Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver
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Thème
Le Musée d’arts de Nantes consacre cette exposition à la représentation, la sensibilité et l’imaginaire de la pluie qui émergent à la fin du XVIIIème siècle et s’épanouiront dans la peinture mais aussi la photographie et le cinéma, non seulement en Europe mais aussi sur les autres continents, notamment en Asie. Sujet en apparence familier pour ne pas dire banal, et pourtant source d’étonnement tant les représentations de ce phénomène météorologique sont différentes selon l’époque et le lieu.
Le ton est donné d’emblée avec les ciels orageux des grands paysagistes, Turner (aquarelle petite mais géniale) Gustave Doré, Gustave Courbet ou Eugène Boudin sans oublier le moins connu mais très remarquable Pierre-Henri de Valenciennes. Puis viennent l’École de Pont-Aven de Paul Sérusier et Maxime Maufra, le dessin de Daumier et Steinlein et les gravures d’Henri Rivière, les toiles de Caillebotte et Félix Vallotton…
La photographie n’est pas en reste, qui a trouvé dès l’origine dans les effets de pluie un thème de prédilection où excellent Stieglitz, Kertesz ou Brassaï. De superbes estampes japonaises sont aussi présentées. Enfin, l’art contemporain fait vibrer les murs avec des œuvres de Hans Hartung, David Hockney ou (notre coup de cœur personnel) la chinoise Zhu Hong.
Points forts
Une fois n’est pas coutume : une exposition ne prétend pas retracer en tout ou partie l’œuvre d’un artiste, ou se consacrer à une période ou une école, mais aborde toutes les formes d’expression sur le mode thématique. Et c’est sous une pluie battante que nous nous sommes rendus ce jour-là au musée, ce qui constituait un prélude idéal à la visite…
Très vite, une évidence saute aux yeux : à la différence des Asiatiques qui montrent l’eau jusqu’à en faire le sujet essentiel de leur œuvre, notamment par ces lignes obliques qui hachent toute la surface, les artistes européens ne la représentent jamais, tout au moins jusqu’au XXème siècle. On ne voit que les effets indirects de la pluie, ciels sombres, chaussée scintillante, et surtout ses conséquences « sociales » peut-on dire, à savoir le vêtement adapté et au premier rang, omniprésent, le parapluie…
Le parapluie est la vedette de l’exposition, jusqu’à son affiche extraite d’une publicité pour cet accessoire. Parapluie urbain des bourgeois, des femmes du monde ou des « trottins » (livreuses de robes), parapluie rural des paysans retour du marché normand ou breton… De nombreuses peintures sont ainsi dédiées au paysage parisien qui est un écrin tout naturel au déploiement de cette vie sociale, mais là encore aucune trace directe de l’eau.
Il faut attendre le XXème siècle pour que paradoxalement la réalité se montre enfin, y compris dans des œuvres quasi abstraites ; ainsi les gouttes de pluie d’Ana-Eva Bergman sous forme d’incrustations de métal dans la toile. Le cinéma participe bien entendu et un petit bout-à-bout d’extraits de films célèbres est diffusé parmi lesquels on retiendra le combat dans la boue des Sept Samouraïs ou (évidemment) les Parapluies de Cherbourg, le tout sur la musique de Singing in the rain.
Quelques réserves
Comme dans toutes les expositions collectives, on peut être plus ou moins sensible à telle ou telle œuvre, voire hermétique à la vision de tel ou tel artiste. Ainsi de quelques installations qui selon nous n’apportent pas grand-chose au propos et sont plutôt un gage à la mode. Mais ceci n’est pas grave dès lors qu’il nous est permis de voir des pièces rarement montrées, notamment des travaux sur papier par définition fragiles, et de découvrir ou redécouvrir des artistes oubliés ou peu connus, sous un autre jour.
Une autre réserve hélas récurrente concerne le sujet toujours sensible de la visibilité des panneaux d’information, dont on soupçonne qu’ils sont sponsorisés par un réseau d’opticiens tant leur lecture s’apparente à un test de vision auquel tout le monde finit par échouer (et ce d’autant qu’il faut respecter une distance de sécurité) !
Encore un mot...
On ne peut que saluer l’originalité de cette démarche qui contribue à « désacraliser » l’art en le rendant accessible au plus grand nombre, car le sujet, familier, n’est pas intimidant et incite à pousser la porte du musée. Il n’y a qu’à voir la fréquentation de l’exposition pour se convaincre que cet objectif est rempli. Il l’est en outre sans le moindre compromis sur la qualité et ce sont plusieurs véritables chefs-d'œuvre qui nous sont donnés à voir dans un ensemble de haut niveau.
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