Infos & réservation
Thème
Installé dans l’ancien couvent des Capucins, le Fonds Hélène et Edouard Leclerc (FHEL) a accueilli plus de deux millions de visiteurs depuis son ouverture en 2012. Chaque année, il propose dans sa ville de Landerneau (Finistère) une exposition qui fait date et met en lumière des artistes contemporains majeurs mais pas toujours très accessibles (Ernest Pignon-Ernest) ou des thèmes transversaux ambitieux (L’animal). Cette année le succès est encore au rendez-vous avec une rétrospective du roi du Pop Art, Andy Warhol (1928-1987) dont près de 200 œuvres sont montrées au public, la plupart provenant du musée de Pittsburgh et n’ayant jamais voyagé en Europe.
C’est l’occasion de voir « en vrai » des tableaux que tout le monde connaît par leur reproduction sur tous supports, mais replacés dans leur contexte grâce à une scénographie et des commentaires très pertinents.
Apparaît très vite en creux le rêve américain avec ce qu’il a de fascinant (la créativité du New York des années 1970-80) mais aussi de repoussant (la société de consommation poussée à l’extrême symbolisée par les boîtes de soupe Campbell).
Chronologique, le parcours suit le jeune Andrew Warhola, fils d’immigrés slovaques de Pittsburgh, désireux d’être riche et célèbre et qui le deviendra grâce à la publicité avant de se retrouver chef de file d’une école où l’on croisera dans sa « Factory » Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et Madonna, personnage flamboyant sous ses perruques argentées, se mettant en scène et réalisant des films tellement expérimentaux qu’ils ne supportent pas la vision.
Points forts
La partie la plus intéressante selon nous est celle qui retrace les années de jeunesse, parce que ce sont les moins connues mais aussi parce qu’elles révèlent, avant les délires à venir, la personnalité d’un authentique artiste. Le talent de dessinateur de Warhol est évident et éclate jusque dans ses cartes de vœux pour Noël, ses pochettes de disques (extraordinaire portrait du jazzman Count Basie), ses travaux pour un magasin de chaussures dont il peindra le store au-dessus de la vitrine, les affiches et un extraordinaire paravent.
Cette période montre les prémices de l’œuvre à venir, qui sera de plus en plus caractérisée par l’utilisation de procédés mécaniques de reproduction destinés à prendre le pas sur la peinture pure.
Puis viennent les années de célébrité – on n’ose pas parler de maturité chez un tel provocateur – avec les effigies coloriées de Jackie Kennedy, Marilyn Monroe, Yves Saint-Laurent, la déclinaison jusqu’à la saturation des marques commerciales emblématiques des Etats-Unis et des symboles de cette nation (Mickey, l’Oncle Sam, les super héros, la Statue de la Liberté…). Une des dernières toiles de l’exposition est une vue de la Trump Tower : anticipation ?
Quelques réserves
C’est bien là que se situe le problème : Warhol a utilisé avec virtuosité toutes les ressources d’un système économique, culturel et social qui lui ont apporté gloire et richesse. Pour autant, il nous paraît audacieux d’affirmer, comme un certain confort intellectuel nous pousserait à le faire et comme on y invite, qu’il faut voir dans cette œuvre une dénonciation de cette société. Où est la dénonciation dans le fait de faire payer des milliers de dollars à de richissimes veuves de Park Avenue pour être photographiées sur Polaroid avant que le cliché ne soit sérigraphié sur une toile coloriée de teintes criardes ? Où est la dénonciation dans les séries de bouteilles de Coca-Cola ?
Peut-être la verra-t-on davantage dans les photographies géantes d’accidents de la circulation ou de la chaise électrique, auxquelles on est en droit de préférer d’autres travaux ? Et quand l’artiste revient à la peinture c’est pour brosser une immense toile représentant un tissu de camouflage militaire. Serait-ce une protestation contre les guerres que mène son pays à cette époque ? C’est au spectateur de se forger sur ce point son intime conviction.
Encore un mot...
Si l’on est de l’avis de Baudelaire selon lequel « le génie, c’est créer un poncif », alors on qualifiera Andy Warhol d’authentique génie. Le portrait recouvert de couleurs vives est devenu un tel cliché qu’il existe sur nos ordinateurs des logiciels permettant de fabriquer des photos à la Warhol selon plusieurs déclinaisons, plus vraies que vraies ! L’homme qui avait prophétisé que tout individu aurait un jour son quart d’heure de célébrité n’est pas près de perdre la sienne, qui figure aujourd’hui dans la trinité des icônes présentes sur tous les t-shirts, posters et produits dérivés (avec Che Guevara et Frida Kahlo)…
On aurait tort cependant de ramener Warhol à ce simple phénomène, même s’il l’a lui-même créé en connaissance de cause. Le mérite de cette exposition est de montrer la présence d’un véritable artiste, témoin de son temps et plus profond que l’on pourrait le croire au premier abord. Et ses excès sont aussi les nôtres.
Ajouter un commentaire