Henri Rivière – Mathurin Méheut, Regards japonisants en Bretagne

La vision de deux artistes sur un courant artistique important du début du XXème siècle
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Musée Mathurin Méheut
15, Place du Champ de Foire,
22400
Lamballe-Armor
02 96 31 19 99
Du 4 avril au 10 juillet : Dimanche et lundi 14h - 18h. Mardi au samedi 10h - 12h30 et 14h - 18h
Du 11 juillet au 21 août : Lundi 14h - 18h. Mardi au dimanche 10h - 18h
Du 22 août au 27 septembre : Dimanche et lundi 14h - 18h. Mardi au samedi 10h - 12h30
Du 28 septembre au 2 janvier (hors vacances scolaires) : Dimanche et lundi fermés. Mardi au samedi 14h - 17h30
Du 17 octobre au 1er novembre et du 19 décembre au 2 janvier (vacances scolaires) : Lundi 14h - 17h30. Mardi au samedi 10h30 - 12h30 et 14h - 17

Thème

L’ouverture du Japon au monde extérieur au commencement de l’Ere Meiji (1868), après trois siècles d’isolement quasi-total, allait déverser sur l’Europe de multiples œuvres d’art au premier rang desquelles les fameuses estampes dénommées Ukiyo-e (images du monde flottant). Ce fut une révélation pour de nombreux artistes qui en firent une source majeure d’inspiration, que l’on songe à Van Gogh, Monet, Toulouse-Lautrec… Ce mouvement se révéla si fécond qu’on lui donna le nom de Japonisme et il continua à inspirer les générations suivantes avec Bonnard, Vuillard, les Nabis, et hors de France des maîtres comme Gustav Klimt.

Installé dans sa ville natale de Lamballe, le Musée Mathurin Méheut consacre son exposition temporaire annuelle à cette influence sur deux peintres du début du XXème siècle : Méheut lui-même (1882-1958) et son aîné Henri Rivière (1864-1951).

Points forts

Difficile au départ de concevoir deux personnalités plus éloignées : Méheut, breton monté à Paris mais labourant le terrain, toujours un carnet de croquis à la main, grand voyageur (il se rendit au Japon en 1914) et adepte du dessin sur le motif, ayant une prédilection pour la représentation humaine ; Rivière, pur parisien préférant le travail de gravure en atelier, élaborant des estampes de paysages dont l’homme est souvent absent ou réduit à de lointaines silhouettes.

Et pourtant ces deux artistes, dont le musée montre les travaux en parallèle, se retrouvent sur deux points essentiels : d’abord l’amour de la Bretagne, terre natale du premier et terre d’élection du second qui acheta une maison à Douarnenez ; ensuite cette influence japonaise qui saute aux yeux lorsque l’on parcourt cette exposition.

Il est intéressant toutefois de constater la manière complètement différente dont chacun a intégré le japonisme dans sa production. Pour Méheut, il s’agit clairement des sujets eux-mêmes, sans doute en raison de son voyage sur place dont il est revenu avec des centaines de dessins et qui irriguera toute son œuvre à venir. Rivière, qui n’ira jamais là-bas, est davantage attiré par la technique qu’il s’efforcera d’acquérir en complet autodidacte. C’est ainsi qu’il passera de la gravure sur bois à la lithographie qui lui permet une plus large palette de couleurs (jusqu’à douze par planche) et de plus grands formats allant jusqu’à l’affiche. Il nous est montré par ailleurs toutes les facettes de cet artiste qui avait commencé par réaliser des décors pour un théâtre de marionnettes (le célèbre Chat Noir de Montmartre). Rivière finira par se « japoniser » totalement en dessinant la série intitulée 36 vues de la Tour Eiffel en référence aux fameuses 36 vues du Mont Fuji d’Hokusai. Ces planches très surprenantes constituent encore de nos jours une inspiration pour des auteurs de bandes dessinées adeptes de la fameuse ligne claire.

Quelques réserves

Il n’y en a qu’une en vérité : c’est trop peu, le musée – bâtiment très réussi par ailleurs – étant assez petit et l’exposition n’en occupant qu’une partie. On aurait aimé voir plus d’œuvres même si le choix nous paraît judicieux. 

On se consolera avec le catalogue qui est très complet et comme souvent remarquable.
(Olivier LEVASSEUR & Yann LE BOHEC - Coédition Musée Mathurin Méheut, Lamballe - Broché rabats 20 x 26 cm - 112 pages couleur -environ 150 images - Imprimé en France - 24 €).

Encore un mot...

Il y a une certaine ironie de l’Histoire à voir aujourd’hui célébrer des artistes il y a peu encore tombés aux oubliettes car s’étant tenus à l’écart des mouvements d’avant-garde de leur siècle. Mathurin Méheut jouit à présent d’une cote enviable sur le marché de l’art et d’une notoriété qui dépasse les frontières de la Bretagne, mais souvenons-nous qu’il a traversé un purgatoire assez long pendant lequel il était regardé de haut par les « connaisseurs » qui voyaient en lui au mieux un illustrateur de livres régionalistes.

Quant à Henri Rivière, c’était encore pire et l’on peut parler pour lui d’une résurrection car il était pratiquement inconnu jusqu’à sa redécouverte récente, portée comme pour Méheut par le renouveau celtique. L’on n’oubliera pas non plus Géo-Fourrier, autre peintre de la même mouvance qui est mort dans une quasi-misère, vendant pour subsister des cartes postales dans un camion itinérant. Il faut remercier les collectionneurs, conservateurs et éditeurs qui s’emploient aujourd’hui à réhabiliter ces artistes et à les remettre à la juste place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, non pas celle de prophètes de l’art contemporain, mais de précieux et sensibles témoins de leur époque.  

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