Vu(e)s de dos, une figure sans portrait

Ce serait manquer un excellent moment que de tourner le dos à cette expo !
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Les Franciscaines
145 B Avenue de la République
14800
Deauville
02 61 52 29 20
Jusqu’au 31 mai 2026. 10h30 - 18h30, fermé le lundi.

Thème

Comme le titre l'indique, la centaine d'œuvres, peintures, dessins et photographies ici exposés, prouvent que bien des artistes, assez tardivement dans l'art occidental, n'ont pas hésité à montrer cette partie du corps marginalisée : le dos. 

L'affiche reproduit d'ailleurs la Lavandière coiffée d'un immense chapeau de paille nous tournant le dos (Guigou, 1860). Avant même l'entrée, en mettant son ticket, on est accueilli par six personnages de dos (seul le petit chien est de face en habit rouge), bas noirs et perruque blanche, reproduction en grandes silhouettes du tableau de Philippoteaux que l'on retrouve dans la salle au format réel. Ce sont Les gentilshommes du Duc d'Orléans en habit de Saint-Cloud (1839).  

Le parcours est chronologique et commence au XVIè siècle par l'éblouissante Messe de Saint Grégoire (anonyme, vers 1500) où prêtre et officiants, revêtus de vêtements liturgiques richement brodés et colorés, tournent le dos aux fidèles comme ce fut l'usage durant des siècles. La mythologie autorise de montrer dos et fesses avec pudeur : Scylla et Glaucus, Io et Jupiter, la nymphe Echo, ainsi que les fameuses Trois Grâces dont une seule de face cache habilement les attributs sexués des deux autres. 

Après quelques chefs-d’œuvre du XVIIe (estampe d'Abraham Bosse Jeune homme s'appuyant sur une canne) et du XVIIIème (Madame de Maintenon par Fragonard peinte de trois-quarts dos), on est surpris par un Goya : le marchand de marionnettes de dos face à un public d'enfants aux frimousses ravies.  

Certains gestes sont, pour les artistes, propices à montrer le dos : la remise en place du chignon (Dora, par Charles Victor Hugo), la toilette (d'autant plus que le miroir, lui, permet de faire en reflet le portrait de la belle), la lecture, le jardin, le piano (Jacques-Emile Blanche), la baignade... et même les bavardages sur la plage (Boudin) et les soirées dansantes avec robes du soir au grand décolleté dans le dos.  

Certains métiers ou labeurs sont traités comme vus par l'arrière : repasseuse, laveuses à Trouville notamment), paysans et paysannes, charpentier, mineur, porteurs de sel à Venise. 

L'un des lieux les plus propices est manifestement l'atelier d'artiste, le peintre - le modèle de Dufy par exemple  montrant à la fois l'élève de dos et le motif du chevalet de face ! 

Points forts

  • C'est la première fois que le dos constitue le thème central d'une grande exposition et cette première est une belle réussite. 

  • On a plaisir à retrouver des artistes renommés (Tiepolo, Watteau, Moreau, Ingres, Henner, Vallotton, J.E. Blanche, Boudin, et bien d’autres) et à découvrir d'autres moins connus mais tout aussi talentueux, ainsi qu'à retrouver l’admirable Femme au miroir en bleu (1932) de l'artiste normand André Hambourg.

  • La dernière partie est consacrée à des artistes contemporains : curiosité devant les tirages photos reprenant et réinterprètent les grands classiques (Ingres, Courbet, Friedrich). 
    Grande émotion devant l’immense toile du Yougoslave Velickovic Exit figure IX :  le dos blanc sur fond noir d'un homme nu cerné de rouge sang. 
    Et compassion devant les photographies d'Emeric Lhuisset montrant des membres civils de la résistance ukrainienne, de dos bien sûr pour préserver leur anonymat. 

Quelques réserves

Puisque cette exposition (qui a nécessité, nous dit-on, plusieurs années de recherches) est soutenue par le Musée d'Orsay à Paris, il est dommage que celui-ci n'ait pas ou pas pu prêter le beau tableau du danois Vilhelm Hammershoi montrant une femme de dos assise sur une modeste chaise en bois. 

Une seule sculpture, un Rodin intitulée La Terre, montrant un personnage (homme ou femme ?) recroquevillé sur lui-même face contre terre : pas la meilleure du grand sculpteur.

Avouons une légère déception devant le dessin des Péripatéticiennes de Van Dongen, lequel a beaucoup fréquenté Deauville il est vrai. 

Étonnée, je n'ai remarqué personne de dos dans la toile d'André Hambourg L'enterrement de Poincaré, 1934 ... Pourquoi l'exposer ici ? 

Encore un mot...

Comptez une bonne heure pour visiter l'ensemble exposé, vous attarder devant les œuvres à découvrir ou admirer les œuvres moins connues d'artistes renommés. Elles proviennent de prêts prestigieux issus de collections françaises et étrangères : musée des Beaux-Arts de Rouen, de Bordeaux, de Caen, de Carcassonne, mais aussi du Louvre, du musée Ingres-Bourdelle de Montauban, du musée d’Art et d’Histoire de Genève, de la fondation Maeght, ou encore du British Museum.

L’exposition ne prétend pas à l'exhaustivité sinon il aurait fallu faire venir Rubens, Vélasquez, Magritte... 

Le catalogue est vendu à la boutique 29 €. 

Une phrase

"L’histoire de la peinture s’inscrit dans une quête constante de l’identité, un cheminement qui traverse à la fois le regard du modèle et la main de l’artiste. Le portrait devient ainsi l’une des formes les plus évidentes de cette exploration de l’identité. Ce portrait, qu’il soit officiel, dédié à des donateurs, individuel ou collectif, a longtemps constitué une vitrine du savoir-faire de l’artiste, un gage de reconnaissance de sa maîtrise. Il impose une représentation frontale ou, à défaut, de profil, afin de garantir l’identification nécessaire du modèle. 

Or, cette convention soulève une interrogation : comment envisager la représentation d’une personne de dos par essence anonyme ? " (A. Madet-Vache). 

L'auteur

Une centaine d'artistes sont ici réunis à l'initiative de la commissaire de l'exposition Annie Madet-Vache, historienne de l'art, directrice du musée des Franciscaines. Elle est également auteure de nombreux catalogues d’exposition et d’articles.

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