussi Mendelssohn et Enescu, chacun à leur manière, avec leurs deux octuors emblématiques de la littérature pour cordes.
Mendelssohn nous livre avec son Octuor en mi bémol majeur opus 20 une partition brillante, enlevée, fluide, rapide, un parcours sans faute qui prend la forme d’une course poursuite ou de fuite en avant dans l’horizontalité mélodique d’une cavalcade étourdissante comme si rien ne pouvait l’arrêter : la fulgurance de la jeunesse et la recherche du bonheur, une forme d’ingénuité primesautière et tourbillonnante, comme ivre d’elle-même.
Nulle ébriété sonore tournant sur elle-même chez Enescu avec son Octuor en do majeur opus 7 : on sent plus de gravité, voire de tragique conscient de lui-même, avec ou contre lequel il faut se battre. Sans doute le jeune homme de dix-huit ans détient-il déjà pleinement les clés d’une grammaire musicale complexe qui tend à densifier une partition empruntant à des sources très diverses dont les moindres ne sont sans doute pas celles de sa Roumanie natale et du capital émotionnel qu’il y avait accumulé. La virtuosité tend ici à l’expression d’une intériorité sans fioritures inutiles, une forme de mise à nu.
Mais qu’il s’agisse de Mendelssohn (« le Mozart du 19ème siècle » comme l’avait baptisé son ami Schumann) ou d’Enescu (« le plus grand génie depuis Mozart » dixit Pablo Casals), leur maîtrise de l’effectif de chambre reste stupéfiante pour des compositeurs sortant à peine de l’adolescence.
Quelques réserves
Plus que de réserves, c’est plutôt d’une mise en réserve qu’il conviendrait de parler ici, comme d’une cave abritant de précieux flacons dont l’amateur se paierait le luxe d’en sélectionner quelques-uns, pour le plaisir de ses papilles, ici de ses oreilles !!
Encore un mot...
Lorsque la musique se pratique entre amis avec une telle entente émotionnelle, il suffit de se laisser porter avec confiance pour accéder, au-delà de la technique extrêmement sophistiquée mise en œuvre par les interprètes, au cœur de partitions qui disent l’essentiel : la fougue et l’énergie vitale, l’urgence du bonheur, l’euphorie explosive et la lumineuse exaltation, comme aussi bien la densité lyrique des longs fleuves tranquilles qui entraînent toujours plus loin dans l’exploration intérieure.
Une phrase
Le Quatuor Ebène, fondé en 1999, est actuellement composé par Pierre Colombet (premier violon), Gabriel Le Magadure (second violon), Marie Chilemme (alto) et Yuya Okamoto (violoncelle). Il se produit régulièrement dans les salles les plus prestigieuses (Philharmonie de Paris, Philharmonie Luxembourg, Philharmonie de l’Elbe, Carnegie Hall de New-York, Wigmore Hall de Londres, Concertgebouw d’Amsterdam, Konzerthaus de Berlin, Musikverein de Vienne, etc…
Le Belcea Quartet, fondé à Londres en 1994, est actuellement composé de Corina Belcea (premier violon), Suyeon Kang (second violon), Krzysztof Chorzelski (alto) et Antoine Lederlin (violoncelle). Il se consacre plus particulièrement à la musique du 20ème siècle (Bartok, Janacek et la Seconde École de Vienne) et assure la création d’œuvres contemporaines. Il est l’une des formations les plus actives au monde, donnant près d’une centaine de concerts par an.
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