Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), l'exposition du centenaire

"Protéiforme et inclassable", Steinlen vaut le détour !
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Musée de Montmartre à Paris
12 rue Cortot
75018
Paris
Jusqu’au 11 février 2024. Ouvert tous les jours de 10 à 18h
Lu / Vu par

Thème

S'il est un artiste emblématique de la fièvre artistique de Montmartre à la fin du XIXème siècle, c'est bien Théophile-Alexandre Steinlen. On lui doit le fameux Chat noir, emblème du cabaret du même nom, lieu de rencontre des artistes de l'époque et surtout de présentation d'une célèbre revue et de son théâtre d'ombres. Mais réduire Steinlen à cela serait injuste, tant son œuvre vaut témoignage de la vie parisienne à la charnière des deux siècles. Si ses peintures et caricatures de chats valent le détour, il fut surtout un peintre et graphiste "reporter", témoin par l'image des petits et grands événements et courants politiques de l'époque.

L'exposition rend compte de ce parcours, en thématiques successives dont voici quelques étapes : les chats, les illustrations de presse, le peuple - comme artiste porte voix du "petit peuple", de ses oppressions qu'il dénonce par le trait ou des compositions symboliques (La Commune, la Liberté, la "sainte" famille…) - la rue, la femme sans nom, pour ne pas stigmatiser la prostituée, celle-ci peut être, qui nous regarde dans la toile choisie pour l'affiche de ce centenaire : "La rentrée du soir".

Points forts

D'abord, la découverte ou la redécouverte d'un artiste au talent tellement foisonnant qu'il est qualifié "d'inclassable". 

Son œuvre s'est voulu un témoignage de la réalité de la vie à Paris et singulièrement "sur la butte" (Montmartre), de ses petits bonheurs, de ses modes, de ses difficultés et de ses espérances pour une société plus juste. 

Dans une jolie et sobre mise en scène, avec des éclairages intimistes, il nous est proposé de suivre le parcours intellectuel autant qu'artistique de Steinlen, partant de la caricature animalière, ce chat si mimétique des humains, vers l'engagement politique et le témoignage social. 

Les œuvres proposées en regard dans l'exposition composent un bel et très divers ensemble de dessins, de gravures, estampes, croquis, affiches, dont un certain nombre seront publicitaires, de peintures, de documents dans lesquels ils ont été édités comme Charivari, Le Gilles Blas Illustré ou l'Assiette au Beurre.

La Grande Guerre, les gens du peuple, ouvriers et femmes "au travail" sont rendus avec réalisme ou symbolisme, œuvres parmi lesquelles vous percevrez peut être l'esprit d'Henri de Toulouse Lautrec, d'Edvard Munch ou de Gustav Klimt.

A noter enfin, des cartels destinés aux enfants, bien positionnés, très pédagogiques.

Quelques réserves

Un petit commentaire sur le choix de l'affiche de ce centenaire : elle ne rend pas vraiment justice à la diversité de l'œuvre et du style de Steinlen. Le caractère à la fois pointilliste et symboliste du portrait pourrait faire croire à un style dominant, ce qui ne ressort pas du choix des œuvres et supports présentés. Mais une fois ce commentaire porté, il faut reconnaître que ce choix fut certainement cornélien !

Encore un mot...

Théophile Alexandre Steinlen voulait être un témoin de son temps. Il le fut par une œuvre abondante d'illustrateur, de caricaturiste, de peintre. Artiste consciemment engagé, il voulait à la fois renouveler l'art et la société, dénoncer les injustices sociales, appeler à un ordre nouveau dont les idées socialistes et le mouvement anarchiste du début du XXième siècle voulaient être les porteurs. Par sa diversité, dessins, sculptures, huiles, affiches, son œuvre mérite d'être plus largement connue. Au-delà de la caricature sociale, avec des touches impressionnistes et expressionnistes, elle témoigne, entre réalisme et symbolisme, de la condition difficile du petit peuple parisien au début du XXième siècle. Cette rétrospective, bien mise en scène, bien documentée par ses cartels qu'il ne faut pas manquer de lire, vaut le déplacement. Elle offre aussi l'occasion de découvrir ou redécouvrir le joli Musée Montmartre, et son exceptionnel havre de verdure.

Une illustration

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Expos encore à voir